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(4/4) Le football féminin en Outre-Mer: Bonvini a Gwada, atterrissage sur l’île papillon

Par 04/11/2020 14:00 No Comments
De jeunes footballeuses Guadeloupéennes ©Cédric Monpierre
Au cœur des Caraïbes, l’île de la Guadeloupe grimpe année après année les marches du développement du football féminin. À coup de volonté et persévérance, l’île papillon s’attelle à prendre son envol. L’Equipière a échangé avec Cédric Monpierre, CTDAP (1) de la Ligue Guadeloupéenne de Football.

Un chantier de long-terme

Si le football féminin martiniquais a déjà sa figure de proue avec Wendie Renard, la Guadeloupe se donne encore les moyens de voir éclore de grands talents.

Diplômé de STAPS (2), Cédric Monpierre a pour principale mission de développer la pratique féminine sur l’île. Pour l’heure, trois championnats existent : sénior à 11, U16 et un nouveau-né, le championnat sénior à 8. Une répartition qui s’explique par le profil-type des licenciées. « Au niveau des féminines, on a une majorité d’adultes. Sur les 500 licenciées, il y a environ 40% de jeunes pour 60% de séniors. La tendance se renverse peu à peu. Il y a deux ans, on avait 90% de seniors ! Notre objectif est d’arriver à 50-50 » nous explique celui qui est également sélectionneur des équipes nationales U15 et U17. 

Malgré l’inexistence de championnat junior en-deçà du niveau U16, ce dernier accueille de jeunes joueuses dès l’âge de 14 ans. 

Chez les seniors, cinq formations se disputent, saison après saison, le titre tant convoité de champion de l’île : lAS Anonymes, AS Foot Fanm Bel (FFB), L’Arsenal Club, Venus de Blanchet et le Sporting Baie Mahault. Des concurrents qui s’affronteront dès le 8 novembre pour la reprise du championnat (ndlr : l’Outre-Mer n’est pas touchée par les mesures récemment annoncées par le gouvernement). « Cette année, nous aurons un championnat en deux phases, les équipes joueront en aller simple. Les 5 premiers disputeront ensuite une autre phase pour remporter le championnat » précise-t-il.

Roulez jeunesse

La Ligue Guadeloupéenne de football l’a bien compris, l’essentiel des efforts consentis doit être consacré aux jeunes. C’est donc autour d’un « parcours d’excellence » sur-mesure que s’articule tout son projet. 

En tout début de cycle, les joueuses à fort potentiel sont d’abord dirigées vers le centre de perfectionnement, puis dans l’une des dix sections sportives (collège) qui existent localement. « Aujourd’hui, il y a une cinquantaine de filles dans ces sections. Elles ont à deux à trois séances par semaine » se réjouit ce titulaire du BEF. Les meilleures d’entre elles intègrent alors la sélection locale, voire celle de la ligue Antilles-Guyane en espérant participer aux inter-ligues qui pourraient leur ouvrir les portes des pôles métropolitains. Pour l’heure, aucun départ en pôle n’a été enregistré. « L’objectif, d’ici deux-trois ans, est que l’on puisse emmener une fille ou deux par an vers les pôles. On avait un profil cette année mais avec le coronavirus et l’annulation des inter-ligues, ça n’a pas été possible » confesse-t-il.  

Et pour celles qui ne sont pas retenues dans les pôles, des alternatives existent avec la section sportive mixte au lycée ou le pôle espoir CREPS. « Notre souhait est de monter une section sportive féminine. Pour l’instant, le pôle ne peut recevoir qu’une fille. On veut également avoir une section sportive exclusivement féminine au niveau lycée, avec un internat » ajoute-t-il.  

Les plus jeunes ne sont pas en reste dans cette démarche puisque les deuxième et troisième écoles de football féminin ont été créées en 2019 et bénéficient depuis du « label bronze » de la FFF.

Une sélection comme horizon

À l’instar d’autres territoires ultramarins comme la Polynésie, la Guadeloupe dispose de plusieurs sélections nationales. « Nous avons une association affiliée à la CONCACAF. La Guadeloupe est donc considérée comme un pays dans le cadre des compétitions caribéennes » explique Cédric Monpierre.  Une sélection senior, U17 et U15 qui n’ont pas disputé de match officiel depuis deux ans. 

Mais lors des confrontations amicales entre les différents niveaux, on mesure une nette amélioration, liée à la structuration de la pratique.

« On est partis d’un niveau très moyen voir bas, il faut être honnête . Chaque année, le niveau s’améliore. Lorsque l’on fait des matchs U15 vs U17, les U15 font quasiment jeu égal » relate-t-il. 

Si ces sélections peuvent sembler marginales, elles jouent un rôle majeur dans l’incitation à la pratique du football chez les jeunes filles.

« C’est un élément important dans le développement de la pratique chez nous. Les familles sont plus motivées à inscrire leurs filles quand elles voient qu’il existe une sélection qui participe à des compétitions internationales, que les filles se déplacent. Ça les motive. On est dans une société où il y a 33% de chômeurs, c’est énorme ! Quand il y a des opportunités pour les jeunes de voyager, d’aller vers le professionnalisme, les gens hésitent un peu moins à inscrire leurs filles » admet-il. Voir au-delà de l’aspect sportif est donc un réel leitmotiv pour l’état-major local.

Eveiller les femmes de demain

Si l’existence des sélections est un atout considérable dans la féminisation de la pratique et l’éveil des consciences, les équipes dirigeantes de la ligue souhaitent aller encore plus loin. 

En 2020, à l’occasion de la journée internationale des droits de la femme, un plateau de Beach soccer a été organisé. Une centaine de joueuses était présente. Au programme, football – mais aussi éducation. « On est obligé d’encadrer les filles de manière globale. On a rencontré une psychologue, une avocate du sport. On veut former les jeunes femmes de demain, pas seulement les sportives » nous précise le CTDAP. 

Cette volonté s’étend également à l’encadrement. Les dirigeantes sont encore minoritaires sur le territoire, et cela ne saurait satisfaire la ligue. « Notre première initiative a été de former des animatrices fédérales. On a une majorité d’hommes dans l’encadrement, nous voulons le féminiser. L’an dernier, nous avons formé 49 femmes et 16 d’entre-elles se sont par la suite investies dans des clubs » se satisfait-il. 

Sur tous les fronts, l’île de la Guadeloupe tente de se donner les moyens de ses ambitions.

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  1. Conseiller technique départemental développement et animation de la pratique 
  2. Sciences et techniques des activités physiques et sportives 

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