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Ada Hegerberg : « Je promets que le retour sera bon »

Par 18/11/2020 08:55 No Comments
Ada Hegerberg OL
Ada Hegerberg en compagnie du préparateur physique de l’OL Romain Segui, le 22 octobre dernier – ©Damien LG – OL
Après de longs mois d’absence, Ada Hegerberg reprend progressivement le chemin des terrains, mais ne compte pas brûler les étapes. Pour l’Équipière, elle s’exprime pour la première fois depuis son opération au tibia au mois d’août.

On n’a plus vu Ada Hegerberg sur un terrain de football depuis le 19 janvier dernier et un match nul 0-0 à Bordeaux. Après s’être rompue le ligament croisé antérieur du genou droit, la buteuse norvégienne a été retardée par une fracture de fatigue au tibia, apparue il y a plus d’un an, mais diagnostiquée cet été. La douleur étant trop forte, elle a opté pour l’opération à la fin du mois d’août. Depuis quelques jours, elle a commencé à retoucher le ballon, après une intense préparation physique. Entre une séance d’entraînement et un test musculaire, la première Ballon d’Or de l’histoire du football féminin a pris le temps de nous appeler, pour un entretien d’une trentaine de minutes. À consommer sans modération.

« Ada, comment allez-vous? Où en êtes-vous dans votre phase de reprise? 

Disons, que c’est quand même une année très particulière ! Pour moi personnellement mais aussi pour tout le monde. J’ai juste envie de prendre mon temps. J’essaie de me donner à fond tous les jours, de rester focus sur les détails qui me feront avancer. Je veux être sûre que le jour où je reviendrai, je serai vraiment prête.

Qu’est-ce qu’il vous manque encore pour revenir sur un terrain?

Du temps (rires) ! Surtout du temps. Aujourd’hui, le genou est vraiment solide, on a vraiment fait du bon boulot avec Romain Segui, notre préparateur physique. J’aurais été vite de retour sur le terrain si je n’avais pas eu le tibia. Parce que cette fracture de fatigue, c’est une autre histoire… Après l’opération, il me faut du temps pour que l’os se solidifie. Il faut que je puisse garder un certain équilibre, mettre du poids sur cette jambe mais ne pas aller trop vite dans le processus de reprise. Je dois écouter mon corps, s’il faut attendre encore un peu, je le ferai.

« J’ai vécu quelque chose de tellement particulier. À mon retour, je ne serai ni la même femme, ni la même joueuse »

Qu’est ce que ça fait d’arrêter son métier, sa passion pendant près d’un an ?

C’est très bizarre. Petit à petit, j’ai eu l’impression de perdre un peu mon identité de footballeuse. Je suis au travail pour jouer au foot et être performante. Être en dehors du terrain pendant une si longue période, c’est un challenge mental et je serai forcément différente maintenant. J’ai vécu quelque chose de tellement particulier. À mon retour, je ne serai ni la même femme, ni la même joueuse. J’essaie de voir les choses de façon positive, j’ai eu le temps de bosser sur autre chose, de penser et de réfléchir différemment. En tous cas, je fais le maximum pour revenir encore plus forte.

À la fin de l’été, vous avez été obligée de vous faire opérer et de repartir pour plusieurs mois de convalescence. Que s’est-il passé dans votre tête à ce moment-là?

Au début, j’avais une rééducation à faire, mais je n’étais pas prête pour en faire une deuxième (Rires) ! C’était un vrai coup dur. J’ai essayé de rester calme dans ma tête. S’il y avait un moment pour tout soigner, c’était bien maintenant. Ça a été un grand challenge mais je suis sûre que j’en ressortirai plus forte

Vous aviez en plus l’objectif d’être présente à Bilbao pour le Final 8 de la Ligue des Champions fin août…

Oui, c’était important d’avoir un objectif dans ma tête, mais je le prenais très tranquillement. Six mois et demi après des croisés, pour reprendre, je savais que c’était très court ! Quand je me suis blessée, je me suis dit tout de suite que je prendrai le temps qu’il faudrait pour être prête mentalement et physiquement. Avec le préparateur physique, on a fait un bon boulot, mais en fin de compte, c’est le tibia qui m’a empêchée de reprendre. J’ai eu des douleurs pendant toute l’année, les douleurs étaient là aussi pendant la rééducation. Il y a un moment où je me suis dit qu’il fallait réparer ces choses-là dans mon corps.

«  J’espère surtout qu’il y aura de plus en plus de compétences médicales autour des femmes  »

La Ligue des Champions reprend début décembre. Y a-t-il une chance de vous y voir ou bien faudra-t-il attendre 2021?

C’est le corps qui décide, il faut aller dans le bon sens, prendre son temps. C’est pour ça que je n’ai pas annoncé de date de retour, parce que ça fait tellement longtemps… Je veux travailler au calme, ça viendra quand ça viendra. Je promets que le retour sera bon !

Les blessures dans le foot masculin et féminin sont très fréquentes depuis la reprise, avec les matchs qui s’enchaînent à un rythme élevé après un si long arrêt. Qu’en pensez-vous ?

Cette année est compliquée, il faut aussi que le football reprenne son calendrier, que les matchs puissent se jouer. On a tous vu le planning très serré, surtout pour les garçons. Ils jouent presque tous les trois jours. On a vu beaucoup de réactions de différents acteurs, des coachs, des joueuses, et je les comprends. Il y a forcément ce risque de blessure.

Vous êtes bien placée pour en parler…

Oui, mais j’espère surtout qu’il y aura de plus en plus de compétences médicales autour des femmes, comme il y en a pour les hommes. C’est tellement important d’être bien entourée, d’avoir de bonnes conditions médicales. Se retrouver toute seule avec une blessure, c’est vraiment difficile. 

Ada Hegerberg OL
Ada Hegerberg a récemment retrouvé les pelouses d’entraînement du Training Center de l’OL, toujours en compagnie de Romain Segui – ©Damien LG – OL

« J’ai été assez étonnée qu’il n’y ait pas plus de personnes pour représenter le football féminin dans les discussions » 

Vous parlez de l’entourage des joueuses. Un récent rapport Fifpro est assez alarmant sur l’accompagnement des joueuses pendant cette crise. Baisses ou suspensions de salaires, peu d’informations venant des instances… Quel est votre regard là-dessus?

J’ai été assez étonnée qu’il n’y ait pas plus de personnes pour représenter le football féminin dans les discussions. Les femmes ont souvent été oubliées. Historiquement, on dit que ce sont les plus faibles qui souffrent le plus, et pour le moment, on est les plus faibles. Quand on sait que même les grands clubs masculins vont souffrir, c’est évident que nous aussi… Par contre, c’est trop facile de ne pas nous inclure dans la discussion. Il suffit de voir le nombre de championnats féminins qui ont repris leur fin de saison par rapport aux championnats masculins. (ndlr : parmi les pays majeurs, seule l’Allemagne a autorisé la reprise des féminines.) Ça veut dire beaucoup de choses.  

Il y avait pourtant des signes positifs pour le développement du football féminin, avant la crise. 

Oui il y avait une bonne période. On a pu voir du monde dans les stades, en Espagne, ou chez nous, surtout contre le PSG. Si personne ne prend la parole, si personne ne continue à pousser, ça n’avancera pas. Il ne faut pas perdre l’objectif de vue. Il faut aussi qu’on soit performantes, qu’on montre qu’on a le niveau. Mais on a tous besoin d’aide des instances, de la FIFA, de l’UEFA…

Cet été, la LFP est venue en aide au football féminin français avec une enveloppe de six millions d’euros. C’est un premier pas. Quelle est la suite pour professionnaliser la pratique féminine ?

Il faut surtout que chaque club ait un projet de long terme. Ça ne sert à rien de créer une section féminine si on n’y croit pas. Il faut avoir un plan derrière, comme le président Aulas. On a besoin qu’il y ait d’autres clubs qui continuent à investir, à offrir la possibilité aux femmes de s’entraîner tous les jours dans de bonnes conditions. C’est tellement important d’être mises dans les conditions qu’on mérite pour développer notre sport. Et derrière, ça nous met la pression pour être performantes.

« Ce que je vois, c’est qu’on a gagné la Ligue des Champions les cinq dernières années. C’est le plus important à mes yeux  »

Ada Hegerberg OL
Ada Hegerberg à l’entraînement en début de semaine dernière – ©Damien LG – OL

De quel œil voyez-vous l’engouement autour du championnat anglais ?

Ils font un très bon boulot pour promouvoir le championnat, et pour ça, je voudrais déjà dire “chapeau”. On voit qu’il y a de plus en plus de grands clubs qui investissent dans leur section féminine. On a besoin de ça. Après, ça parle beaucoup du “meilleur championnat du monde”. (Elle s’interroge). Je ne sais pas quels sont les critères pour l’être. Ce que je vois, c’est qu’on a gagné la Ligue des Champions les cinq dernières années. C’est le plus important à mes yeux. Mais il y a de très bonnes choses qui se passent là-bas, j’espère qu’il y aura une belle concurrence.

L’Espagne et l’Italie vont aussi devenir professionnels. Que doit faire Lyon pour garder son avance ?

Il faut toujours analyser, mettre la barre plus haut chaque année, ne pas s’endormir. Les joueuses ont une grande part de responsabilité, le club aussi, notamment dans le recrutement. Il faut prendre des joueuses qui ont la gagne dans le sang, le caractère pour réussir à s’adapter à l’ADN de l’OL

Êtes-vous déçue par l’effet Coupe du Monde 2019 en France?

Non, parce que je l’ai déjà vécu en 2015 au Canada, je sais comment ça marche. On espère toujours la même chose, mais le buzz disparaît tout de suite dès que les championnats reprennent. Chez les garçons, il y a plus d’intérêt pour les clubs que pour la sélection, il faut que ce soit aussi le cas chez les filles. Le week-end, il y a des matchs fantastiques dans plusieurs pays et il y a aussi la Ligue des Champions. Il faut mettre en avant le football féminin en club. 

Comment attirer les spectateurs vers le championnat?

Il faut que l’on produise du beau jeu dans de beaux stades. À Lyon, on a du travail à faire pour avoir un plus grand stade, par exemple. Chaque club a des responsabilités pour montrer un beau produit. Si t’allumes ta télé et que tu vois un terrain pourri, ça ne donne pas envie, et le jeu sera pourri aussi. Il y a des terrains en D1 qui ne sont pas acceptables. Il faut que les conditions soient meilleures. On ne peut pas forcer les gens à regarder les matchs, mais on peut leur donner envie.

«  Je connais mes valeurs, je ne vais jamais avoir peur de tenter quelque chose de nouveau. Le plus important c’est de gagner, je veux jouer dans le club qui gagne.  »

Ada, vous arrivez en fin de contrat en juin prochain. Quelle est la suite?

Pour le moment, je suis focus sur mon retour. J’ai la chance d’avoir de très bons agents qui s’occupent de tout ça. Ma priorité, c’est de revenir à fond pour l’équipe. Je suis consciente de la chance que j’ai d’être à Lyon. Je n’aime pas parler d’autres clubs, surtout quand j’ai un contrat qui dure jusqu’à 2021.

Un départ à l’étranger serait-il une option?

Que ce soit en 2021 ou plus tard, je n’ai peur de rien. Je connais mes valeurs, je ne vais jamais avoir peur de tenter quelque chose de nouveau. Le plus important c’est de gagner, je veux jouer dans le club qui gagne.

Première Ballon d’Or, meilleure buteuse de l’histoire de la Ligue des Champions…  Que peut-on vous souhaiter pour la suite, quel est votre plus grand rêve de footballeuse?

Il faut doubler tout ça ! (Rires) Pour le moment, je veux juste apprécier de pouvoir retoucher le ballon et revenir sur le terrain avec mon équipe. Là, je me retrouve toute seule depuis février. En fin de compte, c’est quelque chose de fantastique. J’ai hâte de retrouver la sensation de travailler dur pour un objectif. J’ai vraiment envie de revenir au plus haut niveau, de marquer le plus de buts possible, et d’aller chercher des titres individuels et collectifs ! »