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Les chantiers de Lutèce : quel bilan et quelles ambitions pour la section féminine du PSG ?

Par 08/05/2020 11:16 juin 8th, 2021 No Comments
Photo d'équipe de la section féminine du PSG - (2014)
PSG 2014 – ©Pierre-Yves Beaudouin
Depuis sa naissance en 1971, la section féminine du PSG a traversé les époques du football français. Auréolée de son premier titre en 2010, le Challenge de France, l’arrivée de QSI a ensuite accéléré sa progression. Mais certains choix ont parfois rendu le projet parisien illisible. Retour sur neuf années contrastées.

Le tournant : l’arrivée de QSI

Si QSI, branche sportive de QTA (Qatar Tourism Authority), est devenu actionnaire majoritaire du Paris Saint-Germain à l’été 2011, les véritables offensives sur les terrains du football féminin n’ont débuté que l’année suivante. 

À l’intersaison 2012, sous le haut patronage de Leonardo, la section semble prendre son envol. L’objectif : concurrencer l’Olympique Lyonnais, jusqu’ici champion de France six fois d’affilée. Pour se donner les moyens de ses ambitions, la cellule de recrutement s’active. Cruz, Krahn, Bresonik, Hamraoui, Horan, Asllani, puis Heath au cours de la trêve hivernale viennent compléter l’effectif parisien. Afin de mener les troupes, le choix se porte sur Farid Benstiti, l’ex-coach des Fenottes. « On sent une volonté de faire grandir le club. Moi qui suis au PSG depuis très longtemps, je vois vraiment la différence » s’enthousiasmait Laure Boulleau. De cet effectif, le club de la capitale tirera une place de second en D1, qu’elle n’avait connue qu’une fois auparavant.  

Manifestement sur la bonne voie, les dirigeants ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. En 2013, Declercq et Karchouni, fraîchement sacrées championnes d’Europe U19 sont enrôlées, preuve de l’importance de la jeunesse dans les ambitions parisiennes. Delie, au sommet de son art, vient également renforcer l’attaque. Si les joueuses de la capitale ne réussissent pas à ravir la première place aux rhodaniennes, elles réduisent tout de même l’écart de points en fin de saison (7 pts contre 10 auparavant). 

Le mur de Berlin : l’apogée du projet parisien

Cette croissance rapide du projet, n’est pas encore satisfaisante pour les aspirations du club. Convaincu de l’importance d’effectuer un recrutement de haut vol, l’état-major francilien poursuit sur sa lancée. De grands noms européens sont mobilisés. Seger, Henning et Alushi rejoignent l’écurie parisienne. 

Si le championnat semble encore être promis aux rhodaniennes, les efforts de recrutement s’avèrent par la suite fructueux sur la scène européenne puisque c’est justement Alushi qui inscrira le but qui permettra au PSG d’éliminer l’Olympique Lyonnais en 8ème de finale de la Ligue des Champions. En cette année 2015, tous les yeux sont rivés vers Berlin, là où les protégées de Benstiti disputent leur première finale de C1 après avoir défait les équipes de Glasgow et de Wolfsburg. Contre le FFC Francfort de Marozsan, Cruz et ses coéquipières font les frais d’une entame timide et doivent se contenter du titre honorifique de vice-championnes d’Europe.

En trois ans, bien que le PSG ne parvienne pas à faire face à Lyon lors des confrontations directes, il est évident que le projet initié à l’aube de la présidence qatarie est sur une pente ascendante. Mais cette finale de 2015, qui aurait pu marquer le début d’une nouvelle ère, plus glorieuse que la précédente, a finalement été son point culminant.

2016 : L’exode massif ou la déliquescence du projet

Peu après l’échec malheureux de Berlin, le PSG annonce l’arrivée de l’attaquante allemande Mittag. Pourtant, les ennuis de Benstiti n’en étaient qu’à leurs prémices. Les départs de Kaci, (Lyon), et d’Alushi (enceinte), se conjuguent avec les blessures de Boulleau et d’Henning. Pour ne rien arranger, Delie semble de plus en plus absente offensivement. 

Lors de la 3ème rencontre de la saison, deux points abandonnés face MHSC. Il faudra donc accomplir un exploit à Gerland, pour rester dans la course à ce titre tant convoité. Seulement, au cours de la journée suivante, les troupes de la capitale se voient infliger une leçon de football. Sur le score sans appel de 5 buts à 0, au mois de septembre, elles disent déjà adieu au titre.

Pour redonner vie à un effectif démobilisé, Benstiti favorise l’intégration de jeunes au groupe professionnel. Ainsi, Morroni (18 ans), Katoto (17 ans) et Geyoro (18 ans) grapillent du temps de jeu en D1 aux côtés des Auriverde Cristiane, Erika et Rosana.

Malgré une nouvelle seconde place, l’entraîneur n’est pas conservé. Mais la véritable perte du PSG se situe ailleurs. Quatre joueuses en fin de contrat rejoignent les rangs lyonnais : Hamraoui, Seger, Houara, et Dali. Coup de massue pour le club de la capitale, dont la capacité à gérer les contrats échéants est mise en cause. 

Rêver moins grand

Peu à peu, la direction parisienne semble afficher une volonté de réduire la voilure, avec pour raison officielle, un nouveau projet désormais basé sur les jeunes formées au club (ndlr : Les U19 ont été championnes de France en 2016). Patrice Lair, qui est alors mandaté pour diriger  l’équipe de D1, procède à un recrutement inhabituellement modeste, avec Périsset et Palacin. Seule Boquete fait office de recrue de renom. 

Pari perdant puisque la seconde place, qualificative pour la Ligue des champions (C1), est subtilisée par Montpellier. Les causes de cet échec notable sont là aussi multiples : des points perdus contre l’OM, l’OL et le MHSC, et une inexplicable erreur administrative qui ajoutera une défaite sur « tapis vert ». Palacin, entrée en jeu contre Albi, n’a pas été préalablement inscrite sur la feuille de match. L’entraîneur breton l’avoue, selon lui « il y a des gens incompétents qui n’ont rien à faire à Paris. On n’a pas le droit de faire des erreurs comme celle-là dans un club comme le PSG ». Il soumet dans la foulée sa démission, refusée par Al Khelaifi. En perdant la finale de la Ligue des Champions contre l’OL, Paris dit adieu à tout espoir de qualification pour sa prochaine édition.

Olivier Echouafni sur le banc de touche au match PSG-OM (janvier 2020)
Olivier Echouafni (2020) – © Inès Roy-Lewanowicz

Lair n’effectuera qu’une saison de plus dans la ville lumière, avant de signer à Niort (L2 masculine), après avoir remporté la coupe de France en 2018. Nommé six mois plus tôt directeur sportif de la section féminine, Bruno Cheyrou intronise Olivier Echouafni à la tête de la formation parisienne. En deux ans, aucune amélioration sportive nette n’est constatée. Seul bilan : une éternelle deuxième place assurée, puis une élimination en ¼ de finale en Coupe de France et en C1.

Quel avenir pour les féminines ?

Forte d’un budget important, phagocyté par la location onéreuse des infrastructures de Bougival, la section féminine du PSG n’a pas encore satisfait les espoirs suscités en 2012.

Il est d’ailleurs prévu, pour l’heure, qu’elle dispose du camp des loges une fois l’équipe masculine affectée au nouveau campus PSG mais dispute ses rencontres européennes dans le stade de 5000 places prévu à Poissy.

Les récentes prolongations de Formiga, Dudek, Nadim et de Diani aux forceps grâce à une intervention de Leonardo, évitant un scénario similaire à celui de 2016, peuvent permettre aux supporters parisiens de garder l’espoir de voir un jour leur équipe favorite décoller. 

Toutefois, d’autres zones d’ombre demeurent: celle du remplacement de Bruno Cheyrou et du sort de la formation. Les départs programmés de Becho et Sombath pour l’OL ainsi que celui de leur entraîneur Jorge Quiroz, pourtant sacré champion de France de la catégorie en 2019, renforcent le brouillard ambiant.  

Tantôt fastueux, tantôt modeste, le projet francilien semble toujours, huit années après sa prise d’élan, difficilement lisible, faute d’une organisation structurée et cohérente.

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