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Charlotte Gauvin : « J’aurais bien aimé aider l’ASSE à remonter en D1 »

Par 26/05/2021 10:30 No Comments
charlotte gauvin ©ASSE officiel
©ASSE officiel
Après l’annonce de sa retraite sportive, Charlotte Gauvin s’est confiée à L’Équipière sur sa carrière, son avenir et la situation du football féminin en France.

« Pourquoi avoir décidé de mettre un terme à votre carrière, au terme d’une saison quasi-blanche ?  

Cela faisait déjà 2 ans que j’y pensais. L’année dernière, j’avais déjà l’idée de mettre un terme à ma carrière. Comme tout le monde, on ne s’attendait pas à cette crise sanitaire et à cette COVID. Donc j’ai décidé, en fin de saison, de rempiler cette année. Mais en commençant la saison, je savais que, quoi qu’il arrive, ce serait ma dernière. Il y a un temps pour tout et j’avais pris cette décision-là en connaissance de cause. 

J’imagine qu’à ce moment vous imaginiez quand-même jouer un peu plus que ce qui a finalement eu lieu… 

Bien sûr, quand on commence une saison c’est pour la finir et pour jouer. Personnellement, j’ai été déçue de jouer si peu. On comprend la situation qui est quand-même particulière et nouvelle. On s’attendait aussi à ce que la saison ne se déroule pas de manière classique, mais on espérait jouer plus, oui. 

Ce moment où on vous a annoncé l’arrêt définitif de la D2, vous l’avez vécu comment ?

Moi j’y ai cru jusqu’au bout. Aussi parce que je voulais y croire. La D1 continuait, la L1, la L2 aussi. Dans tous les sports, y compris en intérieur, les compétitions reprenaient. Donc ça a été une grande déception quand on nous l’a annoncé et on ne s’est pas senties soutenues. Je comprends qu’on ne puisse pas juger une montée sur 5 matchs mais au moment où la décision a été prise, on avait encore assez de temps pour finir les matchs aller. Puis, on aurait pu organiser des play-off ou autres pour départager les équipes de D2.

« Ils ont joué contre la montre, ils ont attendu pour prendre une décision. »

D’autant plus qu’il y avait beaucoup d’incertitudes, que l’arrêt de la compétition est arrivé très peu de temps après la reprise en février. Ça devait être assez déroutant… 

Oui, on a eu cette étape où on nous a dit qu’on pourrait reprendre, puis finalement que c’était suspendu, et finalement qu’on n’allait plus reprendre. Ils ont joué contre la montre, ils ont attendu pour prendre une décision. C’est ce qui arrive quand on joue contre la montre. Surtout que c’était un des scénarios qu’ils avaient anticipés et voulu éviter. 

L’absence de montée, la D1 à 10 équipes… Qu’est-ce que vous en pensez ?

La D1 est la vitrine du football féminin français. Et on ne peut pas jouer au football féminin à 10 équipes. Je crois qu’on est le seul sport en France qui ne jouerait qu’à 10 équipes. Comme l’a très bien dit Ada Hegerberg : “la D1 n’est pas un petit tournoi du week-end.” 

Vous avez tout connu avec Saint-Etienne : la D2, la D1 et même la D3, quelle évolution avez-vous constatée du football féminin français ? 

C’est vrai que je suis passée par toutes les divisions. Globalement, il faut le dire, il y a eu du progrès. Mais il y a encore des choses aujourd’hui qui devraient s’améliorer. Tout ce qui se passe en ce moment empêche le football féminin français de continuer à se développer. J’ai joué en D3 et D2 pour aller en D1. À l’époque, ce n’était pas la même D1 qu’aujourd’hui mais c’est vrai que j’aurai bien aimé aider l’ASSE à remonter. 

« Il faut aussi structurer davantage le football féminin »

Justement, pendant ces 16 ans, que retenez-vous de cette longue aventure ?

J’ai joué 16 ans à Saint Étienne, c’est la moitié de ma vie et il y a énormément de choses à retenir. Parmi elles, il y a du bon, comme la victoire en Challenge de France. Mais aussi des déceptions, comme la descente en D1. Ce sont des moments qui marquent une vie. 

Qu’attendez-vous de la FFF pour la saison prochaine et à long terme ? 

Pour la saison prochaine, j’attends à ce qu’ils ne commencent pas la saison à 10. Ce serait très dommageable, ce n’est pas possible. À long terme, il faut aussi structurer davantage le football féminin. On voit beaucoup la D1, mais la D2 et en dessous on n’a pas les moyens pour évoluer. Dans les grands clubs de D1, une blessée est censée passer par l’équipe réserve avant de reprendre. Or, s’il n’y a pas de compétition, ça ne peut pas se faire. Et on ne crée pas de vivier de joueuses de qualité, dont on a aussi besoin pour alimenter les équipes de D1.  

Cet avenir du football féminin français, vous le verrez d’en dehors des terrains. Quels sont vos projets futurs ? 

Pour l’instant, il me reste encore deux semaines d’entraînement. Après, je vais me reposer un peu, profiter de ma famille et continuer mon métier actuel. Je suis ingénieure qualité dans une entreprise d’équipement médical près de Saint-Étienne. Ça me convient tout à fait, j’en suis très satisfaite.

« Le fait d’aller m’entraîner le soir permet de faire une coupure et de penser à autre chose. »

Comment êtes-vous arrivée à ce métier ? 

Même si je jouais au foot et me destinais à être professionnelle, mes parents m’ont toujours poussée à étudier et avoir une autre formation à côté. Dans ce métier on n’est jamais sure de ce qui peut arriver. Donc c’est ce que j’ai fait : fini ma scolarité, fait des études et eu mon master 2. Après, j’ai trouvé ce travail. 

Vous faites partie de ces joueuses de haut niveau qui ont décidé d’avoir un autre métier à côté du football. J’imagine que ça a dû être compliqué… C’est quelque chose que vous conseillez à d’autres joueuses ? 

Oui. C’est vrai que c’était difficile, fatigant et chronophage. C’est aussi pour ça que je veux prendre du temps pour ma famille, maintenant. Il fallait trouver un équilibre entre le métier d’ingénieure et celui de footballeuse. Mais finalement, j’ai réussi à faire les deux et je le recommande complètement aux autres joueuses. Comme dans tout métier, il peut arriver d’avoir une mauvaise journée, des problèmes au travail… Mais le fait d’aller m’entraîner le soir permet de faire une coupure et de penser à autre chose. Et inversement : si on passe un mauvais moment avec le club, on peut toujours se plonger dans le travail. 

Loïc Perrin vous a symboliquement remis une lampe de mineur en l’honneur de vos années passées dans le club. Qu’est-ce que cela représente pour vous ? 

C’est un beau clin d’œil de la part du club. La lampe de mineur est décernée depuis quelques années aux nouvelles joueuses qui intègrent l’ASSE en référence au dur métier de mineur. Elle doit symboliser le travail que la joueuse s’apprête à effectuer au club. À mon époque, ça n’existait pas. C’est pour ça que, pour me remercier, Loïc Perrin me l’a remise. Certains comparent ma carrière à la sienne. Mais même si on partage beaucoup de mêmes valeurs, je ne pense pas pouvoir me comparer à lui. C’est un très beau geste qui me touche beaucoup. 

Avant de nous dire au revoir, que pouvons-nous vous souhaiter pour l’avenir ? 

Avant tout, de la santé pour ma famille et mon entourage en cette période de pandémie. Et aussi à mes coéquipières de monter en D1. C’est quelque chose que je voulais faire de tout coeur, mais maintenant c’est à elles que je le souhaite. »