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Coup de projecteur sur… Les Meneuses de Jeu – quand le foot est une histoire de valeurs

Par 09/06/2021 15:00 No Comments
Comment utiliser le football pour donner les clés aux jeunes femmes pour être bien dans leur peau et dans leur esprit ? Début de réponse avec Kenza, créatrice des Meneuses de jeu – une initiative qui mélange jeu de société, ateliers d’équipes de foot et accompagnement personnel de jeunes filles.

« L’ensemble de ton projet se base sur le jeu de société Les Meneuses de jeu. En quoi consiste-t-il ? 

C’est un jeu de coopération en équipe. L’objectif est de faire d’Inès, l’héroïne, une meneuse de jeu en l’aidant à évoluer dans son parcours footballistique au sein de son équipe. Les joueuses tentent finalement d’en devenir une elles-mêmes à travers les prises de décisions en commun et les défis physiques qui leurs sont proposés. Il s’appuie sur quatre valeurs principales : bienveillance, respect, esprit d’équipe et persévérance. Des valeurs primordiales sur un terrain de foot, comme dans la vie quotidienne.

Mais qu’est-ce qu’une meneuse de jeu? 

Une meneuse de jeu, est une personne qui est bien dans sa peau et encourage les autres autour d’elle à l’être. Sur le terrain, c’est elle qui va créer le jeu, recevoir et distribuer les ballons, permettre à tout le monde de s’exprimer. Dans la vie, ce n’est pas forcément quelqu’un qui parle beaucoup ou qu’on voit tout le temps. Ça peut être quelqu’un de discret ou même timide, mais qui connaît ses défauts, ses qualités et ses valeurs. Grâce à ça, ses actions permettent à son entourage d’en faire de même. 

Pourquoi enseigner ces valeurs par le biais du football ? Ton expérience sur le terrain t’a-t-elle permis de prendre conscience de certaines choses ?

Oui. Grâce au foot, j’ai pris confiance, je me suis sentie devenir une femme. Au sein de ton équipe tu développes des valeurs, tu te rends compte que tu es capable de faire plus de choses que ce que tu avais imaginé. Tu te construis en tant que personne, au-delà de ton identité de footballeuse. Par exemple, je ne veux pas qu’on dise forcément aux petites filles qui jouent au foot qu’elles sont fortes et deviendront la prochaine Megan Rapinoe ou la future Marta. J’ai envie qu’on leur dise qu’elles sont fortes parce qu’elles ont fait preuve de persévérance, qu’elles ont appris des choses qui leur serviront aussi en dehors du terrain. 

Pourrais-tu expliquer davantage quelles sont ces choses que l’on apprend sur le terrain ? 

Rien que dans un match, le nombre d’émotions qu’il faut gérer est impressionnant. Le stress, la pression, la compétitivité, l’énervement, la frustration, l’esprit d’équipe, la confiance en soi et en ses coéquipières… Il y a quelques années, l’UEFA avait fait une étude qui s’appelait We Play Strong, qui montrait l’impact du foot et du sport collectif sur la confiance des jeunes filles. Elle montrait que les filles qui font du sport, et surtout du foot, arrivaient mieux à gérer leurs problèmes, les conflits, se sentir en confiance à l’école, prendre des décisions… Des choses qu’on accorde généralement aux garçons, surtout dans l’enfance. Dans notre cas, c’est ce qui permet de devenir des femmes fortes.

« En plus du jeu, on organise des ateliers et de l’accompagnement individuel de joueuses. »

Comment t’es venue l’idée de ce projet ?

Pendant le deuxième confinement, en novembre, je voulais faire quelque chose pour les jeunes et leur permettre de continuer à faire du sport chez elles. Je voulais aussi permettre d’aller plus loin à celles qui jouent au foot, au-delà des entraînements. J’ai donc d’abord proposé un atelier avec un jeu de rôles, où elles devraient prendre des décisions au nom du personnage qu’elles incarnent. Puis, je me suis dit que toutes les filles ne jouent pas au foot et que de toute façon je ne peux pas faire le tour des clubs de France pour présenter cette activité. Et comme j’adore les jeux de société, j’ai pensé que c’était le moyen de faire profiter les gens de cette expérience depuis chez eux. C’est ce qui explique qu’en plus du jeu, on organise des ateliers et de l’accompagnement individuel de joueuses.  

En quoi consistent ces deux actions ?

En dehors du jeu, les ateliers et l’accompagnement permettent d’appliquer les valeurs du jeu dans la vraie vie, au sein de son équipe ou à l’échelle d’une seule joueuse. Le programme d’accompagnement est vraiment individuel. Il se base sur les nécessités de chaque joueuses, sa confiance, ce dont elle a le plus besoin pour devenir Meneuse. Dans les ateliers, on travaille avec des équipes et des clubs sur ces aspects à l’échelle du groupe. Mais dans tous les cas, on retrouve et travaille sur les mêmes mécaniques que le jeu de société : les prises de décision, la solidarité… On essaye de les appliquer et inculquer les mêmes valeurs. 

Concrètement, comment cela peut se traduire dans la vie en dehors du terrain ? 

Cela permet de développer à la fois l’aspect de la personnalité individuelle (“Quand je suis face à un problème, comment je réagis ? ”), les valeurs qu’on essaye d’acquérir (“Que veut dire le respect dans le cadre d’une prise de décision ? ”), et aussi son rôle au sein d’un groupe (“Comment s’exprimer dans son groupe ?” “Quelle est ma place ?” “Comment exprimer mes valeurs ?” ).

Vous avez déjà pu tester et observer des résultats ? 

La semaine dernière, on a fait un atelier avec les petites au CA (ndlr, CA Paris 14, club du 14e arrondissement de Paris) et elles n’arrivaient pas à se mettre d’accord sur une question. Elles devaient décider que devait faire l’héroïne du jeu après que le coach lui annonce qu’elle ne jouera pas un match. Mais au bout de 10 minutes, deux d’entre elles continuaient à dire que ce n’était pas juste de ne pas être sélectionnée si elle avait fait l’entraînement comme les autres joueuses. C’est là que je les ai dirigées vers les 4 valeurs et demandé de recommencer leur discussion. Finalement, elles sont revenues d’elles-mêmes en disant qu’il fallait aller encourager son équipe et rester solidaire, que la décision du coach était pour le bien du groupe. J’en ai eu les larmes aux yeux !

C’est encourageant de voir que des enfants réussissent à rationaliser ainsi leurs problèmes ! 

Souvent, on a peur de poser les mots ou d’expliquer les choses aux enfants en pensant qu’ils ne comprendront pas. Mais en fait si ! Il faut leur parler. Je me dis qu’un jour, peut-être, si ces filles rencontrent des problèmes dans leur vie, le fait d’avoir joué à ce jeu ou au foot les aidera à bien réagir. »

Pour en savoir plus sur le jeu de société ou soutenir l’action, visitez leur campagne Ulule

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