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Coup de Projecteur sur… la Belleville Championne Ligue

Par 22/04/2021 16:23 No Comments
© Margaux Ract
Alors que les structures sportives en libre accès sont habituellement le siège des garçons, la Belleville Championne Ligue redonne aux jeunes filles la possession de ces lieux. L’Équipière a rencontré les organisatrices de ces séances de foot hebdomadaires.

Ce samedi, le club Panamboyz & Girlz United invitait des jeunes filles du quartier à la deuxième séance de football de la “Belleville Championne Ligue”. Le rendez-vous est fixé tous les samedis à 14h au square Luquet à Belleville, aux filles entre 6 et 14 ans. Les premières joueuses n’ont pas tardé à arriver, accompagnées de leurs parents, baskets aux pieds et maillots (du PSG) sur le dos. 

Les organisatrices, Alix, Pauline, Claire ainsi que d’autres joueuses de Panamgirlz, les attendaient impatiemment : « Samedi dernier (ndlr, le 10 avril) c’était la première séance. Une douzaine de filles est venue malgré la pluie. C’était une belle réussite. » Cette fois, le soleil brille et les footballeuses en herbe s’avèrent tout aussi nombreuses. L’après-midi s’annonçait plaisante. 

« On veut pousser les filles à venir jouer au foot et qu’elles se sentent à l’aise dans cette démarche»

Une initiative ancrée dans le local

L’initiative s’inscrit dans le dispositif “Paris Sportives” de la Ville de Paris, en prévision des JO 2024. Pauline explique avoir répondu à un appel d’offre de la ville, avec un objectif principal : « mettre en valeur le sport féminin. On veut pousser les filles à venir jouer au foot et qu’elles se sentent à l’aise dans cette démarche. » Et l’aisance avec laquelle les ballons circulaient au sein du groupe sur le terrain confirmait que la démarche faisait sens. 

Une démarche rendue possible par la collaboration avec le centre socio-culturel du quartier, Archipelia. Ce dernier « a un très bon ancrage dans le quartier, connaît tous les jeunes et […] avait une grosse demande pour ce genre d’activités. » C’était donc l’occasion idéale de faire participer la population locale au projet et de développer la pratique féminine dans le quartier. Même les parents, accoudés à la main courante du terrain, profitent de ces sorties en plein air. Plusieurs mamans s’organisent par exemple pour raccompagner leurs filles à la fin de l’entraînement, pendant qu’un papa observait avec fierté sa fille franchir un slalom avec son ballon. 

Promouvoir la pratique féminine après 11 ans

Ces entraînements hebdomadaires répondent surtout à une tendance inquiétante dans le sport pratiqué par les filles. « On s’est rendu compte qu’avant 11 ans, la pratique sportive est similaire entre garçons et filles. Mais à 11 ans, beaucoup de filles arrêtent de faire du sport. Que ce soit du foot ou un autre sport. L’idée est donc d’aider les filles à prendre confiance et les aider à continuer de pratiquer », expliquait Alix avant le début de la séance. 

Comme pour illustrer ses propos, la mère de A., petite blonde avec un maillot du PSG floqué de son prénom, explique que sa fille « est très fan de foot, qu’elle suit à la télé avec son beau-père. Mais elle n’a pas souvent l’opportunité d’y jouer. La pratique en club est souvent onéreuse, donc ces séances du samedi lui permettent d’essayer si ça lui plaît vraiment avant de voir si on l’inscrit quelque part la saison prochaine. » 

Cette dimension initiatrice de la Belleville Championne Ligue est effectivement primordiale. Alix complète le tableau : « La semaine dernière, on avait exclusivement des filles de 6-10 ans. Si c’est un groupe de filles aussi jeunes qui prend l’habitude de jouer au foot ici, elles vont sans doute vouloir continuer à venir faire du sport comme ça. Se dire que “ça fait partie de ma vie et de la vie de quartier” aide à revenir naturellement. Il faut que ce soit naturel pour elles et que cela devienne une habitude. » 

Les filles se réapproprient l’espace public 

Au phénomène de l’âge et de l’habitude comme frein à la pratique s’ajoute la notion d’occupation de l’espace public. En effet, bien que libres d’accès, de nombreuses infrastructures sportives sont en majorité occupées et utilisées par des garçons.

« Les études faites par la ville de Paris ont montré que ces espaces sont occupés à 90% par des hommes. Et encore, la présence des filles est davantage sur les terrains de basket ou de hand, mais pas de foot. Ici, par exemple, on nous a dit que c’était 98% de mecs. »

Avec l’omniprésence masculine dans ces espaces, la place des femmes est physiquement remise en cause. Les histoires de filles dont la pratique du sport a été freinée par le manque d’acceptation et de reconnaissance abondent. M., 9 ans, a justement du mal à se faire accepter dans la cour de récré. Sa mère raconte : « Elle veut jouer au foot, mais ses copains ne l’acceptent pas sur le terrain. Et elle est mal perçue par ses copines parce qu’elle préfère jouer au football qu’à des jeux dits plus “féminins” avec elles. L’opportunité de jouer le samedi lui permet de continuer à pratiquer un sport qu’elle aime. » Pendant ce temps, M. rit avec ses nouvelles amies en faisant un concours de jongles, visiblement enfin dans son élément. 

Cet aspect est primordial dans la démarche des PanamGirlz : « On veut faire en sorte que les filles se réapproprient ces infrastructures publiques. Que naturellement elles aient envie de prendre un ballon et de faire un foot, ou se dire “ce n’est pas parce qu’il y a des garçons que je ne peux pas jouer. Moi aussi je suis légitime sur un terrain de foot”. » C’est probablement ce que s’est dit F., venue au square avec ses frères. Pendant qu’eux faisaient un “mur” contre le grillage, elle les regardait envieuse, son ballon de basket à la main. À la vue du groupe de filles occupant le terrain et l’invitation des organisatrices, elle n’a pas hésité longtemps avant de les rejoindre.

Objectif mixité

La mixité dans l’espace public est donc centrale dans le projet de la Belleville Championne Ligue. Pourtant, les ateliers sont « en non mixité, c’est-à-dire qu’il n’y a que des filles », rappelle Alix, avant d’expliquer l’importance de moments réservés uniquement aux filles.  Selon elle, c’est une étape essentielle avant que la mixité ne s’installe sur le terrain : « pour certaines, qui sont plus timides ou ne se sentent pas vraiment légitimes, c’est plus facile d’être uniquement entre filles. Elles prennent confiance, comme ça. » Les samedis de 14h à 16h, les rôles s’inversent donc et le temps de deux heures les filles jouent pendant que les garçons les  regardent depuis le banc. Une situation qui, répétée toutes les semaines, devrait se normaliser dans l’esprit des habitants du quartier.

Ce pari aura l’occasion d’être testé le 11 juillet, lors de la Fête du foot. Un événement ouvert à tout le quartier que nos interlocutrices attendent avec impatience : « L’idée est de faire un événement festif vers la fin de nos ateliers, en totale mixité. L’objectif est que les filles, les garçons, les jeunes, les vieux, tout le monde puisse jouer au foot. On espère que les filles pourront monter leur équipe pendant le tournoi, que les parents verront que c’est vraiment chouette et que ce soit un moment fort dans le quartier. La réappropriation de ce terrain passe aussi par ce genre de moments festifs qui rassemblent tout le monde et permet de se dire que c’est l’espace de tout le monde. » En attendant, Alix, Pauline et les jeunes profitent des goûters organisés à la fin de chaque séance. Ce samedi aussi, le réseau de cuisine solidaire Ernest a mis la main à la pâte en offrant des tartelettes aux fruits préparées par un chef cuisinier de renom. Occasion parfaite pour faire plus ample connaissance et partager un moment convivial entre filles, parents et organisatrices.

Photos : Margaux Ract

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