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Coup de projecteur sur… le Paris Féminin FC, le club de futsal exclusivement féminin

Par 13/01/2021 15:06 No Comments
PFFC Paris féminin FC
Basé dans le 13e arrondissement de Paris, ce club de futsal 100% féminin veut promouvoir la pratique du football chez les filles dès le plus jeune âge. Rencontre avec le président du Paris Féminin FC pour discuter football, formation des jeunes et non-mixité.

Un lieu où les filles se sentent à leur place

Filipe Dos Santos a fondé le Paris Féminin FC (PFFC) en 2009, lorsque sa belle-fille a décidé de commencer à jouer au football : « c’était assez difficile pour les filles, à l’époque, d’aller vers les clubs masculins. Donc l’idée est partie de là, tout bêtement. » Cette volonté de créer un lieu bienveillant pour les filles, dans lequel elles se sentent à l’aise pour évoluer dans ce sport, est encore aujourd’hui la motivation de ce président de club. Pour s’assurer d’offrir l’environnement le plus accueillant et le plus prolifique pour ses joueuses, il a tout de suite décidé que le PFFC devait être exclusivement féminin. Il justifie son choix par le fait que, « quand les clubs font des équipes mixtes, les filles sont souvent rejetées par les garçons », et ce dès leur plus jeune âge. Ce constat est partagé par les parents des jeunes joueuses du club, pour qui cet aspect a été déterminant dans le choix d’un club pour leurs filles. Les éducatrices aussi soutiennent Filipe Dos Santos sur ce point : « [Quand tu joues avec les garçons] tu n’as plus trop envie de jouer. Ils ne t’intègrent pas assez, ne te parlent pas. T’es comme un pot de fleur » explique Lina, éducatrice, en se remémorant ses premières années de football. 

Mais le président ne s’arrête pas là. En réel militant, il dénonce aussi la différence de traitement entre les filles et les garçons dans les clubs avec des sections féminines : « Il y a un vrai privilège de l’homme. Les clubs peuvent facilement créer une deuxième ou troisième équipe de vétérans et lui trouver des créneaux, mais pour monter une équipe féminine, il n’y a pas de place ni de créneaux… » Il lui est même arrivé de refuser des demandes de parents qui voulaient inscrire leurs fils : « On va appeler ça un privilège, mais que les garçons ont souvent, pour qui on s’applique plus que pour les filles. Là, c’est au tour des filles. Elles se sentent en confiance, le groupe vit bien, les parents aussi sont contents et c’est plaisant pour tout le monde », explique-t-il. Et effectivement, les parents rencontrés au gymnase ne tarissent pas d’éloges à son sujet : « Il est très investi, on voit qu’il se donne à fond pour le club et nos filles. Cela nous donne envie de les réinscrire l’an prochain et de l’accompagner dans son projet. » 

Et effectivement, les parents rencontrés au gymnase ne tarissent pas d’éloges à son sujet : « Il est très investi, on voit qu’il se donne à fond pour le club et nos filles. Cela nous donne envie de les réinscrire l’an prochain et de l’accompagner dans son projet. » 

Donner l’envie de continuer

« Je prends tout le monde, on essaye de faire progresser tout le monde à sa vitesse, individuellement puis collectivement. On ne laisse personne de côté. » Tel est son projet.  Selon lui, le manque de revenus apportés par le football féminin découragent les clubs à investir dans leurs sections féminines, et les licenciées à continuer la pratique du football. Et les clubs qui ont malgré tout des sections féminines voient trop souvent à court terme en cherchant du résultat en championnat dès les premières saisons. « Il y a des clubs féminins qui commencent à sélectionner dès le plus jeune âge ! » se désole-t-il. Une mère témoignait, en regardant sa fille s’entraîner, de la difficulté qu’elle avait eu à l’inscrire dans une section féminine car « elle n’avait pas le niveau ». C’est la raison pour laquelle le Paris Féminin vise toujours l’avenir, pour fidéliser ses joueuses, leur donner envie de continuer et de s’améliorer, en les mettant dans les meilleures dispositions possibles. « Si à chaque fois on a 10 nouvelles licenciées mais que sur les 10, il y en a 8 qui s’arrêtent en cours de saison, ça ne sert à rien » conclue-t-il.

Les chiffres semblent plaider en sa faveur, puisque le club abrite aujourd’hui une équipe senior de football à 11, deux de futsal et une équipe de futsal de jeunes (U7 à U15), ainsi qu’une équipe U13 “animation”. L’ensemble des parents des jeunes ont déjà exprimé leur volonté de réinscrire leurs filles et le club prévoit d’ouvrir une équipe U18 de futsal la saison prochaine.

Le futsal, pratique d’avenir

Le futsal constitue donc la principale pratique au sein du club : « [À la création du club] il y a 10 ans, on était les seuls à faire du futsal féminin », se remémore Filipe Dos Santos. Au départ, ce choix était purement pratique, puisque « dans le foot à 11, par motivation ou à cause du travail, c’est difficile d’avoir 11, 12, 13 joueuses tous les samedis. Alors qu’en futsal, avec 6-7 joueuses, tu peux jouer » expliquait-il. Au gré du développement de cette discipline du “football de salon” cette dernière décennie, le dirigeant est devenu un de ses plus fervents défenseurs. Il témoigne des nombreux bénéfices du futsal, en particulier pour la pratique féminine : « il peut être un avenir pour le développement des féminines », dans la mesure où il permet de jouer même avec des petits effectifs – qui sont souvent difficiles à atteindre dans un vivier de joueuses plus limité que chez les hommes. Lié à son objectif de fidélisation des licenciées, cet argument est essentiel à une pérennisation des équipes déjà actives. C’est aussi une discipline qui permet aux plus jeunes de développer leur performance plus rapidement : « tu peux apprendre beaucoup de technique et progresser plus vite en futsal qu’en extérieur. »

Cependant, s’il félicite la volonté de la FFF de créer la première équipe de France de Futsal, il déplore aussi le manque de popularité du futsal en France. « D’autres pays dans le monde ont des championnats nationaux très développés, sans parler des Championnats internationaux, d’Europe ou du Monde, qui sont très populaires. Au Brésil, les tribunes dans les gymnases sont pleines, y compris pour les filles ! » déclara-t-il, envieux. La création du Championnat national de futsal féminin par la Fédération Française de Football est aussi un bon signe pour Filipe Dos Santos, qui s’attend au développement de cette discipline dans les années à venir. C’est pourquoi il est convaincu que la formation des plus jeunes est également primordiale : « surtout chez les jeunes ! Parce que c’est l’avenir. Si on veut que cette discipline continue, il faut commencer très jeune », insiste-t-il. 

Il continue donc, pas à pas, à former des joueuses de tous âges dans son cocon du PFFC. Une ostéopathe a même récemment fait son arrivée au club pour accompagner petites et grandes dans leurs compétitions. Entre filles, sans sélection à l’entrée, avec motivation et bienveillance, en attendant de les voir, un jour peut-être, progresser en équipe de France.