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D2 : Vers un appel de l’AS Saint-Etienne ?

Par , 17/04/2020 15:15 août 4th, 2020 No Comments
Jérôme Bonnet saint-étienne
@asseofficiel
A travers une interview sans filtre accordée à l’Équipière, l’entraîneur des Amazones Jérôme Bonnet et l’attaquante Audrey Chaumette se livrent sur la décision de mettre fin à  la saison de D2. La non accession à l’élite, vécue comme une injustice, motive l’AS Saint-Etienne à lancer une procédure d’appel.

​La décision prise par le Comité exécutif de la Fédération Française de Football fait réagir le Forez. L’arrêt de la D2 après le 13 mars condamne les Stéphanoises à rester en D2. Deuxième de sa poule avec trois points de retard sur le Havre et un match en retard, l’ASSE a vu la montée lui échapper sur la moyenne de points par match joués (2,5 pour Le Havre et 2,47 pour l’ASSE). L’entraîneur de la formation stéphanoise, Jérôme Bonnet, et l’attaquante, Audrey Chaumette, ont accepté de nous faire part de leur sentiment sur cette décision qui leur laisse un goût amer.

​« Quelle a été votre première réaction en apprenant la décision de la FFF ?

Jérôme Bonnet (J-B): En toute honnêteté, de l’écoeurement. Il y a aussi de l’incompréhension face à une décision, prise comme de l’injustice. De mon côté, j’avais pu m’y préparer un petit peu, mais j’avais toujours espoir. L’équité, la sportivité… Je m’aperçois que les instances qui prônent ce genre de choses ne l’ont pas appliqué. Je n’aurais pas voulu être à leur place, car il y aurait eu des heureux et des malheureux dans tous les cas. Je suis écoeuré pour le groupe et le staff qui se sont investis. Certaines filles avaient une colère froide, d’autres étaient abattues, frustrées. On n’a pas la sensation d’avoir loupé quelque chose pour la montée et au final on nous la retire.

saint-étienne joueuses

Audrey Chaumette (A-C) : Beaucoup de déception, forcément, parce que l’on plaçait beaucoup d’espoir sur cette saison pour accéder à la D1. On avait tout mis en oeuvre pour réussir et notre parcours en témoigne. On a fait preuve d’une belle sérénité tout au long de la saison.

Vous êtes invaincues cette saison et vous ne montez pas, vous trouvez cela injuste? Estimez-vous être supérieures au Havre que vous aviez largement battu (4-1) lors du match aller? 

J-B : Je ne dis pas que l’ASSE doit prendre la place du Havre, je les félicite et n’enlève rien à leur montée. Elles méritent tout autant que nous d’être en D1. Mais on a été en tête sur la quasi totalité des journées, nous sommes invaincus, meilleure défense… Certes les matchs nuls nous ont pénalisé. Le Havre a aussi eu la chance d’avoir un match en plus qui a été joué, et sans ce 16e match on avait la même moyenne de points. Je ne reviendrai pas sur ce report douteux du match d’Yzeure…

A-C : Nous sommes restées invaincues toute la saison, et de voir que pour quelques dixièmes de points nous ne montons pas, c’est très rageant. Il y a aussi de la frustration. On ne se sentait pas supérieures, car une saison ne se joue pas sur un match. Après, ça prouve que l’on maîtrisait notre sujet, que sur les matchs importants on était capables de prendre le dessus sur notre adversaire direct, et donc qu’on avait des raisons d’espérer. En tant que compétitrices, nous aurions toutes aimées pouvoir donner plus, pouvoir jouer jusqu’à la fin et être maîtresses de notre destin.

Audrey Chaumette

Est-ce que c’est une décision à laquelle vous vous attendiez malgré tout ?

J-B : On envisage pleins de scénarios. On est en plein confinement, il faut remettre les choses dans leur contexte. Autour de nous, il y a des familles qui sont décimées par le coronavirus, la maladie. Il faut mesurer tout cela. Si l’on parle uniquement de l’aspect sportif, bien sûr qu’on avait envisagé pleins de choses, dont ce scénario. Mais on se disait que ça ne pouvait pas se faire, que ce n’était pas équitable.

A-C: Forcément quand on attend une décision, on se prépare à tout. Après, aux vues de nos prestations, j’avais quand même espoir que ça se déroule différemment pour nous. On a été premières pendant un long moment et on avait un match en moins, donc on aurait aimé être sur un pied d’égalité. Un autre mode de calcul qui ne nous favorise pas a été choisi, c’est comme ça.

Comprenez-vous ce “deux poids deux mesures” entre la D1 et la D2 ? Avez-vous le sentiment de payer le fait d’être des “petits clubs” par rapport à certains mastodontes de la D1?

A-C: La Fédération n’a certainement pas négligé notre championnat. En revanche, si la D1 reprenait, je me sentirais lésée. Pourquoi les joueuses de D1 pourraient continuer à jouer et écrire leur histoire, alors que notre avenir nous a été dicté par un choix de la FFF ? Là, le sentiment d’injustice serait encore plus fort.

Même si cette décision peut paraître injuste, difficile d’imaginer une reprise avant l’été…. quel scénario auriez-vous privilégié? une finale avec le Havre, une D1 à 13 ?

J-B : Faire un match alors que toutes les conditions ne sont pas réunies, je ne vois pas l’intérêt. Mais quand on voit que la D1 n’est pas encore arrêtée, on se dit qu’il y a une possibilité, qu’on peut envisager quelque chose. Des poules à 13 ça s’est déjà vu, l’année dernière, on nous a rajouté une équipe au mois d’août après les recours. S’il y a qu’une seule descente en D1, on pourrait faire monter les deux équipes et il y aurait 14 équipes en D1. Mais ce sont des suppositions, je n’aime pas faire ça.

A-C: Personnellement, je ne préférais pas me projeter pour ne pas être déçue ensuite. Faire un match de finale avec le Havre n’aurait pas été une mauvaise idée, même s’il restait 6 matchs et que Lille aussi revenait fort… Il n’y a pas de bonne solution, quelque soit la décision un club aurait été lésé.

Le club envisage-t-il un recours?

J-B : L’AS Saint-Etienne se réserve le droit de faire appel de cette décision, en espérant intégrer la D1, niveau qu’on aurait pu et dû intégrer. On va se concentrer sur le manque d’équité de cette décision. Je parle uniquement de notre situation. Ils ont pris une décision exceptionnelle dans une situation exceptionnelle. On peut donc faire des cas exceptionnels.

Désormais, il faut attendre… 

J-B : Il faut rester confiants parce qu’il y aura probablement procédures qui vont être engagées par l’ASSE. Je ne dis pas qu’on aura gain de cause, mais nous devons rester positifs. Il faut que les filles continuent leur programme qu’on leur donne et qu’elles n’expriment pas leur colère sur les réseaux sociaux. Maintenant, il faut laisser les personnes compétentes travailler.

Audrey Chaumette

Audrey, parvenez-vous à vous projeter sur la saison prochaine malgré cette décision du comex de la FFF ? Le groupe pourrait être chamboulé, aura-t-il la force de rebondir ?

C’est vraiment trop tôt, on attend de voir l’issue finale avant de se projeter. Le fait de ne pas monter en D1 impactera forcément le groupe. Chacune est compétitrice et a l’ambition d’évoluer au plus haut niveau.

Après, la force de l’AS Saint-Etienne est qu’à chaque coup que l’on a pu prendre – et on en a pris pas mal depuis que l’on est en D2 – on a toujours su repartir plus fortes. Cela s’est ressenti cette saison et on a su faire preuve de beaucoup de maturité sur certains matchs, que par le passé on aurait perdus. Je n’ai aucun doute sur la force mentale de cette équipe qui est très soudée et saura repartir de l’avant.

Coach Bonnet, vous êtes en fin de contrat. Comment vivez-vous cette situation ? 

Je pense qu’on se mettra autour d’une table à partir du moment où nous aurons tous les éléments pour prendre des décisions. A l’heure actuelle rien n’a été décidé. Je ne vous cache pas que si on est en D2, je ne sais pas ce qu’il en sera. Je me concentre sur le recours et je fais en sorte que l’effectif soit prêt au cas où. Pour moi, la saison n’est pas terminée. »