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David Fanzel (FC Fleury 91) : « Quelle que soit celle qui joue, elle donne tout pour le collectif »

Par 26/02/2021 14:00 juin 8th, 2021 No Comments
David Fanzel Fleury
Alors que Fleury occupe la cinquième place de D1 Arkema, son entraîneur David Fanzel sait que les jeux sont encore loin d’être faits. Les jeunes, l’apport des étrangères, la concurrence, les ambitions de son équipe et surtout sa philosophie de jeu, le technicien floriacumois n’a éludé aucune question. Entretien.

A l’intersaison, et malgré une saison 2019-2020 correcte achevée à la septième place (ndlr, meilleur classement du club en D1), onze joueuses ont quitté Fleury et autant sont arrivées. Pourquoi avoir procédé à cette large revue d’effectif ?  

L’effectif était assez important et il y avait des filles qui étaient peut-être en fin de cycle après 2-3 ans à Fleury. On les a donc remplacées par des plus jeunes ou des filles qui avaient un autre statut. On a aussi perdu nos deux danoises, Rikke Sevecke et Stine Larsen, ce qui n’était pas prévu. Voilà pourquoi il y a eu un peu de chamboulement. 

Globalement le marché des transferts a été très animé en D1. Les joueuses sont-elles aussi plus mobiles que par le passé ? 

Dans le football actuel, les joueuses ne font plus toute leur carrière dans un club. Certaines ont envie de vivre une aventure à l’étranger, d’autres de changer de club. Quand j’ai pris Metz en 2015, on ne parlait pas du tout de l’Italie, de l’Espagne. Même en Allemagne, il n’y avait que les top joueuses françaises qui y allaient. Bien sûr, plus on a de stabilité, mieux c’est, mais ce qui compte c’est d’avoir de bonnes joueuses. Ce n’est pas du tout une volonté de Fleury de changer à chaque fois la moitié de l’équipe

Autre particularité de ce mercato d’été, l’arrivée de nombreuses joueuses étrangères en D1 et à Fleury. Pourquoi un recrutement si international ?

Le football féminin évolue et il faut s’adapter. Avant à part à Lyon, au PSG et à Montpellier,  le recrutement était français. Ensuite, Bordeaux et même le Paris FC ont recruté des étrangères. On ne néglige pas les françaises pour autant. Depuis la septième journée, dans le onze, il y a 8 Françaises et 3 étrangères. Les étrangères amènent aussi de la concurrence, d’autres méthodes de travail et poussent les Françaises à travailler encore plus pour être titulaires.

« Le fait de pouvoir recruter des étrangères aujourd’hui permet aussi d’étoffer les effectifs et de laisser le temps aux petites de grandir »

Doit-on néanmoins craindre pour l’avenir de la formation française avec le recrutement de plus en plus important de joueuses étrangères ? 

 À Fleury on joue avec des jeunes, Manon Heil dans les buts, Kenza Chapelle en avant-centre, Julie Piga en défense et Maureen Bigot au milieu. Thelma Eninger commence aussi à pointer le bout de son nez. Chacun travaille comme il veut, mais le président souhaite faire de la place aux jeunes et c’est un peu la raison de ma venue. Je ne m’inquiète pas. De belles générations arrivent et ont travaillé depuis qu’elles sont toutes petites, contrairement aux générations de 28-29 ans qui, elles, ont commencé le foot très tard ou uniquement avec des garçons. Aujourd’hui, toute cette formation commence à payer. Maintenant, il ne faut pas être pressé, c’est un travail de longue haleine. Il faut continuer à prendre des jeunes, à les former aux niveaux mental, tactique, technique et physique, pour leur permettre de montrer leurs qualités quand elles joueront. 

Manon Heil ©Inès Roy-Lewanowicz

Pourtant, de plus en plus de jeunes joueuses, à l’image des jeunes joueurs, semblent impatientes et veulent d’emblée être titulaires ?  

C’est parce que toutes les filles ont un agent et que le côté négatif du foot veut qu’on soit pressé. Les formateurs ont un rôle à jouer pour ne pas les griller à 18-19 ans. Avec Fabrice Abriel (ndlr, entraîneur adjoint), c’est à nous de les accompagner parce que l’on a l’expérience du haut niveau. Des filles partiront, mais le principal c’est que quand elles quittent Fleury, elles se disent “on a grandi”. Contrairement à ce qui se dit, Fleury fait de la formation. Le fait de pouvoir recruter des étrangères aujourd’hui permet aussi d’étoffer les effectifs et de laisser le temps aux petites de grandir. 

Est-ce que finalement le problème n’est pas l’absence de championnat intermédiaire entre le U19 National et la D1 ? 

Évidemment, la Fédération le sait et il y a des réunions chaque année sur ce sujet. Je n’ai aucun doute que la fédé travaille sur un format pour raccourcir le fossé entre la D1 et les U19. À Fleury, on a une équipe de R1, ce que je n’avais pas à Metz, et ça me plait bien. Effectivement, le niveau n’est pas le même, mais au moins les jeunes peuvent jouer contre des adultes. Puis en R1 elles sont très attendues, ce qui les oblige à être meilleures. C’est sûr que si on pouvait mettre une équipe en D2, ou en D3, ce serait bien. Mais déjà adapter les calendriers pour que les joueuses puissent être remplaçantes en D1 le samedi et jouer en U19 ou en R1 le lendemain serait une belle évolution. Pourquoi ce qui est fait chez les garçons n’est pas fait chez les filles ? Les joueuses blessées pourraient en bénéficier aussi. Il n’y a rien de tel que la compétition pour retrouver du rythme. 

« On sait qu’en étant bien en place, derrière on aura des occasions de buts »

Vous évoquiez précédemment le rôle des entraîneurs. Pour la première fois dans votre carrière, vous êtes à la tête d’une équipe très internationale. La gestion de groupe est-elle la même qu’avec une équipe majoritairement composée de joueuses françaises ? Avez-vous dû adapter vos méthodes de travail ?

Forcément, car chaque pays a sa culture. Le mix entre côté français, latin, où il y a plus de créativité, et le côté très scolaire des étrangères fait que l’on apprend tout le temps. Les étrangères font beaucoup de musculation, donc il faut les freiner car le plus important comme je le dis souvent c’est le carré vert. C’est le résultat du samedi qui valide le travail de la semaine. 

FC Fleury - Sissoko, Grabowska, Heil

Après ce bon début de saison, votre équipe n’est pas parvenue à enchaîner jusqu’à cette belle série de trois victoires, de mi-novembre à début décembre. Puis, un nouveau coup d’arrêt avec 3 matchs sans victoire en D1. Comment expliquez-vous cette alternance de résultats ?

En octobre, on n’a pas enchaîné parce qu’on reçoit Lyon et le Paris FC, on va à Bordeaux et sur la pelouse du PSG. Après la trêve, on fait quand même de nouveau match nul face à Montpellier, avec une équipe très jeune et des joueuses venues compléter l’effectif suite aux blessures et au départ de Céleste Boureille. Ca veut dire aussi qu’il y a un bon groupe et que les anciennes sont garantes de ce que le staff a mis en place. C’est pour ça que l’on est fiers de nos filles, car quelle que soit celle qui joue, elle donne tout pour le collectif.

« A nous de travailler, de rester humble et de ne surtout pas nous enflammer pour finir le plus haut possible »

Vous visiez ouvertement le top 5 en début de saison, et Fleury est actuellement cinquième de D1. Pensez-vous votre équipe capable de grappiller encore quelques places au classement en sachant que ce match en retard face au Havre pourrait vous rapprocher du podium ? 

Les matchs en retard ne sont jamais gagnés d’avance, mais on a de l’ambition. Ce n’est pas parce que vous êtes ambitieux que vous allez réussir. On va avoir trois matchs de notre championnat face à Reims, Le Havre et Dijon, qui doivent nous permettre de reprendre de la confiance avant d’attaquer deux matchs importants contre Bordeaux et le Paris FC. L’important c’est la continuité. Reims n’est pas bien au classement, et, connaissant les qualités de meneuse d’Amandine Miquel, elles vont arriver très motivées chez nous.  Pour le Havre, une équipe accrocheuse qui n’a pas pris de raclée, plus le championnat avance, plus c’est le match de la dernière chance. C’est là qu’on voit que la D1 est un championnat difficile et qui progresse. L’année dernière à cette période Metz avait deux points et Marseille six. Avec vingt points déjà notre première partie de saison est réussie. A nous de travailler, de rester humble et de ne surtout pas nous enflammer pour finir le plus haut possible.

Si le FCF 91 semble avoir franchi un cap, le club n’a pas été en mesure cette saison de rivaliser face aux grosses écuries que sont Lyon, Paris et Bordeaux. Qu’est-ce qui manque encore à vos joueuses pour accrocher ces équipes ?

Comme je l’ai déjà dit, il faut rester à sa place. Niveau puissance, technique, jeu sous pression, Lyon et le PSG sont des machines. Certes, on a vu en Coupe de France contre le PSG que l’on pouvait se procurer des situations, mais je relativise aussi, car en championnat sur les vingt premières minutes si les Parisiennes sont adroites le match est vite plié. Le tarif moyen du PSG cette année c’est 4 buts par match ! Comment voulez-vous rivaliser ? À Lyon, quand une joueuse sort, celle qui rentre est titulaire tous les jours chez nous. Il ne faut pas se tromper de combat.  Cette année déjà on a accroché deux fois Montpellier. Maintenant, à nous de voir si on a progressé par rapport à Bordeaux ou le Paris FC qui ont un potentiel de troisième.

« Ok on doit gagner, mais il faut que Fleury soit plaisant à voir jouer  »

Votre équipe est l’une des plus agréables à voir jouer cette saison et développe un football de qualité avec beaucoup de mouvement et de combinaison. Au-delà des résultats, c’est important pour vous de produire du jeu ? 

Pour moi c’est très important, c’est aussi une demande du président. Ok on doit gagner des matchs, mais il faut que Fleury soit plaisant à voir jouer. On travaille au quotidien pour que les filles adhèrent à ce projet du club et du staff. Puis, dans la période actuelle, on a la chance de pouvoir exercer notre passion et d’être sur les terrains tous les matins. Je le répète aux filles, parfois elles en rigolent, mais il faut jouer avec le sourire. 

FC Fleury

Lorsque vous étiez à la tête du FC Metz déjà, vous ne fermiez pas le jeu non plus. Peut-on dire que vous êtes un entraîneur adepte du “beau jeu” ou vous vous adaptez aux joueuses à votre disposition ?

Un entraîneur s’adapte toujours aux filles à sa disposition, mais oui j’aime bien le beau jeu. En tant qu’ancien défenseur, j’aime aussi avoir une base défensive. Nos premières défenseures sont les attaquantes, et nos premières attaquantes sont les défenseures et notre gardienne de but. Ma philosophie c’est le collectif. Les individualités sortiront toujours grâce au collectif, et jamais le contraire. Derrière un but, il y a le travail de tout un groupe, pas uniquement des onze joueuses sur le terrain. Tout au long de ma carrière, j’ai remarqué que souvent ce sont les remplaçants qui font la différence. À Fleury, le staff est content car au-delà des résultats, on a réussi à créer un groupe.

Dans ce groupe, Léa Le Garrec est la joueuse la plus utilisée. Qu’apporte-t-elle à l’équipe ? 

Déjà, c’est une leader dans le groupe, par son exemplarité à l’entraînement et en match où elle ne lâche jamais rien.  Léa a toujours été au service du collectif, elle ne rechigne pas au travail défensif et elle est récompensée individuellement par des buts et des passes décisives. C’est aussi un bon relais pour moi dans le groupe parce qu’elle parle anglais et connaît bien le foot. Voilà, c’est la patronne, mais des leaders il y en a d’autres. 

Êtes-vous surpris que Léa Le Garrec n’ait pas été rappelée en équipe de France ? 

Elle mérite d’avoir une deuxième chance chez les Bleues, mais il faut aussi respecter les choix de Corinne Diacre. J’espère juste que Léa, parce qu’elle le mérite, aura sa chance. 

Le Garrec Fleury-Losc
 © Victoria Lapauze

« Bien sûr que la troisième place qualificative donne envie à beaucoup de clubs. Quoiqu’il arrive, on ne lâchera rien !  »

Durant le mercato d’hiver, Laëtitia Philippe est partie au GPSO 92 Issy alors qu’elle avait commencé la saison comme numéro 1 à Fleury avant d’être remplacée par Manon Heil. Pourquoi ce changement dans la hiérarchie des gardiennes de buts ? Celle-ci peut-elle évoluer à nouveau avec l’arrivée d’Emmeline Mainguy ?

Ça fait partie des décisions que j’ai prises pour un peu “rebooster” le groupe, c’est mon rôle et Manon m’a donné raison par ses performances.  Elle était numéro 2 et a su aller chercher Laëtitia Philippe. Après, c’est le haut niveau et la concurrence est la même pour tout le monde. Il n’y a pas de social à faire, si une joueuse est meilleure, elle joue et à l’autre de travailler pour regagner sa place. La seule vérité c’est le carré vert !

Année après année, Fleury s’installe en D1. Quel est l’objectif du club à moyen-long terme ? Jouer l’Europe ?

Ne nous trompons pas de combat. On est le FC Fleury, un club amateur qui a la chance d’avoir un président qui aime le football féminin et met les moyens. Donc déjà on peut lui dire merci. Chaque année, Fleury est meilleur, à nous de continuer de grandir et on verra bien. Bien sûr que la troisième place qualificative donne envie à beaucoup de clubs. Quoiqu’il arrive, on ne lâchera rien !

FC Fleury entre sur le terrain