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D’un terrain à l’autre (4/4) : Entretien avec Sarah Boudaoud

Par 16/11/2021 14:00 No Comments
Sarah Boudaoud, sélection algérienne
Sarah Boudaoud sous les couleurs de la sélection algérienne
La reconversion est parfois un long et sinueux chemin pour une joueuse professionnelle. Passée par le centre de formation lyonnais, et désormais pensionnaire de D2 avec l’US Orléans, Sarah Boudaoud se confie pour l’Equipière sur son initiative en faveur de la reconversion des joueuses.

Après six saisons au GPSO Issy, Sarah Boudaoud porte désormais la tunique de l’US Orléans. En parallèle de sa carrière footballistique, la défenseure achève un  second master et travaille également en tant qu’attachée parlementaire. Un profil atypique et un emploi du temps bien chargé qui témoignent de la réflexion déjà bien avancée de l’internationale algérienne quant à son après-carrière. Si son parcours lui ouvre naturellement de nombreuses opportunités, c’est loin d’être le cas de toutes les footballeuses.

Une profession à durée limitée

Plusieurs facteurs peuvent expliquer la complexité à entamer une préparation de l’après-carrière chez les joueuses de haut niveau. La première d’entre elles, le facteur temps. Les joueuses sacrifient une large partie de leur temps à arpenter les terrains et dans les déplacements, ce qui limite les possibilités de formation.

Si le temps est une denrée rare, une carrière footballistique est bien souvent limitée dans le temps. Sans anticipation ni préparation, nombreuses peuvent être les déconvenues après avoir exercé une profession où l’âge du départ en retraite est bien plus précoce que dans d’autres. A cette réalité, s’ajoutent aussi certains aléas. Une blessure grave ou mal traitée peut sonner le glas d’une carrière de manière parfaitement inopinée.

L’état de développement du football féminin, constitue également un frein majeur. Pour l’heure, hommes et femmes bénéficient de conditions de travail et de rémunération incomparables au plus haut niveau. Alors que les footballeurs gagnent majoritairement un salaire leur permettant d’assurer un train de vie présent et futur confortable, certaines joueuses ne peuvent elles pas se contenter de leur sport pour vivre. À ce sujet, Sarah Boudaoud explique qu’il n’y a que très peu de personnes qui réussissent, et dans le football féminin particulièrement, très peu sont bien payées”. Une inégalité qui rend d’autant plus primordiale la préparation de l’après-carrière.

Des joueuses parfois seules face à leur avenir

Dans l’optique de l’après football, plusieurs initiatives ont été mises en place par différents acteurs. Toutefois, celles-ci sont encore insuffisantes pour anticiper le début d’une nouvelle carrière, hors des terrains, à un moment où les joueuses les fréquentent encore quotidiennement.

« On passe de très bien accompagnées à plus rien, d’un coup, et on doit se débrouiller seules. »

Si l’accompagnement est complet lorsque les jeunes sont encore au lycée en centre de formation, l’encadrement peut changer du tout au tout en un rien de temps. Un schéma qui semble se répéter pour de nombreuses joueuses. ”Un suivi est mis en place lorsque les joueuses sont en pôle et celui-ci est très bien structuré avec des partenariats entre les lycées et les structures des pôles ou avec des séances d’étude le soir à l’internat” raconte Sarah Boudaoud.

Cependant, une fois la porte du pôle espoir fermée, un grand vide apparaît. Les joueuses passent d’un encadrement complet à un suivi limité. L’internationale algérienne se souvient : “À partir du moment où on passe le bac, on est un peu lâchées dans la nature. On passe de très bien accompagnées à plus rien, d’un coup, et on doit se débrouiller seules”. Un manque de suivi qui peut s’avérer fatal car “les joueuses repartent de zéro alors si elles ne sont pas cadrées dans leur tête et bien organisées, c’est difficile pour elles”.

Pourtant, dans le cadre de la Licence D1 Féminine, les clubs ont l’obligation de respecter un cahier des charges bien précis en vue de la préparation de la reconversion des joueuses, notamment en “identifiant un référent socio-professionnel” et en mettant en place un “fichier de suivi individualisé sur le double projet”. En pratique, il n’est pas toujours simple de mettre en œuvre des actions, avec des joueuses qui parfois n’ont pas encore réfléchi à leur avenir.

La Fédération française de football (FFF) propose de son côté un accompagnement pour les féminines en sélection. Si cette aide va dans le bon sens, elle n’a qu’une portée limitée puisque toutes les footballeuses ne sont pas amenées à porter les couleurs de l’équipe de France. “C’est un dispositif très intéressant mais qui s’adresse à une très faible proportion de joueuses et peut-être celles qui en ont le moins besoin car elles ont plus de visibilité”, explique l’Orléanaise.

Pallier un manque

Après avoir identifié un défaut d’initiatives, l’ancienne d’Issy s’est mise en tête d’apporter une réponse concrète à ce problème. “Dans le cadre de mes études à Sciences Po, j’ai obtenu le Certificat égalité femmes-hommes. L’après carrière et mener un projet professionnel autre que footballistique sont des sujets qui m’ont toujours intéressée, alors je me suis demandée comment je pourrais utiliser ce que j’ai appris”, raconte Sarah Boudaoud.

« Là où on a toujours vu des hommes, on veut montrer que c’est possible d’être une femme »

Naît alors l’initiative La Passe D qu’elle a pensée avec Hamida Moussaoui, qui travaille avec des sportifs dans la gestion de leur image. L’association, qui a été créée en février dernier et doit être officiellement lancée dans peu de temps, aura pour but d’accompagner individuellement la nouvelle génération dans son choix d’après-carrière. L’objectif est que, tous les ans, “dix profils qui ont entre 15 et 20 ans, et qui sont dans la période où l’on réfléchit à ce que l’on veut faire ou qui se posent la question d’arrêter leurs études, découvrent les métiers du sport, de la structure d’un club ou d’une institution”.

L’ambition de La Passe D : ouvrir les jeunes filles aux métiers qu’elles pourront exercer, en lien avec leur passion, sous un angle autre que sportif. Pour cela, l’idée est de leur “faire rencontrer des interlocuteurs représentant différentes professions, de l’avocat mandataire au préparateur physique en passant par le journaliste sportif ou le nutritionniste”.

Si cette initiative permettra de faire découvrir de nouveaux horizons aux jeunes joueuses, pour Sarah Boudaoud, l’objectif est double : “Il s’agit aussi de féminiser le football, le secteur sportif en général et leurs métiers. Là où on a toujours vu des hommes, on veut montrer que c’est possible d’être une femme et créer un cercle vertueux pour les générations à venir.”

Nul doute que la joueuse de l’US Orléans saura partager son expérience aux professionnelles de demain et les conseiller dans leur processus de reconversion. Peut-être même son parcours en inspirera-t-il quelques unes.

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