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Ella, un nouveau palier pour éclore

Par 04/07/2020 09:00 juillet 5th, 2020 No Comments
FCGB – Q.Salinier
Entre ses débuts à l’AS Verson en Normandie et sa signature à Bordeaux, Ella Palis (21 ans) a monté ses premières marches vers le succès. La jeune milieu de terrain pourrait être l’une des révélations des années à venir. Portrait.

En fin de contrat à Guingamp -où elle a passé six ans-, Ella Palis a choisi de rejoindre la Gironde et l’ambitieux projet bordelais. C’est tout sauf un hasard si Ulrich Ramé et Pedro Martinez Losa ont décidé de miser sur la native de Seine-et-Marne pour les trois prochaines années. 

Après des débuts à l’AS Verson en Normandie, elle rejoint l’Académie guingampaise, bien décidée à rallier la D1 au plus vite. Dès la fin de ses années lycée, avant même de fêter sa majorité, Ella convoite le groupe de Sarah M’Barek, tout en assurant ses arrières en suivant un BTS assistante manager à côté. Un calcul parfait pour la jeune normande qui, après ses deux années d’études, a pu profiter de sa dernière année de contrat à Guingamp pour se consacrer pleinement au football et poursuivre une progression linéaire, qui n’a échappé à personne, surtout pas aux recruteurs girondins.

Ella Palis à 15 ans lors de sa dernière apparition en mixité avec l’AS Verson

À Guingamp, l’apprentissage express 

À l’adolescence, après plusieurs années en mixité à Verson, Ella doit franchir un cap pour réaliser son rêve de toujours, devenir footballeuse professionnelle. «Elle arrivait en fin de parcours avec les garçons. On a cherché sur Paris, Juvisy, mais c’est Guingamp qui s’est montré intéressé» raconte Eric Bellouard, son éducateur de l’époque, qui l’a conseillée dans ses choix. Alors que la jeune de 14 ans avait aussi l’option Clairefontaine, c’est bien en Bretagne qu’elle décide de poser ses valises, loin de son foyer familial.

«Elle apprenait vite et dès qu’elle a enchaîné les matchs, elle a vite pris le rythme et elle est devenue un élément clé de l’équipe » Charlotte Lorgeré

 «Notre projet lui a plu, elle trouvait que c’était un contexte plus favorable pour éclore, on est content que ça lui ait donné raison» s’enchante Nicolas Delépine, son entraîneur de U19 à Guingamp. Le formateur poursuit : «on a assez vite vu dans tout ce qu’elle entreprenait qu’il y avait un écart entre elle et les autres : dans l’intensité, dans la technique…» se remémore celui qui vient de prendre les rênes du GF38. Eric Bellouard et Nicolas Delépine ne s’étaient pas trompés, à Guingamp, la milieu de terrain fait tout de suite des étincelles. Elle prend d’abord part au sacre de championne du monde scolaire au Guatemala en 2015.

@FranckPerrin

Puis, ses prouesses lui permettent de découvrir les sélections de jeunes en U17 puis en U19 où elle devient capitaine. Ella remporte même le très prestigieux prix de meilleure joueuse de la Scania Women’s Cup 2018 devant deux jeunes du Barça. Des débuts en fanfare. 

Dans l’entrejeu, ses qualités sautent aux yeux de la coach principale Sarah M’Barek, qui l’intègre rapidement dans son groupe. Charlotte Lorgeré, alors défenseure de l’EAG, s’en souvient. «Elle a intégré l’équipe petit à petit et un jour elle a été titulaire et elle y est restée. Elle faisait certes des erreurs de jeunesse à vouloir trop dribbler à des endroits dangereux, mais elle apprenait vite et dès qu’elle a enchaîné les matchs elle a vite pris le rythme et elle est devenue un élément clé de l’équipe» raconte l’internationale française, avant d’enchaîner sur les bons souvenirs que lui a laissée la jeune milieu de terrain. «Elle était très timide au début, mais elle observait beaucoup et faisait bien son travail. C’est une combattante sur le terrain et une fille respectueuse et à l’écoute des plus anciennes. Humainement, elle est joyeuse et simple, j’ai beaucoup aimé jouer avec elle».

Une milieu moderne qui doit encore progresser physiquement 

Palis Perisset Bordeaux
@FCGB – Q.Salinier

Tous sont unanimes, les aptitudes de la joueuse de 21 ans pour le haut niveau sont évidentes depuis ses premiers contacts avec le ballon. À l’aise dans plusieurs positions au milieu de terrain, elle n’a jamais quitté ce poste. Sa partenaire de formation et meilleure amie Inès Oumahi parle de ses qualités : «Elle aime la percussion, se projeter. Le double contact, c’est son geste technique préféré (rires). Souvent quand elle récupère le ballon elle le fait pour éliminer la joueuse. J’ai tout de suite été marquée par ses frappes de loin et sa technique. Plus elle frappe et plus elle est à l’aise, ça veut dire qu’elle est dans son match». Alors que ses qualités techniques lui permettent d’évoluer partout dans le coeur du jeu, Ella a une petite préférence pour le poste de relayeuse, à deux au milieu. 

«Elle a travaillé avec un préparateur physique individuel, ce qu’elle n’avait jamais fait» Éric Bellouard

Pour Nicolas Delépine, c’est le profil type du «milieu moderne, qui peut défendre et se projeter». Il précise son idée : «elle joue à ce poste depuis toujours, parfois un peu plus bas, parfois plus haut. Mais c’est une vraie milieu relayeuse, elle est dynamique, elle a du punch, elle peut percuter. Elle est polyvalente, elle peut tout faire. Elle peut attaquer, être tranchante, marquer des buts de loin. Je pense que c’est là que Bordeaux a vu ses qualités» explique l’ex-patron du pôle féminin du MHSC, avant d’évoquer quelques pistes de progression. «Pendant sa formation, on s’est surtout attaché à ce qu’elle puisse répondre physiquement au niveau de la D1 féminine, surtout au niveau de la répétition des efforts. Ce qui lui manque, c’est de pouvoir répéter ses efforts tout au long du match pendant 90 minutes. On a réussi à lui faire passer ce cap en U19 et en D1, c’est son travail actuel. Quand elle sera capable de le faire, elle sera au niveau de Bordeaux et puis peut-être même au-dessus» affirme Nicolas Delépine. 

La nouvelle défenseure du FC Nantes, Charlotte Lorgeré note tout de même une belle progression dans ce domaine. «J’ai trouvé qu’elle avait passé un cap physiquement. Elle répétait des efforts en match avec une intensité folle. Elle a amené une énergie débordante et une puissance intéressante au milieu de terrain.» Avant de rejoindre les Girondins pour la reprise de l’entraînement en début de semaine, Ella n’a pas chômé pour arriver en forme. «Elle a travaillé avec un préparateur physique individuel, ce qu’elle n’avait jamais fait. On lui a toujours répété qu’il manquait toujours ce petit détail, mais même au niveau mental, elle a compris certaines choses pour pouvoir faire des matchs entiers» confie Eric Bellouard.

Ella Palis Bordeaux
@FCGB – Q.Salinier

Des Marines et Blancs, jusqu’au rêve bleu ? 

À 21 ans, Ella Palis a le temps de trouver sa propre voie pour satisfaire ses objectifs. Inès Oumahi l’assure, la désormais ex-Guingampaise ne veut pas brûler les étapes. «Elle y va pour acquérir de l’expérience, elle va apprendre avec Charlotte Bilbault et d’autres. Elle a signé un contrat jusqu’en 2023, c’est pour s’imposer sur les trois ans. Au début elle sait que ça sera peut-être difficile» livre la nouvelle joueuse d’Yzeure. Si Nicolas Delépine partage le constat sur l’apprentissage aux côtés des joueuses expérimentées, il prévient que «le déclencheur vers le haut niveau, sera le temps de jeu». Pour Eric Bellouard, la voir embarquée dans l’ambitieux projet girondin «n’est pas une surprise et cela va lui faire du bien». Il développe «C’est un cap au-dessus. Et puis, elle aime le ballon, elle analyse le jeu, je pense que la philosophie de jeu de Pedro Martinez Losa peut très bien lui convenir.» En sélection, Ella Palis devra d’abord s’affirmer en Équipe de France B avant de pouvoir espérer un jour, porter la tunique bleue. «J’ai toujours dit qu’on la verrait en Équipe de France, j’espère que je ne me tromperai pas (rires)» conclut d’ailleurs Eric Bellouard. Dès septembre et la reprise de la D1, la suite de l’ascension de Ella Palis sera à suivre de près.