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Enfin un décol financier dans le foot féminin ?

Par 06/11/2019 16:26 juillet 8th, 2020 No Comments
photo : Megan Rapinoe par ©Jamie Smed – https://www.flickr.com/photos/highwaytodistraction/48213221576 – cropped
photo : Gianni Infantino par ©dsp – https://www.flickr.com/photos/dohastadiumplusqatar/32879944552/in/photostream/ – cropped
Alors que le manque d’investissements est l’un des principaux freins au développement du football féminin, des progrès ont l’air d’émerger dans ce domaine depuis plusieurs mois. Si plusieurs événements mènent à penser que des fonds importants sont enfin débloqués, sont-ils un véritable signe de progrès ?

La FIFA double le budget féminin
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La principale bonne nouvelle de ces dernières semaines a été annoncée le 24 octobre par le président de la FIFA, Gianni Infantino : “Le Conseil (de la FIFA) a décidé d’allouer 500 millions en plus des 500 millions déjà budgétisés” sur les quatre prochaines années. Il en sera de même pour les salaires des joueuses dont l’enveloppe sera elle aussi doublée (de 30 à 60 millions de dollars d’ici 2023) en renégociant certains contrats de joueuses en Coupe du Monde(1). C’est l’un des grands premiers pas de la Stratégie de développement du football féminin de la FIFA(2).

En effet, la Fédération Internationale a défini en juin dernier trois “Principaux objectifs du football féminin” : accroître la participation, améliorer la valeur commerciale et bâtir de solides fondations. Ils sont divisés en cinq actes :

  1. Développer,
  2. Mettre en avant,
  3. Communiquer et commercialiser,
  4. Administrer et diriger,
  5. Former et responsabiliser

Ces nouvelles mesures représentent d’importants investissements en faveur de l’amélioration des conditions de jeu et des salaires. Le budget des contrats de Coupe du Monde, qui avait déjà été doublé en 2015, évolue à une vitesse éclair en proportion avec les sommes en question. En huit ans (entre 2015 et 2023), les salaires en Coupe du Monde devraient donc augmenter de 200% ! Si les sommes en question restent encore bien loin des budgets masculins (400 millions de primes lors du Mondial 2018 et une évolution prévue de 10% d’ici 2022), leur rapide augmentation par rapport à celle des hommes permet de réduire progressivement les inégalités entre eux.

Parmi les autres annonces de la FIFA, la volonté de mettre en place de nouvelles compétitions(3). Si l’augmentation de l’enveloppe budgétaire permet nettement de tendre vers l’objectif d’amélioration de la valeur commerciale, la création de nouveaux tournois permettrait de mettre en avant le football féminin, de le développer en terme de pratiquantes, de qualité de jeu et de communiquer davantage (comme ce fut le cas lors du Mondial). Infantino a entre autres évoqué la création d’une Ligue mondiale pour les sélections, d’une Coupe du Monde des clubs et de nouvelles compétitions de jeunes. Il faudra cependant attendre mars 2020 pour que la mise en place d’une ou plusieurs de ces idées soit confirmée.

Les USA montrent l’exemple ?

En bonne première de la classe, la la NWSL (National Women’s Soccer League – ligue de football féminin des USA), a elle aussi annoncé vendredi 1er novembre une série de nouvelles mesures salariales pour la saison 2020(4) : augmentation des plafonds de salaires (+19,33% d’augmentation du plafond par club et augmentation des minimum et maximum par joueuse), allocation de fonds aux clubs pour des augmentations au-delà des plafonds sous conditions, contrats garantis illimités, aides au logement, transferts payants et modification des délais de la “liste découverte”(5).

Ces augmentations et aménagements divers des contrats des joueuses par la NWSL ont lieu dans un contexte de conflit entre les joueuses de la sélection et la Fédération américaine (USSF) depuis le mois de mars. 28 joueuses de l’équipe nationale avaient alors mené leur fédération devant la justice pour discrimination salariale, se plaignant de revenus plus élevés alloués à la sélection masculine malgré le succès supérieur des féminines.(6) Si ce conflit doit attendre 2020 pour être résolu, le geste de la NWSL en faveur des joueuses de la Ligue est représentatif d’une tendance générale au niveau international, et est une manière de s’assurer la paix dans les relations avec le syndicat de joueuses. Étant donné le conflit actuel des américaines avec la fédération, le contexte de négociations salariales dans plusieurs pays (en Espagne, la Ligue Iberdrola est également en conflit avec ses joueuses qui ont déclaré une grève le mois dernier, par exemple(7)) et les nouvelles résolutions de la FIFA, la NWSL pourrait aussi simplement vouloir éviter de potentiels problèmes futurs avec ses joueuses grâce à ses nouvelles mesures.

Même si la piste d’une réelle volonté de soutenir le football féminin reste aussi à envisager. En effet, la marque de bières et principal sponsor du championnat féminin américain, Budweiser, a récemment lancé une campagne en collaboration avec la NWSL pour inciter de nouveaux sponsors à investir. Le site thefutureofficialsponsor.com interpelle les supporters à travers la voix de la star Megan Rapinoe pour qu’ils indiquent quelles marques ils aimeraient voir sponsoriser leur Championnat préféré.

​Cette campagne originale met à profit l’engagement des supporters pour interpeller de potentiels sponsors. Une stratégie qui pourrait se révéler habile, puisqu’elle appelle les marques directement par la voix de leurs clients actuels et futurs. Seul l’avenir nous prouvera son efficacité, mais si elle s’avère fructueuse, cette stratégie de communication et de séduction de sponsors pourra représenter une nouvelle manne financière importante pour le championnat féminin états-unien.

Les droits TV en constantes négociations

Autre source d’investissement important, les droits télé!
La Coupe du Monde en France a marqué une révolution importante pour les droits télé du football féminin, dépassant toutes les attentes des diffuseurs, dont la valeur de l’espace pub a parfois doublé pendant la compétition. Cette augmentation du prix de diffusion se poursuit donc logiquement pour l’Euro 2021 qui a été l’objet d’un véritable combat entre diffuseurs pour en obtenir les droits.
À la suite de nombreuses offres, l’UEFA a finalement accepté celle du duo Canal+/TF1, le même que pour le Mondial 2019. Canal diffusera l’intégralité des 31 rencontres de la compétitions pendant que TF1 se contentera de 14 grandes affiches, dont les matchs de l’équipe de France, deux quarts, les demi-finales et la finale en clair. Le tout pour une somme de près de 13 millions d’euros! En guise de comparaison, l’édition 2017 avait coûté 5 millions d’euros à France Télévisions(8) et la Coupe du Monde 2019 avait été acquise par TF1 pour 10 millions (une somme qui s’est avérée sous évaluée). Les propositions des autres chaînes concurrentes (M6/beIn SPORTS et Mediapro) auraient également dépassé le prix du Mondial.

Une telle compétition est encourageant pour le football féminin, qui génère des sommes toujours plus élevées, signe d’un intérêt croissant pour la discipline et de nouvelles ressources financières qui devraient aider son développement. Pourtant, les montants en question peuvent aussi poser problème. L’explosion provoquée par la Coupe du Monde était en effet inattendue et les diffuseurs ne veulent plus rater de telles occasions. Cependant, l’intérêt qu’elle avait suscité en France était en grande partie dû à l’étendue mondiale de la compétition et par sa localisation en France. Or, l’Euro 2021 se déroulera en Angleterre, dans une période un peu moins intéressante (11 juillet au 1er août), et aura un retentissement probablement moindre que le Mondial(9). Si la différence d’intérêt s’avère effectivement sensiblement moindre, cela pourrait jouer à l’encontre des diffuseurs et, finalement, au football féminin dont l’attractivité financière serait alors abaissée.

Seul le temps nous dira ce qu’il en sera.