Avec le club de Cergy-Pontoise, Jacqueline Coly se dévoue au développement de la section féminine
Ancienne joueuse de D1, Jacqueline Coly est la figure de proue du football féminin à Cergy. Val-d’Oisienne affirmée et engagée, elle est aujourd’hui responsable du pôle féminin du club de sa ville, où elle met tout en œuvre pour accompagner les jeunes filles dans leur pratique sportive et éducative. Portrait.
Faire les choses, avec la manière
Impossible d’évoquer le football féminin au club de Cergy-Pontoise sans entendre parler de Rokhyatou dite « Jacqueline » Coly. Passée par Issy-les-Moulineaux (D1) ou encore Domont (D2), la solide défenseure a foulé plus d’une pelouse dans l’hexagone. Mais il y a six ans, pour sa fin de carrière, elle décide de revenir au bercail, là où elle avait débuté le football en club à 15 ans « avant même la fusion entre Olympique de Cergy-Pontoise et l’Union Sportive Cergy Clos », rappelle-t-elle.
Avec un œil nouveau et averti, elle déplore des conditions qui n’ont que très peu évolué en une quinzaine d’années. « Je n’arrêtais pas de me plaindre auprès de mon coach. “On n’a toujours pas ci ou ça. Là-bas, ils ont ça alors qu’ils sont moins que nous.” Il m’a dit : “ Jacqueline, tu as raison sur tout ce que tu dis, mais si tu veux changer les choses, ce n’est pas en parlant. Rentre dans le comité directeur du club, c’est là que tu pourras changer les choses”. »
Piquée à vif, la jeune femme le prend au mot et intègre alors le comité du club après une assemblée générale. « Au moment où j’arrive dans le comité, je ne sais même pas ce qu’est un comité en vrai. Honnêtement, je n’avais pas de programme. J’étais plus dans la découverte dans un premier temps. Mais ce qui était sûr, c’est que j’avais envie de que la section féminine ait une voix et d’essayer de mettre un maximum de choses en place que je voyais ailleurs », confesse-t-elle. Mais ce n’est que deux années plus tard, en 2021, qu’elle prend vraiment les rênes du pôle féminin à la suite d’un changement de présidence.
D’abord en binôme, elle s’investit en tant que co-responsable du pôle avec la lourde tâche de le reconstruire. « Toutes les filles seniors étaient parties avec le coach juste avant le départ de l’ancien responsable avec lequel elles étaient en désaccord. En U15 et U18, les coachs sont restés dans un premier temps », se remémore-t-elle. Mais la collaboration avec son binôme, qui emporte avec lui les coachs U15 et U18 ainsi que leurs joueuses, prend fin. Ce qui aurait pu être un coup d’arrêt définitif à son ambition n’a finalement été qu’un point de départ.
Pas question de se démotiver. Au contraire, elle peut désormais avancer sans retenue. « A partir du moment où on laisse ce qu’on l’aurait pu faire d’autre, il faut que ça paye. C’est pour ça que sur mon Instagram je dis, “on fait les choses”. On fait les choses parce que même si on n’y arrive pas, il faut qu’on essaie, qu’on avance, qu’on tente », explique le Cergyssoise
Offrir un cadre
Repartie de rien, elle ambitionne de rebâtir la section sur des fondations saines. La recette est simple : communication, recrutement, structuration. Forte d’expériences en marketing chez Nike ou encore dans l’organisation de street tournois, elle travaille avec son équipe pour revaloriser la section. « On a utilisé les réseaux sociaux, on a fait un Instagram, un Tik Tok, on a repris le Facebook, et on avait une ligne conductrice qui était de ne dégager que du positif : les victoires, les cris de guerre, les activités hors foot, etc.. On voulait aussi leur faire comprendre que le foot ce n’est pas que jouer au foot. Même si vous n’allez pas percer, vous pouvez faire autre chose autour du sport », livre-t-elle.
Et ça fonctionne: « On a commencé avec une seule licenciée en U15. A la fin de cette même saison-là, on en avait 73. Tu pouvais faire trois, quatre équipes. » D’une petite centaine de licenciées à son arrivée, elles sont aujourd’hui plus de 200 de U6 aux séniors, qui pour la plupart évoluent au niveau régional, avec à chaque fois une équipe A et une réserve, excepté chez les séniors. En avril dernier, le club a même reçu le label Or football féminin de la FFF.
Après avoir formé un large vivier, le club devient plus sélectif. Pas par élitisme, mais par raison. « Depuis deux ans, on fait des détections senior, U18 et U15. On ne prend plus tout le monde. Je n’ai pas d’équipe loisir à proprement parler qui serait adaptée aux débutantes, ce serait malhonnête de les accepter et ne pas les faire jouer », justifie Jacqueline.
Au recrutement des joueuses s’ajoute celui des coachs, basé sur des critères simples mais essentiels. « À partir du moment où tu as un certain nombre de personnes, tout le monde ne peut pas aller dans tous les sens. Tu es obligé d’avoir une ligne directrice, donc nous, on a juste voulu avoir un truc cadré. Je ne veux pas quelqu’un déjà prêt. Il faut qu’on grandisse tous ensemble. Ce sont des coachs jeunes qui ont soit déjà une expérience dans le foot féminin, soit qui veulent découvrir. L’élément central, c’est qu’ils adhèrent au projet. À partir de là, on peut aller n’importe où. Je suis toujours transparente avec eux. Je leur dis qu’ils ne vont pas gagner des mille et des cents, mais que par contre, nous, on va les former. Donc on leur paye des formations », explique la trentenaire.
Les bonnes personnes au bon endroit
Pour l’épauler dans ses responsabilités, Jacqueline Coly s’est naturellement entourée des bonnes personnes. Cet été, Namnata Traoré (ex-US Orléans), l’a rejoint dans cette aventure en tant que directrice technique. Elle détaille: « Nam et moi, on est là justement pour ne pas que les coachs fassent les choses de la mauvaise manière. Parce qu’il y a des codes chez les garçons que tu ne peux pas reproduire chez les filles. Il faut être bienveillant, mais tu n’es ni leur pote, ni leur frère, ni leur père. Coach, c’est un statut à part entière. Tu es la personne à qui elles peuvent se confier mais tu dois la rédiger vers des instances. Tu ne peux pas garder pour toi et faire l’assistante sociale. »
Une posture qui vise surtout à protéger ses éducateurs autant que ses joueuses. « Le vrai rôle dans un premier temps, c’est mettre les éducateurs dans les meilleures conditions. Aujourd’hui, je n’ai pas envie qu’ils gèrent le disciplinaire. Les parents qui cassent la tête, envoyez-les moi ! Vous, gérez le foot, les joueuses, restez concentrés. »
Une responsabilité qu’elle assume, et qui lui permet d’être exigeante quant au travail des entraîneurs. « Ils ont une programmation, ils ont des thèmes à respecter, ils savent que leur séance doit être préparée. Quand j’arrive à 18h sur le terrain, la séance est prête. Quand j’arrive sur le terrain, je dois voir ce sur quoi on va travailler pendant cette séance sans que les filles soient en train de jouer. C’est la structure que je veux qu’on ait » , martèle l’ancienne joueuse. « Je dois aussi rendre des comptes. Aujourd’hui je suis dans un club qui me fait confiance, mais demain, s’il se passe quoi que ce soit, je dois être en capacité de leur dire “j’étais là, il s’est passé ça”. » précise la responsable.
Et cette structuration n’est pas étrangère au succès rencontré. Au bilan, plusieurs joueuses sont aujourd’hui appelées pour la sélection du district ou des détections dans des clubs français huppés. De quoi nourrir les ambitions des plus jeunes, sous les conseils avisés des anciennes. « Les petites, quand elles viennent au club, elles disent « Moi je veux être pro », mais elles ne savent pas ce que ça implique. Aujourd’hui, on va voir des comportements, on va lui dire « Tu veux aller là, mais avec ce que tu fais, tu n’iras pas. Ils ne vont même pas te regarder” », explique-t-elle.
Rêver plus grand
Pour compléter son bagage déjà bien fourni, celle qui sillonne habituellement tout sauf les sentiers battus a choisi de se former. Accompagnée par la Ligue, elle se forme au diplôme fédéral (DF) Jeunes, destiné aux responsables des catégories U14 à U19. « Ce ne sont pas des choses qui m’intéressaient au départ, coacher etc… Mais aujourd’hui je me forme en tant que coach parce que je veux encore mieux aider les éducateurs, savoir ce qu’ils font, comprendre, et les corriger encore mieux, et les orienter encore mieux », ajoute-t-elle.
Malgré les moyens mis en place et l’engagement, elle reste modérée quant aux ambitions du club qui, elle le rappelle, reste amateur: « Aujourd’hui, on veut aller au plus haut niveau régional, c’est tout. Après, on n’est pas contre le dépassement de d’objectifs. Mais nous, tout ce qu’on veut, surtout, c’est le cadre. »
Une tâche noble qui prendra peut-être fin un jour, pour relever de nouveaux défis. Quand on l’interroge sur la suite après son aventure à Cergy, Jacqueline répond franchement: « Je ne veux pas m’arrêter au foot. Parce que je pense qu’il y a des trucs qu’on peut apporter au basket, au volley, au hand, à plein de choses. Que ce soit du marketing, l’événementiel, la structure de projet, tout plein de choses. Et je pense que la suite, ce serait ça. » En attendant, le regard tourné vers l’avant, elle poursuit sa mission à cœur vaillant.
