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Entre ballon et ventre rond : deux carrières à mener de front

Par 09/04/2020 10:00 mai 6th, 2020 No Comments
Le nouveau contrat de l’Américaine Alex Morgan avec son sponsor Nike prévoit une clause de maternité lui garantissant 18 mois de paye, qu’elle foule les terrains ou pas. Belle occasion de revenir sur la maternité des athlètes de haut niveau, souvent vécue comme un enfer.

Nombreuses sont les femmes pour qui se pose le choix entre grossesse et carrière. Dans le sport de haut niveau, les exigences physiques dues à leur métier représentent complications et dangers additionnels qui obligent beaucoup de joueuses à faire un choix. Certaines décident donc d’arrêter leur carrière pour fonder une famille et d’autres, à l’image d’Amandine Henry, privilégient leur carrière avant d’avoir leur premier enfant malgré la frustration de l’attente. Pourtant, de plus en plus de stars décident de ne pas faire de choix et vivent une grossesse au milieu de leur carrière.

« Je ne vois pas de raison, d’arrêter juste pour fonder une famille » – Alex Morgan

Déjà précédée par sa coéquipière de sélection et de club Sydney Leroux, ou encore la tenniswoman Serena Williams, Alex Morgan a également décidé de combiner maternité et carrière. Pourtant, le pari était osé : après un nouveau titre de championne du monde, une participation aux Jeux Olympiques l’attendait, tout juste un an après ! Mais pour elle, la question de choisir entre maternité et carrière ne se posait pas : « Ce n’est pas comme si les femmes ne pouvaient pas faire les deux – nos corps sont incroyables – la réalité c’est que le monde n’est pas fait pourque les femmes puissent prospérer», déclarait-elle dans une interview pour Glamour. Continuant ses entraînements habituels jusqu’à sept mois de grossesse et se préparant à reprendre dès que possible après l’accouchement en avril, la buteuse prenait un grand risque. Leroux, par exemple, a vécu deux grossesses au cours de sa carrière et, même si elle continue à fouler les terrains au sein des meilleurs clubs, sa carrière en sélection a pris fin peu après la naissance de son premier enfant.

Maintenir sa condition physique dans des conditions de grossesse puis de maternité n’est pas chose facile. Pourtant, Morgan est déterminée, y compris à médiatiser son cas : « Je veux que les femmes sentent qu’elles n’ont pas à choisir [carrière ou grossesse]. » Et si effectivement la star, à l’image de Serena Williams, a toutes les cartes en main – coachs, soutien en tout genre, condition physique, etc. – pour retrouver les terraint dans les meilleurs conditions possibles, le sujet économique aurait lui aussi pu s’avérer être un frein, si ce n’était pour son contrat arrangeant.

« Tomber enceinte est un baiser de la mort pour les athlètes » – Phoebe Wright

Aujourd’hui, l’américaine a pu signer un nouveau contrat avec Nike – contenant une clause de maternité lui assurant une paye continue pendant 18 mois y compris en cas d’incapacité à travailler – mais ce genre de garanties pour les joueuses n’est qu’une nouveauté.

En effet, nombreuses étaient les sportives pour qui cette possibilité n’était pas envisageable, et se voyaient  perdre leurs salaires dès que leur grossesse les empêchait de pratiquer. La sprinteuse américaine Allyson Felix, par exemple, s’est vue menacée par son sponsor de l’époque – Nike – de ne percevoir que 70% de son salaire d’origine après l’accouchement et de subir des sanctions en cas de sous-performance. Après un accouchement douloureux par césarienne, elle a reçu des pressions pour reprendre la compétition au plus vite. Ce cas est loin d’être isolé, et ce sont les témoignages comme celui de Felix, mais aussi d’autres athlètes olympiques comme Alysia Montaño, Kara Goucher ou Phoebe Wright, qui ont dénoncé fermement les pratiques de nombreux sponsors. Wright disait par exemple que « Tomber enceinte est un baiser de la mort pour les athlètes ». En dévoilant leur mauvais traitement, elles ont réussi à faire changer de politique la marque de sport américaine : Nike s’est finalement vu obligé de revoir sa politique en annonçant, en août 2019, la mise en place de la nouvelle garantie de 18 mois de salaire dont bénéficie aujourd’hui aussi Alex Morgan.

Une élite privilégiée ?

La fondation d’une famille par des sportives de haut niveau pendant leur carrière est ainsi de plus en plus envisagée et acceptée par les acteurs en question, même si du chemin reste encore à faire. Ce genre de possibilités est malgré tout souvent conditionné par la popularité et le niveau des joueuses, puisque la situation demeure toujours compliquée pour des sportives moins médiatisées.

Comme le précise la joueuse elle-même dans Glamour, « J’ai en place le soutien nécessaire pour revenir. » en parlant de sa reprise après l’accouchement. Et en effet, Morgan semble avoir toutes les clés en main pour revenir la plus en forme possible données les circonstances : une condition physique hors norme, suffisamment de ressources financières pour avoir le meilleur soutien médical et de garde pour sa fille, une armée de coachs et d’autres spécialistes du club pour veiller au maintien de sa performance… Sans compter qu’elle a en plus la sécurité financière assurée par son sponsor. Dans ces conditions, les risques d’une grossesse au milieu de sa carrière sont moins handicapants que pour une athlète qui n’aurait pas les mêmes conditions physiques, économiques ou de prise en charge. Malgré tout, Alex Morgan est consciente de l’épreuve que représente la grossesse pour elle et ses homologues, et prévoit de lancer une plateforme pour donner la parole aux sportives et raconter leurs histoires.

Serena Williams © Edwin Martinez - ​CC BY 2.0
                            © Edwin Martinez – ​CC BY 2.0

De même, en 2017, Serena Williams (2017) décrivait par exemple les efforts faits par son sponsor pour la soutenir dans sa grossesse. Suite aux dénonciations faites par d’autres athlètes et avant l’annonce de la nouvelle politique de Nike l’an dernier, c’est la tenniswoman qui a d’abord bénéficié d’aménagements de son contrat. Sa maternité a été un élément déclencheur du changement de stratégie de Nike. C’est à cette période que la société a annoncé qu’elle renonçait aux sanctions de rémunération au rendement imposées pendant douze aux sportives enceintes.

​Malgré tout, de l’espoir !

Est-ce en cédant sous la pression des médaillées olympiques, par peur d’un nouveau scandale avec Williams en personnage principal ou tout simplement en voulant réparer son erreur que Nike a décidé de changer de stratégie ? Cela restera probablement une question sans réponse. Mais une conclusion importante peut malgré tout être faite de ces deux exemples : si bénéficier de meilleures conditions de maternité semble avancer lentement et être dans un premier temps réservé à l’élite, celle-ci peut se convertir en porte-parole pour médiatiser leurs conditions et impulser de nouveaux progrès. Ces femmes prouvent qu’il est possible de mener sa carrière tout en fondant une famille à condition de bénéficier de l’accompagnement adéquat. Un exemple qui pourrait, peut-être, inspirer d’autres domaines que le sport…

​Sources :