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« La locomotive du football féminin du Centre-Val de Loire ». Entretien avec Farid Kebsi, l’entraîneur de l’US Orléans (D2)

Par 02/11/2020 17:00 juin 15th, 2021 No Comments
Auteur de son meilleur début de saison en D2, l’US Orléans étonne et séduit. Entretien exclusif avec son coach, Farid Kebsi.

La Fédération Française de Football a annoncé jeudi la suspension au moins jusqu’au 1er décembre 2020, de tous les championnats amateurs. La D2 féminine, au statut semi-amateur, est concernée par cette mesure et s’arrêtera temporairement après 6 journées jouées. Avant cette annonce, une vraie surprise a illuminé les terrains de D2 : Orléans. Leader du groupe A, sur une série de 5 victoires, vainqueur du favori nantais à domicile lors de la 6e journée, le groupe orléanais, très renouvelé cet été, est la belle surprise de deuxième division. Nous avons interviewé l’entraîneur de l’USO, Farid Kebsi, qui nous parle du début de saison, de la suite et du rôle régional du club. 

Quelles sont vos impressions après six journées ? 

Forcément beaucoup de satisfaction envers mon groupe. Après, nos adversaires font aussi un bon début de championnat à l’image de Nantes ou Lille. On savait dès le tirage que ça n’allait pas être facile et que le groupe A donnerait des matchs de qualité chaque week-end. S’il n’y a pas de vérité préétablie dans le football, il n’y en a encore moins dans cette poule homogène, tout le monde peut accrocher tout le monde avec des scores potentiellement imprévisibles. On sent que le niveau est monté d’un cran, et c’est une très bonne chose pour le football féminin et pour la suite. 

Est-ce que comme l’année dernière vous considérez qu’Orléans a toujours le statut d’outsider ou que son statut a changé ?

Je n’ai pas forcément de prétention par rapport à ça, on reste concentré sur notre équipe. On est peu regardant sur notre statut, l’idée c’est surtout de progresser chaque année, et je pense qu’on est sur la bonne voie. Pour être franc, contre Nantes [victoire 1-0 d’Orléans à la 6e journée], ce statut d’outsider ne me dérangeait pas car je savais que Nantes venait avec des vraies intentions. Maintenant, un match de football se joue sur le terrain et pas dans les statuts. 

« Avant de gérer des joueuses, on gère des humains. »

©Giovani Pablo Photography 

L’année dernière au même moment après 6 matchs vous totalisiez 3 défaites et seulement 1 victoire, qu’est-ce qui a changé en un an pour le groupe ? 

Ce qui est paradoxal c’est que quand on gagne on travaille bien. Est-ce que quand on perd on travaille mal ? C’est la question qu’on peut se poser. Plus sérieusement, je pense qu’il y a une conscience des joueuses sur leurs qualités individuelles, sur la qualité du groupe, sur le travail que le club et le staff mettent en place. Après, lorsque la confiance est engrangée, c’est toujours plus facile. On ne se met pas de pression particulière, on n’a pas parlé d’objectif contrairement aux autres années, le seul objectif qui a été fixé c’est de gagner le maximum de matchs. L’aspect mental aussi a une part prépondérante dans le football et encore plus dans le football féminin. 

Si vous deviez nous présenter ce groupe actuellement, qu’est-ce qui en ressort ? 

Je dirais que c’est un groupe de caractère, animé par l’envie de toujours gagner. Ce sont des filles vraiment attachantes, qui se connaissent bien et qui ont vraiment l’envie de faire des choses, en l’occurrence travailler. Elles savent ce qu’elles veulent et pourquoi elles sont là. 

J’attache une grande importance aux relations humaines au sein de notre groupe. Avant de gérer des joueuses, on gère des humains.  On est à l’écoute et on fait participer un maximum de monde au projet ; ce projet appartient à tout le monde, il est collectif. 

« Sur un match on peut faire jeu égal [avec une D1], sur toute une année la différence se verra. »

 

Qu’est-ce qui aujourd’hui sur le terrain, va différencier une très bonne équipe de D2 d’une équipe de D1 ?

L’écart se réduit avec le temps. Mais la partie athlétique est un élément essentiel qui sépare encore les deux niveaux. En D1, ça va très très vite, avec des joueuses aux qualités athlétiques au-dessus de la moyenne. Surtout, en D1 elles sont presque toutes professionnelles, là où, à Orléans par exemple, quelques unes travaillent encore. Ça donne des éléments supplémentaires à prendre en compte dans le suivi sur la semaine. Sur un match on peut faire jeu égal, sur toute une année la différence se verra. 

En tant que coach, quels sont vos principes directeurs et vos priorités durant un match ?

Sur un match de D2, l’important est vraiment mis sur la rigueur dans les animations, offensivement et défensivement. J’attends de mon équipe qu’elle soit organisée avec des joueuses qui suivent le plan de match. Maintenant, on définit des choses et par exemple contre Lens on prend un but dès la 4e minute donc ça tombe un peu à l’eau et on s’adapte. Aujourd’hui, les filles savent ce qu’elles doivent faire avec et sans ballon. 

En janvier ça fera 5 ans que vous êtes arrivé à Orléans, quels sont vos plus beaux souvenirs ? 

Premièrement la montée [en D2 en 2018, après 13 ans d’absence au 2e échelon], avec des jeunes joueuses qui ne connaissaient pas forcément ce niveau-là. Maintenant je garde de très bons souvenirs de victoires importantes, je pense à celle contre Reims la première année, où on est la seule équipe à les battre sur toute la saison avant leur montée en D1. L’année dernière la double confrontation victorieuse contre Nantes en Coupe de France puis en Championnat est importante aussi. Et puis notre victoire aussi cette saison contre Nantes forcément. 

©Giovani Pablo Photography 

Comment la crise sanitaire a fait évoluer le coaching et les entraînements à Orléans ? 

D’abord il y a eu une période de confinement à la fin de la saison dernière qui était complètement inédite. L’arrêt des compétitions a été moralement très dur, surtout dans notre cas quand c’est notre activité principale. Il a fallu s’organiser et s’adapter aux directives tout en mettant la situation sanitaire du pays et la santé de gens en priorités. 

Avec le temps les consignes s’installent, que ce soient les gestes barrières, le masque, désinfecter le matériel, etc. C’est une charge de travail mais le plus difficile c’est l’aspect psychologique et mental puisque ça rajoute une charge mentale de travail à tout le monde. Quoi qu’il en soit on s’adapte et puis on n’a pas vraiment le choix depuis que le coronavirus fait partie de notre quotidien.

« Ramener Orléans sur la carte du football féminin »

 

Orléans est un club historique du football féminin, parmi les premiers clubs de D1 en 1974, qu’est-ce que ça change sur l’équipe ou le projet en général ? 

On a eu au club monsieur Bernard Ranoul qui a beaucoup œuvré pour le football féminin. Il nous a quitté en avril dernier et j’ai toujours une pensée pour lui, et pour son travail. 

L’idée n°1 était de ramener Orléans sur la carte de France du football féminin. Maintenant c’est d’installer le club durablement en D2, voire plus si affinité. Mais pour arriver à « plus si affinité », il y a des étapes et on ne veut pas les bousculer. Ça fait trois ans qu’on est là, chaque année on améliore le projet, la structure, l’encadrement. On voit beaucoup d’exemples chez les garçons d’équipes qui ont rejoint le haut niveau un peu trop vite. 

On sait aussi qu’économiquement c’est quelque chose de fragile le football féminin et qu’on est encore malheureusement très dépendants de ce qu’il se passe chez les garçons. Maintenant c’est mieux que ça n’a été et moins bien que ça ne sera. 

« Orléans est le porte-drapeau du football féminin du Centre-Val de Loire. »

©Giovani Pablo Photography 

Si vous aviez un message à faire passer pour ceux et celles qui n’ont pas suivi le début de saison d’Orléans, pourquoi est-ce qu’on devrait vous suivre ? 

Je n’ai pas la prétention de dire qu’il faut suivre notre équipe plutôt qu’une autre. On essaye d’avoir beaucoup d’humilité dans ce milieu-là. On a gagné cinq matchs pour le moment, on n’a pas gagné la Coupe du monde. Plutôt que de suivre seulement Orléans, il faut suivre le développement du football féminin et que chacun puisse faire en sorte que les beaux jours soient devant nous. J’espère que demain ou dans les prochaines années on pourra faire vivre des joueuses du football à part entière.

Le projet d’Orléans s’inscrit-il dans quelque chose de plus grand ? 

Il y a beaucoup de monde qui travaille derrière, tout seul je ne ferai pas grand chose. On nous donne des moyens pour travailler correctement à Orléans, et on travaille pour le club, le département, la région. On a aussi l’ambition de faire éclore des jeunes talents dans notre région. Orléans c’est le porte-drapeau du football féminin du Centre-Val de Loire. On peut être fiers d’être la locomotive régionale du football féminin, en aidant les autres clubs de la région, du département. Si on peut tendre la main à d’autres pour que demain l’US Orléans soit encore meilleure, on le fera avec plaisir. 

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