#MetempsDéveloppement de la pratique

Frédérique Jossinet : « La FFF travaille avec les clubs pour trouver le modèle du football féminin français de demain »

En 2020, la Fédération Française de Football a franchi la barre symbolique des 200 000 licenciées. Frédérique Jossinet, directrice du football féminin et en charge de la féminisation du football à la FFF, a accepté de revenir pour l’Équipière sur le développement de la pratique féminine en France.

200 000 licenciées – une barre symbolique

«Tout d’abord, pour donner une meilleure idée à nos lecteurs, que représente le chiffre de 200 000 licenciées ? Est-il comparable avec le nombre de licenciées dans d’autre sport ?

Ce chiffre des 200 000 licenciées est significatif car il était l’un des objectifs majeurs du plan fédéral « Ambition 2020 » à travers l’organisation de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA en 2019. Ensuite, pour mieux l’apprécier, il faut analyser le chemin parcouru, lors de la mise en place du premier plan fédéral de féminisation, en 2011, initié par notre président, Nöel Le Graet, nous n’étions que 85 000. Aujourd’hui, le football est le 4ème sport féminin en France derrière l’équitation, la gymnastique et le tennis et donc le premier sport collectif devant le handball et le basketball. Ce qui est aussi primordial c’est que la mixité à la FFF touche tous les acteurs, car au-delà de nos 158 000 pratiquantes, nous comptons 38 000 dirigeantes, 1 800 éducatrices et 1 200 arbitres.

Quelle est la proportion de licenciées femmes par rapport aux hommes à la FFF ?

La Fédération comptabilise aujourd’hui près de 1.8 millions de licenciés au total, sur les dernières années, dans la majorité des fédérations sportives, le nombre de licenciés garçons a eu une légère tendance à baisser, ce qui est le cas pour les licenciés masculins dans le football. Aujourd’hui, 4 clubs sur 5 comptent au moins une licenciée féminine toutes licences confondues : dirigeantes, éducatrices, arbitres ou pratiquantes.

«Développer la place des femmes dans le football, c’est aussi développer le sport et son universalité»

En quoi est-ce une grande avancée pour le foot féminin ? Concrètement, comment l’augmentation de la pratique féminine du football participe-t-elle à développer le sport ?

La priorité est que les femmes, les jeunes filles et les toutes petites puissent avoir accès à tous les rôles du football (joueuses, arbitres, dirigeantes, éducatrices). L’évolution récente des chiffres montre que, par le travail des Ligues, des Districts et des clubs, l’objectif est atteint. Le sport doit être universel, accessible à tous et toutes. Développer la place des femmes dans le football c’est aussi développer le sport et son universalité. Si le football peut y parvenir alors toute organisation peut aussi y arriver.

 Quelle stratégie avait été mise en place par la FFF pour atteindre cet objectif ?

La fidélisation est plus difficile et c’est pour cela que nous voulions doter nos clubs d’outils leur permettant d’accueillir des jeunes filles, des adolescentes et des femmes dans les meilleures conditions possibles (les mêmes que pour les garçons), mais surtout dans des conditions adaptées à leurs attentes, dans lesquelles elles pourraient s’épanouir. Nous avons ainsi mis en place pour le football d’animation la labélisation d’École de Football Féminine, et comptons plus de 736 clubs labélisés contre 235, il y a 4 ans. Le plan Héritage 2019 a été capital puisque 16,3 millions d’euros ont été investis par la FFF pour le développement du football féminin. C’est ainsi 255 projets d’infrastructures qui ont été financés et 6 000 femmes qui ont pu bénéficier de bons de formations.

 Un effet Coupe du monde 

Y a-t-il une plus grande augmentation de la pratique depuis la Coupe du Monde?

Nous avons gagné 15 000 pratiquantes par rapport à la saison passée à la même date et 35 000 de plus qu’il y a deux ans, moment auquel nous avons commencé la politique de mobilisation des territoires autour de la Coupe du Monde Féminine.

«Avec 39 % de nouvelles licenciées cette saison, l’effet Coupe du Monde est évident»

Peut-on toutefois réellement parler d’un “effet Coupe du Monde” ?

 Avec 39% de nouvelles licenciées cette saison, l’effet Coupe du Monde est évident, même s’il faudra relativiser cet effet en début de saison prochaine pour mesurer les effets à « moyen terme » et justement voir si nous avons réussi à fidéliser ces nouvelles licenciées. Il faut aussi souligner que la victoire des garçons en 2018 nous a permis de faire un premier bon, ce qui a aussi permis de préparer les clubs à la « vague » de licenciées féminines qu’ils ont accueilli cette saison.

Qu’en est-il de  l’augmentation du nombre de sections féminines et de clubs féminin, est- elle corrélée à l’augmentation des licenciées ?

En 3 saisons, le nombre de clubs accueillant des féminines a été multiplié par 2. Sur l’ensemble du territoire on recense 116 clubs féminins.  L’augmentation du nombre de clubs 100% féminins est plus faible, ce qui est finalement un bon signe car cela signifie que les clubs s’ouvrent de plus en plus aux féminines et qu’ils disposent d’une meilleure capacité d’accueil que par le passé.

Et maintenant, quel avenir pour la pratique féminine ?

L’engouement autour de la pratique du foot féminin qu’il y a eu, notamment après la Coupe du Monde, va-t-il perdurer avec une augmentation toujours plus importante de licenciées d’une année sur l’autre ?

L’important au-delà des chiffres est déjà de capitaliser sur notre base de 200 000 licenciées en les fidélisant et en les mettant dans les meilleures conditions pour qu’elles s’épanouissent à travers le football. Cette saison 50% des licenciées pratiquantes ont renouvelé leur licence. Ce qui est certain c’est que nous continuerons à investir pour augmenter la qualité, la compétence et les structures d’accueil envers le public féminin. 

« La FFF travaille avec les clubs […] afin de trouver le modèle du football féminin français de demain »

Ne craignez-vous pas de voir le nombre de licenciées stagner, voire même baisser dans les années à venir ?

Evidemment, la Coupe du Monde étant passée nous allons devoir trouver d’autres biais pour attirer le grand public et les licenciées. La D1 Arkema est aujourd’hui un enjeu majeur et la suite logique de cela. La FFF travaille avec les clubs, aussi à travers un benchmark lancé auprès des fédérations étrangères, afin de trouver le modèle du football féminin français de demain. De plus, nous avons deux acteurs majeurs, notre diffuseur CANAL + et notre partenaire Arkema qui nous soutiennent dans ce projet.

L’épidémie du COVID-19 peut-elle mettre un frein à l’évolution ? 

L’arrêt de la saison est un coup dur pour l’ensemble des acteurs du football, il est certain que la saison des clubs amateurs a été fortement raccourcie et on arrivait à une période où certaines équipes allaient avoir des échéances intéressantes avec des éventuelles montées, des tournois, etc… Mais la situation sanitaire ne permettait plus de poursuivre la saison et la décision la plus sage a été prise. Il faut désormais se tourner vers la suite et accompagner nos clubs pour les aider à accueillir de nouveau leurs licenciées dans des conditions raisonnables dès que la situation le permettra. La Fédération a déjà annoncé la mise en place d’un fond d’aide aux clubs amateurs et des signes rassurants ont été émis au cours des dernières semaines par les instances internationales qui souhaitent maintenir leurs engagements financiers pour le développement du football féminin. 

« La mise en place du label Ecole de Football Féminin est un réel gage de qualité »

 Existe-t-il un cahier des charges à respecter pour la création de sections féminines afin de s’assurer qu’elles permettent une pratique du foot dans les meilleures conditions possibles ?

La mise en place du label École de Football Féminin est un réel gage de qualité, avec 3 niveaux de la labellisation qui  permettent d’avoir une lecture claire, et aussi d’apporter des réponses aux parents sur les qualités d’accueil des clubs dans lesquels ils souhaitent inscrire leurs filles. De nombreux clubs renouvellent chaque année leur labellisation qui est valable 3 ans afin d’obtenir un niveau supérieur. Le cahier des charges est établi par la DTN (Direction Technique Nationale) et reprend des critères tels que le nombre de licenciées, le nombre d’équipes, le nombre d’entraînements hebdomadaires et la qualification des encadrants et encadrantes, entre autres. La labellisation des EFF est ensuite délivrée par les équipes techniques des Ligues et Districts. 

Les nouveaux objectifs fixés par la FFF

Quels sont les nouveaux objectifs en termes de licenciées ?

Les nouveaux objectifs seront fixés lors du prochain mandat, mais 250.000 licenciés voir 300.00 à plus long terme paraît atteignable mais encore une fois l’objectif premier est la fidélisation de celles qui nous ont rejoint.

Maintenant que la pratique féminine a augmenté, quelle est la prochaine étape pour la FFF ?

Comme dit dans la précédente question, nous devons structurer de manière pérenne le football féminin et la féminisation (dans sa globalité), remporter un titre chez les A et continuer à gagner des titres chez les jeunes. En d’autres termes : continuer le travail d’accompagnement à tous les niveaux et l’accentuer.