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Jocelyn Prêcheur : “J’aborde ce tournoi avec de l’humilité et beaucoup d’excitation !”

Par 25/11/2019 11:20 mai 8th, 2020 No Comments

Fils de l’un des plus grands palmarès du football français, Jocelyn Prêcheur démarre tambours battant sa carrière d’entraîneur numéro un.  Il a déjà réalisé un quadruplé historique en Chine avec le Jiangsu Suning Female FC et s’apprête à démarrer ce mardi la Coupe d’Asie. Pour l’Équipière, il n’a évité aucun sujet. 

A 37 ans, vous êtes entraîneur très précoce et brillant… Quelle est votre recette magique?

La première chose, c’est que j’ai eu la chance d’être bien formé en démarrant très tôt ! J’ai aussi eu la chance de travailler avec mon père. À Lyon, j’ai été dans son sillage et ensuite on a décidé de prendre cette aventure chinoise ensemble. Lorsqu’il a décidé d’arrêter un an après, j’ai eu l’opportunité de reprendre son post et je suis devenu entraîneur numéro un très tôt.

Vous vous êtes formés en France, suite à vos études?

J’ai démarré tôt les premiers diplômes. Mais j’ai eu un parcours un peu atypique. J’ai arrêté le football après le bac parce que je suis entré en classe préparatoire sous les conseils de mon père qui m’avait dit de privilégier les études. Et une fois mon diplôme d’ingénieur en poche, j’ai voulu revenir dans le milieu du football en créant une startup d’analyse de matchs.

“C’est toujours difficile de vivre d’une start up… En parallèle, le soir et les week-ends j’étais sur les terrains pour lier l’utile à l’agréable “

Vous avez construit des outils d’analyse vidéo?

Statistiques et vidéo. J’avais beaucoup travaillé pour intégrer des critères qualitatifs dans l’analyse statistique à partir de captures vidéos. L’idée c’était de voir par exemple quelles étaient les passes vraiment efficaces en retirant tous les critères subjectifs. Aujourd’hui, les outils foisonnent et c’est devenu quelque chose de central dans tous les staffs, ce n’était pas le cas il y a quinze ans, c’était le tout début.

C’est d’ailleurs en tant qu’analyste consultant que vous faites vos gammes au PSG et à l’OL!

J’ai d’abord proposé le projet à la fédération française de football et c’est comme ça que j’ai intégré leur cellule de recherche. Ensuite, ma première expérience en tant qu’analyse pour les filles a été avec le PSG, juste avant l’ère qatarie. C’était sous la présidence de Sébastien Bazin, avec Brigitte Henriques en tant que manager.

Puis vous avez rejoint votre père à Lyon…

Quand mon père est revenu sur le circuit avec l’Olympique Lyonnais, il a souhaité que je mette en place ces outils et ça a super bien marché ! Les joueuses avaient leurs analyses individuelles et elles ont tout de suite adhéré à l’outil.

Vous mêliez donc football et startup ?

C’est toujours difficile de vivre d’une start up… En parallèle, le soir et les week-ends j’étais sur les terrains pour lier l’utile à l’agréable en ayant un complément de salaire. Pendant presque dix ans, j’ai fait comme ça!

Et votre départ en Chine, là encore c’est atypique…

L’opportunité était belle ! Après Lyon, j’étais arrivé en bout de cycle, il était temps de passer la main sur la startup et j’avais dix ans de football amateur derrière moi. J’avais très envie de revenir sur le terrain dans le milieu pro. Et puis cette possibilité de terminer ma formation avec mon père m’a motivé! Je n’ai pas hésité longtemps.

Pourquoi votre père est-il parti au bout d’un an?

On nous a vendu un club professionnel en Chine, mais c’est bien loin des standards du haut niveau en France, même dans le football féminin – et à fortiori si tu compares avec l’OL et le PSG. C’est un projet au moins à moyen terme, où il faut en même temps structurer, gérer l’équipe première, la formation… On avait des divergences et mon père ne se voyait pas s’investir autant sur de si longues années.

“Travailler avec un traducteur est aussi une difficulté que je ne connaissais pas”

Alors vous avez accepté de relever un nouveau challenge !

Absolument. C’est ce que j’ai fait avec ma société, avec mon académie à Juvisy. Il faut bâtir, retrousser ses manches !

En Chine, vous vivez forcément des moments difficiles, des moments de doute…

Ce n’est pas évident, la première année en étant adjoint, on avait fait une bonne année. L’équipe n’avait quasiment jamais eu de titre et nous on en a eu deux. Puis, la transition a été difficile, j’avais beaucoup de pression ! Le départ de la joueuse de classe mondiale qu’est Shirley Cruz a aussi laissé un vide… Les débuts ont été un peu compliqués, il fallait s’accrocher, continuer à bien travailler. C’est à partir du mois de mai – juin que le collectif s’est vraiment retrouvé et on a démarré une très belle série qui ne s’est jamais arrêtée.

Vous avez dû apprendre le chinois?

Travailler avec un traducteur est aussi une difficulté que je ne connaissais pas. Les filles ne parlent quasiment pas anglais alors pour faciliter les choses, j’ai mis en place des cours. Et maintenant je baragouine un peu de chinois (rires) ! Les termes indispensables, je les connais!

La Chine est une terre de football féminin, les résultats de la sélection le prouvent. Comment expliquer que le championnat ne soit pas très développé?

Il y a eu un changement de modèle. Au départ, la chine était plus calée sur un fonctionnement un peu comme les Etats-Unis, avec des championnats universitaires assez développés. Après, ils sont passés sur des Coupes de province et petit à petit les choses se sont mises en place…

Avez-vous le sentiment que la fédération mette les moyens pour développer le football féminin chinois?

Oui énormément, c’est une des choses qui me plaît ici. Ils ont du retard mais ils mettent des moyens énormes pour développer le foot féminin, que ce soit sur le plan matériel ou médiatique !

Partout en Europe, les stades se garnissent de plus en plus. C’est aussi le cas en Chine?

Pour les garçons, les stades se remplissent très vite, chez les filles, ce n’est pas du tout le cas ! Une des raisons principales est que les matchs sont diffusés en direct sur une plateforme privée et je sais qu’ils sont beaucoup suivis. Les stades sont pleins pour la sélection, en revanche !

Parlons sportif. Vous avez déjà gagné quatre titres cette saison, c’est historique ! Comment motivez-vous vos joueuses à poursuivre leur travail?

C’est une dynamique ! Une des clés au départ c’était de leur donner le goût de la victoire. Une fois que c’est fait, on ne veut jamais s’arrêter. C’est une des choses que j’ai découvert à Lyon; des filles qui gagnent depuis des années et qui ne veulent jamais s’arrêter !

“ Le rêve ce serait bien entendu  d’entraîner en France ” 

Quel est le format de “la Ligue des championnes asiatique” que vous vous apprêtez à jouer en Corée (ndlr : début de la compétition ce mardi) ?

La Coupe d’Asie est un tournoi avec quatre Nations :  la Corée du Sudl’Australie, le Japon et la Chine. Ils ont décidé de le faire sur une formule championnat d’une semaine. C’est un tournoi préambule à ce que va devenir la Ligue des championnes asiatique dans les années à venir.

Avez quelles ambitions partez-vous en Corée?

Objectivement, je pense que ce tournoi arrive de manière un petit peu prématurée pour nous. On est encore un club tout jeune en termes de résultat. Les autres  équipes sont très fortes et ont beaucoup d’internationales, ce qui n’est pas notre cas ! Ça va être un très beau challenge, on va essayer de faire bonne figure, de défendre nos couleurs, et puis ce sera une opportunité de voir où on en est. J’aborde ce tournoi avec de l’humilité et beaucoup d’excitation !

Qu’est ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite? Reverra t-on un jour un Prêcheur en D1 féminine?

Pour l’instant, je me suis toujours décidé en fonction des projets qui se présentaient à moi. Je veux toujours progresser, j’ai fait une très bonne année mais j’ai encore beaucoup de choses à apprendre. Le rêve ce serait bien entendu  d’entraîner en France, mais les expériences à l’étranger me plaisent aussi et je n’ai pas peur de voyager ! Elles peuvent aussi être un moyen de combler mon manque de vécu en tant que footballeur et d’acquérir de l’expérience autrement.

Et un duo avec votre père est-il à nouveau envisageable?

Bien entendu, bien entendu! Sa motivation est là, son envie de coacher aussi, sa volonté  de travailler avec moi, je ne pense pas qu’elle soit moins forte qu’avant, bien au contraire (rires) ! Tout est réuni. ​

Interview de Juliette Voland