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Julia Arnold : « On n’a jamais vu une équipe jouer sept matchs de haut-niveau en 22 jours sans préparation »

Par 27/05/2020 09:55 No Comments
Julia Arnold 1 © FF USV Jena
© FF USV Jena
Alors que l’Allemagne s’enchante de la reprise de son championnat, le club de léna, qui n’a toujours pas repris l’entraînement collectif, dénonce un manque d’équité sportive. Entretien avec la capitaine, Julia Arnold.

Tandis que de nombreux championnats européens ont été arrêtés définitivement, la Bundesliga devrait reprendre le 29 mai. Si beaucoup se réjouissent de cette reprise, les différentes dates et conditions de retour à l’entraînement font débat. Le FF USV Iéna, situé dans l’Etat de Thuringe, n’a pu reprendre l’entraînement par petits groupes que le 18 mai. Et les mesures politiques prises par le Land n’autorisent la reprise collective que pour le 5 juin. Victime de cette situation, Julia Arnold (29 ans), joueuse historique du club, s’est longuement livrée à l’Équipière.

Julia, comment allez-vous, comment avez-vous vécu cette période si particulière ?

Je vais bien en ce moment. Je suis juste un peu inquiète de la situation actuelle pour la reprise. Le grand changement est de ne pas pouvoir s’entraîner avec l’équipe, ni de rencontrer mes amis et ma famille. Mais sinon, j’ai beaucoup travaillé pour mon travail et mes études, ce n’était pas vraiment différent d’avant. J’aime aussi l’art donc j’ai pu avoir du temps pour m’y consacrer. Je vis dans une petite ville qui n’était pas trop affectée par le virus.

Vous avez repris l’entraînement le 18 mai, c’était forcément avec plaisir, plus de deux mois après l’avoir quitté…

Tout le monde était évidemment content de se revoir. Mais c’était un peu étrange parce qu’on était cinq par groupe, on devait garder nos distances, on n’y est pas habituées ! On peut s’entraîner comme on veut quand on est seules mais rien ne remplace le collectif, on a repris lentement lors des deux premières séances et maintenant on augmente l’intensité !

«On aimerait vraiment savoir si la situation serait la même si Iéna n’était pas dernier»

Néanmoins, vous avez eu une reprise tardive…

Nous ne tiendrons probablement pas 90 minutes lors du premier match ! La DFB (ndlr: la Fédération allemande) voulait maintenir la compétition, mais à Iéna, la situation n’est pas si facile parce que nous n’avons été autorisées à nous ré-entraîner que la semaine dernière alors que les autres équipes s’entraînent depuis 5 à 6 semaines. Il est difficile pour nous d’avoir le même niveau de forme dans ces circonstances.

Julia Arnold 2 © FF USV Jena
© FF USV Jena

Pensez-vous que la situation du sport professionnel en Thuringe a été oubliée dans la décision de la DFB ?

On aimerait vraiment savoir si la situation serait la même si Iéna n’était pas dernier, si la situation serait gérée de la même manière pour Munich, Potsdam ou qui que ce soit d’autre. J’aimerais savoir comment la DFB aurait fait avec eux. Parfois je me dis que c’est parce que selon eux, on n’est pas si importantes pour le football. Ils veulent que l’on soit traitées également avec les hommes, mais si on veut être traitées également, on doit avoir les mêmes conditions. À Iéna, nous sommes des amateures, nous jouons au football parce que nous adorons ça.

«Il y a tellement de choses plus importantes que le football»

Et vous avez eu moins de cas en Thuringe qu’en Bavière…

Pour nous, le nombre de cas n’était pas très élevé. On se demande pourquoi les restrictions sont toujours en place par rapport à d’autres Länder (ndlr: états fédérés). Nous avons été très prudents, donc je pense que les politiciens gardent cette ligne directrice. Peut-être qu’ils font trop attention, mais ça n’est pas à nous de décider si c’est la bonne ou la mauvaise façon de faire. On doit s’en tenir à ces mesures, donc on est limitées pour s’entraîner.

Que pensez-vous du fait que la Bundesliga soit le seul championnat européen à reprendre ?

C’est un bon signe pour le football féminin de reprendre et d’être la première ligue à le faire !  Après, le football au haut-niveau masculin concentre plus d’argent, plus d’employés, c’est normal qu’il reprenne, mais je ne comprends pas pourquoi ils veulent à tout prix inclure les femmes. Il y a tellement de choses plus importantes que le football, les gens oublient assez vite et ne voient plus le danger. Pour moi, il y a un manque d’équité et de responsabilité envers la société.

Il y a un an, Iéna était promu en Bundesliga. Quel regard portez-vous sur cette saison difficile ?

L’année dernière, lorsque nous sommes montées en Bundesliga, c’était le seul moyen de sauver le club. Si nous étions restées en deuxième division, le club n’existerait peut-être plus aujourd’hui donc pour nous c’était comme un miracle de monter. On savait tous que la saison serait difficile parce que toutes les joueuses sont étudiantes ou ont un travail, alors que les autres équipes ne se concentrent que sur le football. C’était un peu décourageant au début parce que l’on a vu qu’on avait pas le potentiel pour rivaliser. En milieu de saison, ça allait mieux, l’interruption est arrivée au mauvais moment. Nous pouvons toujours nous maintenir. Les chances sont très faibles mais elles sont là quand même.

© FF USV Jena
© FF USV Jena

«Nous aurions voulu être traitées de façon plus juste»

Vous vous déplacerez à Fribourg le 7 juin après seulement deux jours d’entraînement collectif alors que Fribourg aura déjà joué un match. Comment abordez-vous cette rencontre ?

Si tu n’as pas fait un seul un-contre-un, un seul tacle ou un match d’au moins 20 minutes, ça sera difficile. Pour être honnête, il ne s’agit plus tant de se maintenir. En tant que capitaine, je pense que nous avons la responsabilité de nos corps, nous risquons des blessures. Je ne sais pas pourquoi la DFB ne prend pas en compte ce handicap. Nous avons essayé d’entrer en contact avec eux, je ne comprends pas comment la fédération ne peut pas voir ça. On n’a jamais vu une équipe jouer sept matchs de haut-niveau en 22 jours sans préparation. On ne nous a pas demandé, à nous les joueuses, si on voulait jouer ou prendre le risque. Nous aurions voulu être traitées de façon plus juste.

Malgré l’inquiétude autour de votre santé, pensez-vous toujours à l’objectif maintien ?

Bien sûr nous voudrions rester en Bundesliga. Mais nous devrons jouer tous les mercredis et les dimanches durant trois semaines, nous devrons en plus travailler ou étudier à côté, la période sera difficile. Notre groupe est petit (ndlr : une quinzaine de joueuses), deux joueuses sont à l’étranger et ne rentreront pas à cause de l’incertitude qui plane et du risque de blessure. D’autres joueuses sont blessées, ça ne va pas être facile, mais on doit garder un bon état d’esprit !