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L’accompagnement des jeunes joueuses au coeur des débats

Par 18/06/2020 12:10 No Comments
Bleues U19 2019
@IanCairns
En nombre en D2, dans le championnat U19 ou avec les réserves en Régional, les jeunes en D1 se font de plus en plus rares. Les talents français peinent à montrer le bout de leur nez dans un système qui paraît peu adapté pour leur éclosion au plus haut niveau. Décryptage.

Depuis 2010 et la suppression de la D3 féminine, nombreux sont ceux qui réclament son retour, notamment pour permettre aux joueuses de s’aguerrir à un niveau proche de la D2. Car malgré la mise en place d’un championnat U19 censé accompagner les jeunes vers une potentielle accession en D1, les systèmes de formation et post-formation de la joueuse sont au coeur des débats.

« On ressent de la frustration des grands clubs qui aimeraient qu’il y ait des championnats plus homogènes sur toute la saison » Gilles Eyquem

Ce championnat U19 qui a fait l’objet de plusieurs réformes ces dernières années, ne fait pas l’unanimité, notamment pour ses écarts de niveau conséquents. Pour le manager général du Dijon FCO Yannick Chandioux, la marche est trop haute entre la jeune de 16 ans qui fait ses premiers pas dans ce championnat et celle de 19 ans qui devra être prête à s’intégrer dans un effectif de D1 ou D2. « Quatre générations, ça fait beaucoup, il y a trop de déséquilibres » commente le dirigeant bourguignon. 

D’après Gilles Eyquem « il y a eu une amélioration avec l’instauration des deux phases. Ça a permis d’offrir des rencontres de qualité en deuxième phase. » Mais le sélectionneur des Bleuettes note que ces écarts de niveau dérangent les meilleures écuries : « On ressent de la frustration des grands clubs qui aimeraient qu’il y ait des championnats plus homogènes sur toute la saison ». Car à l’issue du challenge National U19 – qui deviendra le championnat national féminin U19 en 2020-2021 – les joueuses sont jetées dans le grand bain. Derrière la marche en avant vers le groupe professionnel ou au contraire, le retour en régional.

Un système de post-formation peu adapté à l’éclosion des jeunes 

« Je pense qu’à chaque génération, on perd un certain nombre de très bonnes joueuses, parce que le schéma est un peu tronqué » avance Yannick Chandioux au sujet de la post-formation. Le patron du sportif de Dijon s’explique : « La joueuse de 19 ans est frustrée : soit elle fait partie des très peu de joueuses U19 qui ont la chance de jouer en D1, soit elle va retrouver la R1, c’est bancal, et c’est un vrai sujet » argumente le technicien. En clair, celles qui n’ont pas le niveau pour la D1 doivent choisir entre un départ ou la R1. 

U19 Dijon
@Vincent POYER DFCO

Directrice du centre de formation de l’OL, Sonia Bompastor déplore de voir ses joueuses partir en nombre vers d’autres horizons, parce qu’elles ne sont pas prêtes pour jouer avec l’effectif professionnel des Fenottes. « Une jeune fille qui arrive à 17 ou 18 ans, il faudrait qu’elle soit prête en deux ans pour jouer dans la meilleure équipe du monde, et si elle ne l’est pas, il faut qu’elle parte pour jouer. C’est frustrant et dommage » regrette l’ancienne capitaine de l’OL.

« On a demandé à la Fédération d’augmenter le nombre de prêts à sept » Sonia Bompastor

Moins de place qu’avant pour les jeunes en D1 

Avec la venue de nombreuses étrangères expérimentées et le nombre grandissant de joueuses de haut niveau, les places en D1 sont chères pour les jeunes françaises. « Je me souviens qu’à l’époque de Camille Abily ou d’Eugénie le Sommer, il n’était pas rare de voir des jeunes filles de 15, 16 ans en D1. Qui, aujourd’hui, à part le cas exceptionnel de Selma Bacha, peut s’imposer si jeune parmi les stars à Lyon ? » s’interroge Sonia Bompastor. Un constat partagé par Gilles Eyquem : « Quand je suis arrivé en 2012, les jeunes internationales jouaient en D1, mais aujourd’hui c’est quand même plus compliqué » confirme le sélectionneur des U19 et U20 de l’équipe de France. D’autant que malgré cette hausse de niveau et du nombre de joueuses, le nombre d’équipes en D1 Arkema est resté bloqué à douze. « Il faut vite passer à 14 ou 16. En plus, on va aussi créer de la frustration à certaines équipes de D2 qui ont du mal à monter. Il faut avancer. En Espagne, il y a 16 équipes » note Yannick Chandioux. Car pour s’assurer une place en D1, les techniciens préfèrent souvent l’expérience à la fougue de la jeunesse, et les bonnes solutions manquent pour accompagner les jeunes.

Melvine Malard U19 2019
@IanCairns

L’apparition des prêts, une solution à court terme

Depuis le premier prêt de Lindsey Thomas vers Bordeaux à l’hiver 2017, les mutations de courte durée se répandent doucement. Autorisés à effectuer jusqu’à quatre prêts par saison, certains confient leurs futurs talents à des clubs moins huppés pour qu’elles puissent y trouver un temps de jeu satisfaisant. Un moyen court-termiste que l’OL veut développer davantage, après les prêts de Melvine Malard (Fleury), Emeline Laurent (Bordeaux) et Danielle Roux (Reims) cette saison. « En attendant que les choses se mettent en place, c’est notre seule solution. Les joueuses en post-formation, il faut qu’on puisse les prêter pour assurer un suivi. On a demandé à la Fédération d’augmenter le nombre de prêts à sept » livre la patronne du centre de formation de l’OL.

Les dirigeants lyonnais pourraient ainsi faire bénéficier de leurs pépites à d’autres clubs à la recherche de renforts et faire progresser ses jeunes sans les perdre définitivement. Un moyen “gagnant-gagnant” qui pourrait se développer davantage cet été. 

Les propositions tendent vers un championnat des réserves pour les jeunes 

« Il faudrait que la Fédération mette en place des compétitions qui permettent d’assurer la post-formation des joueuses » réclame Sonia Bompastor. Si la D3 a été supprimée en 2010, c’était avant tout pour des raisons financières – les clubs et la Fédération ne pouvant plus assurer les frais de déplacements. 

« On n’a peut-être pas encore la meilleure solution, mais il faut se mettre autour de la table en prenant en compte l’aspect économique. Mais l’intérêt doit être vers la formation de joueuses » Yannick Chandioux

Créer un nouveau championnat serait trop coûteux pour l’entraîneur du DFCO. « Par souci économique, je pense qu’il faut rester sur deux équipes (ndlr : une jeune, une réserve). Un championnat U18 avec trois générations et peut-être réfléchir à un championnat des réserves avec un certain quota de jeunes obligatoire, et éventuellement laisser monter cette équipe dans une future D3 ou D2 (ndlr : les réserves n’ont pas le droit d’accéder à la D2) » propose Yannick Chandioux. 

Il est aussitôt rejoint par l’ex-latérale des Bleues. « On a déjà demandé à plusieurs reprises à la Fédération pour jouer en D2 avec des équipes uniquement composées de jeunes. On veut permettre à nos joueuses de continuer à un niveau correct. Ça me paraît indispensable et tellement évident pour que les jeunes soient prêtes à disputer des compétitions internationales. Je ne comprends pas pourquoi on ne va pas plus vite » questionne Sonia Bompastor, avant de donner un élément de réponse : « Ça bloque sur le plan politique depuis six ans. La Fédération nous écoute, mais elle ne veut pas augmenter le gouffre entre les gros clubs et ceux qui sont un peu en retard. Mais il y a des réunions, ça avance » confie l’ancienne internationale aux 156 capes.

jeunes U19 OL
@Dominique Mallen

Le sélectionneur des U20 rejoint ses deux homologues : « Il faut penser à offrir une compétition pour les jeunes en mal de temps de jeu de 19 à 22 ans, ça devient compliqué. On peut aussi abaisser le championnat U19 à 18 ans » suggère également Gilles Eyquem. Pour le mot de la fin, Yannick Chandioux propose des discussions avec les différents acteurs. « On n’a peut-être pas encore la meilleure solution, mais il faut se mettre autour de la table en prenant en compte l’aspect économique.  Mais l’intérêt doit être vers la formation de joueuse. »  Une chose est sûre, le développement du football féminin français devra certainement passer par de nouvelles réformes autour de la formation des joueuses.