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Lara Dickenmann : « Lyon est la meilleure équipe d’Europe et je pense que Wolfsburg est son meilleur concurrent »

Par 28/04/2020 11:20 avril 29th, 2020 No Comments
Lara Dickenmann enveloppée dans une couverture aux couleurs et logo de Wolfsburg
© Guillaume Charton
Wolfsburg et la Bundesliga ont repris les entraînements par petits groupes. L’occasion idéale pour prendre des nouvelles d’une joueuse qui a ébloui la D1 et l’Olympique Lyonnais de son talent pendant sept ans. La Suissesse et milieu de terrain Lara Dickenmann se livre à coeur ouvert pour l’Équipière.

« Mis à part le contexte actuel extrêmement difficile, comment allez-vous, Lara?

Ça va plutôt bien, même si au niveau du foot, c’est assez compliqué pour moi, du fait de ma blessure aux ligaments croisés en 2018. Depuis, je galère un peu. En octobre, j’ai aussi été opérée de l’appendicite et éloignée des terrains pendant six semaines. C’était une opération simple mais quand même assez grave pour mon corps. Ce n’était pas facile de me remettre de ça après les croisés… J’ai fait quelques matchs depuis, même si je ne suis pas toujours dans le groupe. Je pense que ça va de mieux en mieux !

Votre genou est complètement guéri?

Oui, le genou va bien, il n’y a plus de souci à ce niveau là. C’est toujours long, mais depuis la pré-saison en juillet, je m’entraîne normalement avec le groupe, sauf pendant l’appendicite.

Comment avez-vous vécu cette période?

C’était la première fois pour moi que j’étais blessée aussi longuement. C’était intéressant de voir comment ça se passait, mais très difficile de  revenir. Mentalement aussi c’est compliqué,  pour rester positive, continuer à travailler sans savoir si on va retrouver le niveau.

Jusqu’à maintenant, vous aviez été plutôt épargnée par les blessures…

J’ai eu beaucoup de chance dans ma carrière, même si ce n’est pas que de la chance (rires) ! J’ai toujours fait attention et maintenant de plus en plus. Avec mon genou, je fais tout le temps du renforcement supplémentaire, du gainage. Mais j’ai l’impression que tout le monde fait plus. Il y a dix ans à Lyon, on s’entraînait bien mais on n’avait même pas un vestiaire pour se préparer avant les entraînements (rires) !  Aujourd’hui, on a les infrastructures pour se préparer comme on veut, ça a beaucoup évolué, c’est mieux pour les blessures, pour le niveau, pour tout.

« Je fais plus attention ! Je sais que j’ai des responsabilités, plus qu’avant quand je restais chez moi à la maison. »

Après ce long confinement, vous avez pu reprendre par petits groupes depuis le 20 avril. Concrètement comment se déroulent ces entraînements?

On est des groupes de cinq à sept joueuses, il y a trois créneaux d’entraînement par jour et un roulement au niveau des horaires. Chaque groupe a un entraîneur et un physio toujours présent, donc il n’y a pas de contact entre les groupes. C’est bien organisé, on garde les distances, on ne fait pas de duels. On en profite pour faire beaucoup de travail technique, des frappes, des centres.

Comment est l’ambiance, percevez-vous de la peur, de l’inquiétude chez les joueuses?

L’ambiance est bonne ! On parle beaucoup du Coronavirus, car on n’a pas le droit de sortir, on n’a pas beaucoup d’activités, alors il n’y a pas grand chose à raconter à l’entraînement.
Je n’ai pas l’impression que les filles aient peur et moi non plus, mais je fais plus attention ! Je sais que j’ai des responsabilités, plus qu’avant quand je restais chez moi à la maison. Je sors uniquement pour faire les courses et pour m’entraîner. Je pense juste que tout le monde a hâte de savoir si on va continuer la saison.

​Quel est votre regard sur la situation en Allemagne, pensez-vous que le déconfinement va fonctionner, que vous allez pouvoir finir la saison?

Je suis réaliste. Je suis optimiste pour le football masculin, j’ai l’impression qu’ils veulent vraiment terminer la saison, notamment pour des raisons financières. Mais pour nous, je ne suis pas sûre de l’issue. J’aimerais qu’il y ait la même décision pour tous les sports et pour les femmes et les hommes. C’est difficile pour moi de comprendre les différences selon les sports. J’ai l’impression que tout le monde ralentit le processus et que personne ne veut prendre la décision finale.

©Vfl Wolfsburg

Personnellement, vous avez envie de terminer la saison?

En tant que sportive, j’ai envie bien sûr. Après, il y a d’autres points de vue qui rentrent en compte. On est des exemples pour les gens, on a des responsabilités. Si tout le pays dit qu’il faut rester à la maison, je ne pense pas que ce soit bien d’aller jouer au foot. Je ne pense pas que ce soit le plus important en ce moment. J’espère juste que ça va passer le plus vite possible. Si ça doit se faire sans foot, c’est dommage mais c’est comme ça.

Avec Wolfsburg, vous étiez en tête du championnat (devant le Bayern et Hoffenheim) et vous alliez débuter la phase finale de Ligue des Champions…

On était bien, on avait hâte de commencer cette période ! On était sur une bonne dynamique, et ces matchs qui allaient arriver, on les attend toujours avec impatience. C’est difficile de ne pas savoir pourquoi on travaille tous les jours, de ne pas avoir d’objectif. D’habitude on travaille pour le prochain match, la semaine suivante. Mais il faut attendre, une décision devrait arriver cette semaine.

« Je souhaite encore faire une finale contre Lyon et je rêve de les battre bien sûr ! »

Et comment appréhendez-vous la fin de saison, notamment en Ligue des Champions? Vous aimeriez encore retrouver Lyon en finale ?

Personnellement je ne me voyais pas encore en finale. Il faut d’abord qu’on joue contre Glasgow. Sur le papier, on est clairement favorites, mais on ne sait jamais. Ensuite, Barcelone ou l’Atletico de Madrid sont aussi de bonnes équipes avec de l’expérience en Ligue des Champions. Je rêve d’avoir cette finale contre Lyon, c’est difficile de les battre. Ces matchs seront toujours un moment spécial pour moi.

Comment avez-vous vécu ces finales contre Lyon en 2016 et 2018 ?

La première fois c’était très bizarre… C’était mon équipe pendant sept années ! Beaucoup de joueuses en face étaient mes amies et avaient été mes coéquipières pendant longtemps. Et d’un coup elles étaient de l’autre côté (rires) ! Il y avait beaucoup d’émotions, je ne savais pas trop comment gérer cette situation. Mais sur le terrain, je jouais au foot pour mon équipe. Chaque saison qui passe, je m’éloigne un peu de Lyon, mais c’est toujours un moment spécial, je souhaite encore faire une finale contre elles et je rêve de les battre, bien sûr !

Lors de la finale à Kiev (le 24 mai 2018),  les supporters lyonnais avaient fait la fête avec ceux de Wolfsburg, cela a dû vous faire plaisir…

Oui et ça me fait plaisir à chaque fois de voir les supporters de l’OL. De temps en temps, ils viennent aussi voir les matchs en Allemagne, à Francfort ou Hoffenheim, lorsque ce n’est pas trop loin pour eux. Je suis partie il y a cinq ans et ils ne m’ont pas oubliée. Ils parlent toujours très gentiment de moi et ça compte beaucoup, c’est très important pour moi…

Quels sont vos meilleurs souvenirs de vos sept années à Lyon ?

Je pense que c’était la première Ligue des Champions en 2011 !  Mais il y a trop de bons souvenirs (elle sourit). Et puis faire partie de cette équipe, avec toutes ces bonnes joueuses, c’était un grand moment…

© Guillaume Charton

Quel était le meilleur Lyon de vos années?

L’année où on gagne au Japon en 2012, on était très fortes ! (ndlr contre Kobe en finale de la Mobcast Cup). Patrice Lair avait formé un effectif très équilibré. En 2013 on était encore sur un nuage, on avait tout écrasé sauf Wolfsburg en finale. C’était la première vague de domination européenne de l’OL ! Et puis il y a aussi l’année où Gérard Prêcheur est arrivé en 2014. Sa philosophie était parfaite pour notre style de jeu. C’est dommage que pour sa première année, qui était ma dernière année à Lyon, on n’ait pas gagné la Ligue des Champions… Mais après, les filles ont travaillé deux ans de plus avec lui et ont pu tout gagner !

« Lyon est la meilleure équipe d’Europe et je pense que Wolfsburg est son meilleur concurrent »

Actuellement, Lyon est sur quatre victoires d’affilée en Ligue des champions, qu’est ce que cela vous inspire?

Lyon est la meilleure équipe d’Europe et je pense que Wolfsburg est son plus grand concurrent, si on est à 100%. Mais sur les dernières rencontres on n’a pas réussi à l’être, alors c’est bien de parler, mais il faut aussi le faire (rires) ! Maintenant, il y a d’autres clubs qui se rapprochent, comme Barcelone, Paris, les équipes anglaises…

Vous avez un palmarès immense. Qu’est ce qui vous anime pour la fin de votre carrière? Vous voudriez retrouver plus de temps de jeu à Wolfsburg?

Je veux retrouver mon meilleur niveau, ça me motive toujours, parce que c’est bientôt terminé et c’est comme cela que je pourrai retrouver du plaisir. La concurrence est très forte ici ! Quand toutes les filles sont en forme, c’est difficile de jouer. C’est évident pour personne d’avoir une place sur le terrain. Mais je pense que si je retrouve mon niveau, je pourrais avoir du temps de jeu.

Vous allez terminer votre carrière ici, en Allemagne?

Oui, je pense que je finirai ma carrière ici. Je ne me vois pas recommencer dans une autre équipe et encore déménager… D’autres choses sont devenues importantes dans ma vie, alors je vais rester ici.

L’après carrière est déjà dans un coin de votre tête?

J’ai des idées. Je fais un master en ligne en management général, je me prépare. Je veux rester dans le foot, parce que c’est ma passion. Avec ma blessure, j’ai commencé à réfléchir un peu plus, je concrétise quelques idées, mais je ne peux pas encore dire ce que je ferai… »