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Le jour où.. Juvisy gagnait le tournoi international de Bruxelles

Par 26/07/2020 09:00 No Comments
Juvisy tournoi de Bruxelles
ES Juvisy – Tournoi International de Bruxelles du 26 et 27 mai 1979. L’équipe vainqueure de la finale contre Bruges. De gauche à droite debout : Quintaine, Roger Micalaudis,  Mosur, Brandin, Bredel, Cauvet,  Legueux,  Sylvie Micalaudis, Pascale Fortems, Sittler — en bas de gauche à droite : Annie Fortems (Capitaine), Lazaro, Pilatre, Moreno, Gonsard, Ceccotti
À la fin des années 70, Juvisy est invité au Tournoi de Bruxelles, avec sept des meilleures écuries européennes. Sur le papier, les coéquipières de Annie Fortems, venues en voiture et peu équipées, n’ont pas fière allure. Mais sur le terrain, l’histoire est bien différente. Récit d’un match à part avec l’une des pionnières du football français.

Mai 1979 : le football féminin est reconnu par la FFF depuis moins de dix ans. En Essonne, les jeunes Florence Maréchal, Martine Micalaudis et Annie Fortems ont créé quelques années plus tôt, la section féminine de Juvisy. Habituées des victoires en coupe et en championnat de Paris, l’Étoile sportive, entraînée par Roger Micalaudis, évolue pour la deuxième saison consécutive en Championnat de France. Sans toutefois parvenir à accéder à la phase finale. 

« On est arrivées comme le village gaulois » 

Cette année-là, les Juvisiennes se voient proposer un tout nouveau challenge : représenter la France au Tournoi de Bruxelles. En remplacement du champion de France rémois, indisponible, la FFF convie la troupe du coach Micalaudis. La compétition réunit des équipes belges, hollandaises, allemandes et anglaises. Les sept autres équipes ont à leur actif, un palmarès déjà bien garni. « L’entraîneur a répondu favorablement et il n’a pas voulu nous dire qui participait au tournoi, il savait qu’on aurait été effrayées » témoigne la libéro Annie Fortems. Les voilà parties pour la Belgique avec en ligne de mire, un nouveau défi, qui allait permettre, deux jours plus tard, d’écrire l’une des premières lignes du palmarès juvisien. Un voyage dont la capitaine se souvient très bien. « On n’avait jamais fait un tournoi comme ça, on est parties avec plusieurs voitures car on n’avait pas d’argent pour payer un car. Les parents de Maryse Moreno – l’une de nos super joueuses –  nous suivaient partout. Ils sont venus avec une remorque avec la nourriture pour deux jours ». Petits moyens et petites par la taille, les Juvisiennes ne se font guère d’illusions sur leurs chances de vaincre leurs adversaires convient aujourd’hui Fortems. « On est arrivées comme le village gaulois. On avait peur, on se disait qu’on allait se faire ratatiner, mais on ne voulait pas être humiliées, on représentait la France. »

Le tournoi se joue en deux parties : deux poules de quatre puis une phase finale avec demi-finale et  finale. Dans le groupe de Bruges, Brighton et Bruxelles, les Françaises s’attendent à un vrai combat physique, face à des joueuses « beaucoup plus grandes », avec « un jeu hyper physique », alors que les joueuses de Micalaudis ont « un jeu à la nantaise, très technique, très collectif » qui les différencie. Après un premier match nul contre Bruges (1-1), Béatrice Pilatre, Maryse Moreno et consorts commencent à y croire. « On arrache le nul, on se dit alors qu’il y a peut-être un coup à jouer » livre Fortems. Et la native d’Athis Mons ne s’y trompe pas, les siennes enchaînent deux victoires devant Bruxelles (1-0) et Brighton (3-0). En route pour les demi-finales. 

« Des matchs de titans » 

« Après on n’a plus rien lâché, ça a été des matchs de titans. Elles avaient un jeu très dur, auquel on n’était pas habituées » assure la capitaine de l’équipe. Il faut dire que la performance physique est saisissante. En deux jours, elles disputent cinq matchs de 90 minutes, alors que les Essonniennes ne sont qu’une petite quinzaine à tourner sur des matches classiques, à onze sur la pelouse.

Avant même le dernier carré de la compétition, le regard des autres joueuses sur les Juvisiennes avait changé, se souvient Fortems : « Au début, elles nous regardaient avec un certain mépris, elles nous ont prises de haut, surtout avec l’écart de taille (rires). On n’avait aucun titre à part championne de Paris…» Mais face à Braakhuizen en demi-finales (Pays-Bas), l’exploit sportif se poursuit, cette fois-ci avec plus de marge et plus d’aisance sur le pré (ndlr : victoire 2-0).

En finale contre Bruges, le public -qui apprécie le jeu de possession- soutient largement les Juvisiennes. La partie est très équilibrée. Après une ouverture du score française, les Belges égalisent sur coup-franc en début de deuxième période. Bien que largement dominatrices, Fortems et ses partenaires doivent passer par les tirs aux buts pour l’emporter (1-1, 3-2 T.AB). Carton plein pour Juvisy, qui repart de Belgique invaincu (3 victoires et 2 nuls), et avec le trophée. Cerise sur le gâteau, Pilatre repart avec le titre de meilleure buteuse.

Le règne sur le nord de l’Europe

« On m’a remis la Coupe comme j’étais capitaine. On a entendu la Marseillaise, on n’en revenait pas » savoure Fortems, même quarante-ans plus tard. Curieuses de connaître le secret de ces joueuses à la technique hors norme, les autres joueuses européennes se ruent vers les nouvelles championnes, avec un regard nouveau, plein de respect et d’admiration. Les Hollandaises de Braakhuisen invitent même Juvisy à leur grand tournoi annuel, réunissant les champions du nord de l’Europe. « Il se trouve qu’on a été invitées trois fois et qu’on a gagné trois fois ». Enétant chaque année, accompagnées par la remorque de Monsieur et Madame Moreno.