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Le jour où … la section féminine de Juvisy est née

Par 05/04/2020 10:30 avril 26th, 2020 No Comments
Avec six titres nationaux, le FCF Juvisy devenu aujourd’hui le Paris FC, est l’un des monuments du football féminin français. Active dès sa création en tant que co-fondatrice, Annie Fortems retrace les prémices du club de sa vie.

29 Mars 1970 : la Fédération Française de Football reconnaît la pratique féminine du football. Âgée de 15 ans, Annie Fortems est déjà une adepte du ballon rond mais aussi et surtout une grande joueuse en devenir. « J’ai toujours joué avec mes frères et les copains de la cité de l’Air d’Athis-Mons. Après les devoirs de l’école, on passait nos soirées à jouer dans les grands jardins. Le samedi, on faisait des vrais matchs au stade. Des voitures s’arrêtaient pour nous regarder. Je ne comprenais pas mais mes frères -qui étaient de grands footballeurs-, me disaient : “c’est toi qu’ils regardent Annie” ! ». En ce printemps 1970, l’insouciance de la jeunesse ne lui permet pas de comprendre que l’acceptation du football féminin au sein de la société devra être un long combat, dont elle sera l’une des principales actrices.
Annie Fortems est déjà dotée d’une taille et d’un physique impressionnants mais aussi d’une technique similaire à celle de ses amis footballeurs. Pourtant, elle est loin de se douter que cette année marquera le début d’une grande carrière de libéro, ainsi que d’un engagement pour le droits des femmes – récompensé par une élévation au grade de chevalier de la Légion d’Honneur en 2016. Mais elle ignore aussi qu’elle s’apprête à devenir co-fondatrice et première capitaine de la section féminine de Juvisy.

Les jours qui ont suivi la reconnaissance de la pratique féminine par la FFF ont été décisifs dans la création d’un club qui s’apprêtait à écrire quelques pages de l’histoire du football français. Toutes deux filles et soeurs de joueurs de l’équipe masculine de Juvisy, Florence Maréchal et Martine Micalaudis n’ont pas attendu longtemps après le 29 mars, pour être à l’initiative de cette belle épopée. « Elles sont allées voir M. Courtaillac, le Président du club de Juvisy et lui ont demandé de jouer en championnat comme les garçons. Il leur a demandé de lui ramener douze ou treize filles. Il pensait qu’il allait s’en débarrasser et que ça n’arriverait jamais », raconte avec amusement Annie Fortems.

Douze filles et un entraîneur pour créer une équipe

Très vite, la jeune Annie est prévenue par le frère de Florence Maréchal, un de ses nombreux camarades du foot. « Ce serait bien que tu viennes, ma soeur s’occupe d’une section féminine » lui glisse t-il. « Ce fut d’abord un non catégorique. Je ne voyais pas l’intérêt de jouer avec des filles. Je jouais avec des garçons de très bon niveau, l’idée me paraissait saugrenue et je me suis dit que le niveau serait forcément plus faible. » reconnaît Annie Fortems. L’idée pouvait désormais fleurir dans son esprit, il ne restait plus qu’à la persuader d’oser franchir le pas. « Hervé(ndlr : le frère de Florence) est revenu à la charge, il était ami avec mon frère aîné Robert. C’est finalement ce dernier qui m’a convaincue. Il m’a emmenée au stade Raoul Perrin de Juvisy. ». C’est en ce lieu que tout commence pour les Juvisiennes. C’est ici qu’un club, aujourd’hui sextuple Champion de France, allait voir le jour.

Annie Fortems en tenue, 1973
Annie Fortems en tenue, 1973

Une obsession de l’excellence dès l’entame

Durant plusieurs mois, les Juvisiennes ne disputent pas de matchs officiels. La première compétition a lieu lors de la saison 1971/1972 avec l’organisation du Championnat de Paris, une première édition remportée par le club de Joinville (Val-de-Marne). La capitaine historique de Juvisy appris bien des années plus tard que son voisin Antoine Torres, Président du club d’Athis-Mons, avait eu un rôle majeur dans la confection de ce Championnat de Paris. « Le stade de la cité de l’Air était sous ses fenêtres. Avec ma soeur, il nous voyait jouer tous les jours. Il a dû être touché de voir des filles jouer si bien au football. Dès que la FFF a reconnu le football féminin, il a oeuvré pour créer le championnat de Paris. » raconte-t-elle, non sans émotion.

Aussitôt nommé entraîneur, Roger Micalaudis est obnubilé par la victoire : « Il a posé une condition en arrivant, celle de viser l’excellence avec tout ce qui allait avec : entraînements, discipline, formation… On n’avait jamais joué à onze, on ne savait pas ce que c’était, mais on l’a suivi (rires) ! » C’est ainsi que la structure autour de la section féminine de l’Étoile Sportive Juvisienne (E.S.J) se développait. Pour encadrer un nombre de joueuses croissant et une équipe de plus en plus compétitive, M. Micalaudis s’entoure assez rapidement de M.Quintaine et M. Sittler. Un trio chargé de mener pendant dix ans l’E.S.J au plus haut niveau. En 1976, les coéquipières de Fortems réalisent le doublé Coupe de Paris / Championnat de Paris et se qualifient pour le premier Championnat de France de leur jeune histoire. Si elles ne parvenaient pas à remporter le titre national, elles glanaient toutefois  le prestigieux tournoi international de Bruxelles en 1979. Un succès qui marquait l’apogée de la génération des pionnières.

Annie Fortems et les autres ont posé les premières pierres d’un monument du football féminin français, d’un club historique d’une régularité totalement inédite au plus haut niveau – avant l’hégémonie lyonnaise. Vainqueur à six reprises de la première division et huit fois vice-champion de France, le FCF Juvisy voit de grandes joueuses comme Marinette Pichon, Sandrine Soubeyrand ou Gaëtane Thiney porter sa tunique. Elles firent perdurer le succès d’un club, qui a fêté il y a peu les 50 ans de sa section féminine, cette fois sous la bannière du Paris FC.

Annie Fortems, victorieuse en 1981
Annie Fortems, victorieuse en 1981