#MetempsHistoire

Le jour où … la troisième division a été supprimée

Par 19/04/2020 11:55 avril 22nd, 2020 No Comments
Créée en 2002, la troisième division du championnat de France féminin a été supprimée par la Fédération Française de Football en 2010. Des clubs notoires de l’échelon sont alors condamnés à la relégation en division d’Honneur (désormais R1). Ancienne joueuse de D3, Marie Canolle, aujourd’hui conseillère technique, revient pour l’Equipière sur cette époque et sur l’évolution du football féminin. 

Vous avez connu la D3 au Blanc-Mesnil, mais également la D2. Avec le recul des années, comment évalueriez-vous cette D3 ?

Pour moi, cette troisième division était une étape entre le niveau régional et le niveau national qui permettait à des clubs d’un niveau financier moindre de participer à une compétition d’un niveau sportif intéressant. C’était également intéressant pour des clubs qui avaient pas mal de jeunes, qui ne pouvaient pas forcément évoluer en D1 ou en D2 d’avoir un premier avant-goût du niveau national.

L’apparition des championnats U19 a été, de mon point de vue, très intéressante pour structurer les championnats jeunes. Cette année, les équipes U19 régionales ont la possibilité d’accéder au championnat national, ce qui n’était pas le cas avant. Finalement, la disparition de la D3 a été un mal pour un bien.

“Finalement, la disparition de la D3 a été un mal pour un bien.”

Certains clubs, dont l’équipe première évoluait en D3, ont remis en question l’existence de leur section féminine à la suite de cette réforme et se sont décomposés. Ce lien est-il évident pour vous 

Il y a deux réponses à cela. Pour les clubs de D1 ou D2, la réforme a eu pour conséquence de faire descendre leur équipe réserve. Il y a eu effectivement des pertes de joueuses, qui se sont réfugiées dans des clubs d’un secteur limitrophe.

En ce qui concerne les clubs qui avaient leur équipe en D3, il y a deux choses. Pour prendre l’exemple du Blanc-Mesnil, on avait la chance d’avoir une équipe « pas trop mauvaise » sportivement mais nous n’étions pas dans des conditions optimales pour se maintenir. D’un point de vue purement financier, ça coûtait énormément d’argent, même si la fédération participait. Tout ce qui concernait le transport, les repas et parfois même l’hébergement coûtait très cher et le club avait parfois du mal à vivre, comme énormément de clubs.

Cette D3, qui était censée développer le football féminin, n’aidait finalement pas beaucoup. Les clubs qui parvenaient à monter s’endettaient et puis en fonction des ligues (ndlr : la D3 était composée de 4 groupes), les niveaux étaient très inégaux donc certaines équipes étaient en difficultés sportives.
La D3 était essentiellement intéressante pour les jeunes car pour les seniors qui avaient un bon niveau, elles basculaient rapidement vers la D2. J’ai eu la chance, ou la malchance de voir d’un point de vue interne des clubs de D3 dont les sections ont été dissoutes. C’était plutôt lié au fait que les filles, en fonction des résultats, des affinités, et du coach étaient ou non prêtes à tout quitter pour aller à droite ou à gauche.

Quand j’ai repris Le Blanc-Mesnil en D3, on venait de descendre de D2. Mais une fois que les filles ont goûté à l’échelon supérieur, elles ne veulent pas jouer ailleurs et partent ! En D3 on avait des jeunes qu’on a formées. Les filles qui avaient un bon niveau en D3 ont pris le même chemin à la fin de la saison. Quand je vois le niveau de la D1 et de la D2, ça n’a rien avoir avec ce que l’on connaissait il y a sept-huit ans. Je me dis qu’on a bien fait car il faut des équipes régionales solides et c’est comme cela que le niveau du football féminin augmente.

« La D3 était essentiellement intéressante pour les jeunes »

Dans le même sens, en 2016, la moitié des clubs de D2 sont descendus (ndlr : réforme FFF). A l’instar de ce qui s’est produit avec la D3, vous pensez ce type d’initiative salutaire 

C’est vrai que le passage de trois à deux groupes a généré un branle-bas de combat. Tout le monde voulait se maintenir, ça a été très compliqué. Mais aujourd’hui, je m’aperçois que le niveau a également augmenté. Plus on resserre le nombre d’équipes dans l’élite, plus on monte le niveau. On a une vraie D1, même si c’est une D1 à deux vitesses, et une D2 avec des équipes qui ont un fond de jeu.

De nombreux clubs de D2 se sont alors rapprochés de clubs masculins, pour faire face aux impératifs financiers croissants. Vous pensez que c’est désormais un impératif ?

Beaucoup de clubs se sont rapprochés parce que la FFF a fixé des obligations aux clubs masculins. Il s’agissait d’avoir des équipes féminines jeunes ou séniors pour recevoir des subventions ou sous peine de perdre des points ou de récolter des amendes. Pour la Ligue de Paris, avoir des équipes féminines de 6,9,11 ou même 13 ans qui participent à des plateaux, ça permet d’avoir une mutation supplémentaire.

Après, on ne va pas se le cacher, pour les clubs féminins qui n’avaient pas de gros moyens (équipements, rémunération des joueuses, appartements), il est clair qu’un rapprochement offre de nombreux avantages. Le cas de Juvisy est parlant. Elles avaient toutes un travail et s’entraînaient le soir. La fusion avec le Paris FC a permis d’améliorer la donne.

« C’est surtout sur le plan psychologique que j’ai appris en D3 »

Quel a été votre meilleur souvenir en D3, qu’est-ce que cela vous a apporté en tant que joueuse ?

C’était la finale du championnat en 2005-2006 avec Blanc-Mesnil. Je ne me souviens plus du club (ndlr : Verchers), mais on est allées chercher la victoire sous un soleil harassant, on a élevé notre niveau de jeu. C’était un match impressionnant, qui reste dans les mémoires, avec ce moment de fête à l’issue.

Sur le plan personnel, ça m’a apporté de la sérénité. On rencontrait des adversaires plus physiques, mieux préparées sur le plan tactique, il a fallu puiser dans nos ressources dans tous les domaines. J’étais assez jeune, j’avais 21-22 ans, mais j’étais parmi les plus expérimentées. Donc c’est surtout sur le plan psychologique que j’ai appris

Le Saviez-Vous ?

  •  La D3 comportait 4 groupes de 10 équipes, soit un total de 40 équipes
  • Kenza Dali, Amel Majri et Amandine Henry ont déjà évolué en D3 avec la réserve de l’Olympique Lyonnais
  • Aurélie Kaci (CD Tacon, futur Real de Madrid), a été meilleure buteuse du championnat de D3 en 2009 avec 12 réalisations
  • Le FF Templemars-Vendeville (ancêtre du LOSC féminin) a évolué plusieurs saisons en D3

Aujourd’hui, vous continuez à travailler dans le football féminin. Qu’est-ce que votre statut d’ancienne joueuse vous apporte et quel regard portez-vous sur le tournant du football féminin ?

J’ai la chance de travailler dans un district départemental en tant que Conseillère technique départementale du développement et de l’animation des pratiques (CTD DAP), dans le district de Seine et Marne, et j’ai en charge le dossier du football féminin. Parallèlement, je continue à jouer en club, j’alterne entre une saison de joueuse et une saison de coach.

Les choses évoluent extrêmement vite. Il y a de plus en plus de joueuses qui veulent et peuvent jouer parce qu’il y a de plus en plus de clubs, c’est très positif. J’ai juste un peu peur de l’aspect financier qui prend de plus en plus de place. Je vois des jeunes joueuses qui s’aperçoivent qu’il y a de l’argent et qui demandent des sous pour aller à tel ou tel endroit. Elles perdent un peu l’esprit sportif qui doit rester dominant.

Ce qui me fait aussi peur, ce sont les pseudos agents qui essaient d’orienter les joueuses. Heureusement, les joueuses de Seine-et-Marne qui me connaissent m’appellent pour leur donner des conseils. Mais je suis très contente parce que l’on s’est battues pendant des années pour que le football féminin soit reconnu, et ça commence à bouger. Les niveaux sont resserrés, ça passe en télé, l’équipe de France fait de belles prestations – même s’il n’y a pas encore de résultats dans les grandes compétitions, mais ça viendra par la suite. On a créé un championnat U19 national, il y a de plus en plus d’équipes. Ça devient très intéressant, il y a un bel avenir.

« Les dérives qui existent dans le football masculin, avec les enjeux financiers, arriveront dans le football féminin»

En définitive, selon-vous, que faudrait-il pour qu’en empruntant la notoriété du football masculin, le football féminin parvienne à conserver cet esprit sportif et se détacher des dérives financières qui s’y rapportent ?

C’est la bonne question, à laquelle je n’ai pas forcément de réponse. Il faudrait de vrais conseillers, pas des gens qui s’intéressent uniquement à l’argent (rires). Pour prendre l’exemple de l’Olympique Lyonnais, ou de Montpellier, quand ils ont décidé d’investir pour le football féminin, ils ont fait des choses bien pour les séniors et les jeunes.

Pour les autres clubs, on ne pourra pas empêcher qu’il y ait des vautours. Ce sont simplement des conseils aux éducateurs et aux joueuses, pour ne pas qu’elles partent n’importe où et n’importe comment. C’est un peu le rôle que l’on a en tant que conseiller techniques DAP et PPF (formation et conseil du joueur), on conseille les joueuses et les parents. Mais les dérives qui existent dans le football masculin, avec les enjeux financiers, arriveront dans le football féminin.

Leave a Reply