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Le jour où les sept premières Américaines sont arrivées à Lyon

Par 05/07/2020 09:00 No Comments
OL 2004_2005 Hope Solo
Debout, deuxième en partant de la gauche : Slaton, Fair, Solo, Welsh
Assise, deuxième en partant de la droite : Wagner
Farid Benstiti est aujourd’hui à la tête de l’OL Reign, franchise américaine appartenant de l’Olympique Lyonnais de Jean-Michel Aulas. Pour autant, les liens entre les américaines et l’OL ne datent pas d’hier et remontent à une nuit de décembre 2004. Retour quelques années en arrière.

Bien avant Megan Rapinoe (2013-2014) et Alex Morgan (2016-2017) venues poser leurs valises entre Rhône et Saône dans un passé récent, plusieurs Américaines ont passé plusieurs mois à l’OL lors de la saison 2004-2005. Les prémices d’une nouvelle ère : celle de l’ouverture de la D1 vers l’international. 

Quelques temps après la fusion avec le FC Lyon -déjà sacré plusieurs fois champion de France-, le trio dirigeant de l’OL -Jacques Manrique, Paul Piemontese et Farid Benstiti- faisaient passer un cap décisif au club. « La première à arriver était Tara Flint, quelques mois avant les autres. Elle était très timide au début mais elle a marqué l’histoire en étant la toute première » raconte Christelle Soubeyrand (35 ans), joueuse de l’OL à l’époque et revenue récemment au sein de la réserve rhodanienne pour sa fin carrière. La milieu de terrain poursuit : « Après elle, il y a eu l’équipe rouleau compresseur avec Hope Solo et les autres. C’était du lourd. Ça a marqué l’intérêt du club pour le développement du football féminin. » ”Les autres”,  ce sont six joueuses qui sont arrivées en France en plein hiver, profitant de la trêve de la compétition aux États-Unis. La milieu Lorie Fair (120 sélections), la défenseure Danielle Slaton (43 sélections), les attaquantes Aly Wagner (131 sélections) et Christie Welsh (39 sélections), la portière superstar Hope Solo (202 sélections) ainsi que la moins connue Jillian Nicks ont donc pris place dans l’effectif de Farid Benstiti pour la deuxième partie de la saison 2004-2005.

« Déclencher le mouvement » avec «l’ouverture à l’international»

Devancées par Montpellier et Juvisy en championnat, et battues par Juvisy lors du  Challenge de France (ndlr : ancêtre de la Coupe de France), l’OL n’a rien gagné avec les Américaines, qui pour cinq d’entre elles, ne sont d’ailleurs pas restées jusqu’au bout pour retrouver le championnat américain. (ndlr : seules Slaton (16 matches) et Fair (15 matches) ont participé à des matches des deux premières saisons). Mais plus que pour les résultats sportifs, leur passage a permis de faire progresser le football féminin français. «Pendant ces six mois, on a créé un état d’esprit. Ça a été fondamental, on a créé de l’ambition, de l’assurance et du caractère pour les filles. Ce qu’il fallait, c’était déclencher le mouvement» affirme l’ancien Président de l’OL féminin Paul Piemontese, rejoint aussitôt par son ancienne joueuse. «C’était une annonce assez forte qui a insufflé le devenir avec l’ouverture à l’international. C’est ce qu’on voulait en tant que joueuses. Il fallait se tourner vers des modèles qui avaient fait leurs preuves comme le modèle américain» confie Christelle Soubeyrand.

Une arrivée début janvier qui a surpris tout le monde 

La venue des stars américaines a créé la surprise au tout début de l’année 2005. Car ces visages venus d’outre-Atlantique étaient complètement nouveaux pour un championnat de France qui baignait dans l’amateurisme. Paul Piemontese raconte : «On s’est arrangés pour recevoir tous les papiers dans la nuit du 30 décembre pour que les licences soient bonnes. Il fallait qu’elles soient validées avant le 31. C’est Jacques Manrique (ndlr : le Président délégué de la section féminine) qui s’en était occupé, il connaissait bien les rouages de la fédération». Ainsi le 2 janvier, la bande à Hope Solo arrivait à l’entraînement. Un moment marquant pour Christelle Soubeyrand : «L’annonce de leur arrivée, le premier entraînement, le fait de devoir s’ouvrir, cela m’a marquée. J’ai le souvenir de Tara Flint qui était arrivée timide et qui nous a beaucoup appris». Un moment historique qui a demandé une phase d’adaptation pour le groupe de l’OL. Elle enchaîne : «Il y avait la volonté de les intégrer, de les accueillir. Il fallait aussi qu’on se comprenne, Farid Benstiti n’était pas bilingue à l’époque (rires) ». 

Un niveau sportif  qui a marqué les esprits 

Références mondiales du football féminin, les Américaines arrivaient en recrues de marque  pour le staff lyonnais. Les Lyonnaises savaient dès lors que la concurrence serait rude. Mais si leur venue a créé des envieuses parmi certaines joueuses de l’effectif ou de l’animosité chez d’autres clubs de D1, ce n’était pas le cas de la milieu de terrain passée par Valence et Monteux. «En tant que joueuse on se posait beaucoup de questions mais c’était avant tout un renfort important. On connaissait l’assurance culturelle des Américaines, on savait que ça serait une force pour nous» assure Christelle Soubeyrand. Car si elles ne sont pas restées longtemps, elles ont tout de même marqué les esprits par leurs capacités athlétiques et  leur force de travail, donnant de bons exemples aux joueuses de D1. «On a montré aux filles que c’était possible, on a donné envie aux autres de progresser» raconte Paul Piemontese. Les offensives américaines n’avaient d’ailleurs pas chômé, Welsh inscrivant 7 buts en 11 matches de D1 et Aly Wagner 4 en 5 apparitions. Si l’OL a  ensuite poursuivi son ouverture vers l’étranger avec l’arrivée en 2006 de la Costaricienne Shirley Cruz, ou encore des Brésiliennes Jatobá, Katia ou Dayane, il aura fallu attendre huit ans pour voir débarquer une nouvelle américaine. Et pas n’importe laquelle puisque Megan Rapinoe, en provenance de Seattle, avait signé dans le Rhône.