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Le jour où… Les U19 sont devenues la première équipe de France féminine titrée

Par 24/05/2020 10:05 No Comments
Le 3 août 2003, les Bleuettes entraient à jamais dans l’histoire en remportant le championnat d’Europe U19, premier titre de la France en football féminin. Retour sur ce moment historique avec Amélie Coquet et Marie-Claude Herlem.

Lorsque les trois coups de sifflets finaux ont retenti dans le stade allemand Alfred Kunze, les Bleuettes ont explosé de joie. Après deux défaites en finale de cette même compétition, l’équipe de France féminine des moins de 19 ans venait enfin d’être couronnée championne d’Europe. Pourtant, ce soir-là les Bleuettes de Bruno Bini n’étaient pas les seules gagnantes. Tout le football féminin français est ressorti victorieux de cette compétition. Pour cause, Marie-Claude Herlem, Amélie Coquet et leurs coéquipières débloquaient alors le compteur de victoires des sélections féminines françaises.   

Une revanche à prendre 

En 2003, assoiffées de victoire, les Bleuettes arrivent sur le sol allemand, déterminées à rentrer en France avec le titre de meilleure nation européenne. Après avoir échoué si près du graal l’année précédente contre les Allemandes, Marie-Claude Herlem, ex-défenseure des Bleuettes, se souvient : « On est arrivées sur cette compétition avec un esprit de revanche après avoir perdu l’Euro 2002 en finale face à l’Allemagne (3-1) »

Cette défaite encore fraîche dans les esprits, les joueuses sont entrées dans le tournoi fortes de leurs expériences passées dans des compétitions majeures. Amélie Coquet, ancienne internationale française, n’en était pas à son tour d’essai. « J’ai abordé cette compétition assez sereinement grâce à l’expérience acquise l’année précédente avec l’Euro et la Coupe du Monde U19 » analyse-t-elle. 

« On est arrivées sur cette compétition avec un esprit de revanche après avoir perdu l’Euro 2002 en finale » – Marie-Claude Herlem

Les stades peu remplis mais poussées par quelques supporters et leurs familles ayant fait le déplacement, les Bleuettes étaient tout de même dans les meilleures prédispositions pour enfin gagner ce titre tant convoité. « Il n’y avait pas forcément beaucoup de monde en tribune mais assez pour nous motiver » se souvient Marie-Claude Herlem.

Le succès d’une équipe compétitive et soudée 

Lorsqu’elles évoquent leur groupe, les deux joueuses passées par Henin-Beaumont s’accordent sur la compétitivité qui régnait alors : « La force de ce groupe et ce qui nous a permis de gagner c’était notre envie, notre niaque » détaille Amélie Coquet. Au-delà de cette ambition commune, Marie-Claude Herlem, se souvient d’une « très bonne ambiance d’équipe ». À la joueuse de Gravelines de résumer : « On était très soudées, joyeuses mais aussi compétitrices ». Un combo gagnant qui a mené ce groupe sur le toit de l’Europe. 

Euro_U19_ ©uefa
©UEFA

La force des Bleuettes était aussi leur hétéroclicité. Titularisée au côté de joueuses expérimentées comme Elise Bussaglia ou Adeline Boyer, Amélie Coquet illustre parfaitement cette diversité. Sélectionnée à l’Euro sans jamais avoir joué en D1, mais déjà championne de D2, la joueuse du FCF Arras se remémore : « Notre équipe était très hétérogène. Certaines joueuses évoluaient en D1 et avaient déjà beaucoup d’expérience et d’autres jouaient en D2. » Cependant, « quasiment toutes étaient passées par le centre de formation de Clairefontaine et avaient la même culture tactique du football. Nous étions complémentaires » conclut-elle.  

« La force de ce groupe et ce qui nous a permis de gagner c’était notre envie, notre niaque » – Amélie Coquet

Bruno Bini, chef d’orchestre de la victoire des Bleuettes 

Au coeur de toutes les discussions autour de cette victoire historique, un nom est sur toutes les lèvres, celui de Bruno Bini, « un homme exceptionnel qui nous a donné la soif de la victoire » selon Marie-Claude Herlem. Sélectionneur des U16, des U19 puis, jusqu’en 2013, des A, il semble avoir laissé une marque durable chez les joueuses qui l’ont côtoyé. Amélie Coquet ne manque pas de souligner son rôle majeur dans cette course au titre européen. « Il a su nous mettre en confiance et nous motiver tout au long de la compétition » soutient la joueuse, qui a fait le beaux jours de Juvisy pendant plus de dix ans. 

À l’origine des premiers bons résultats du football féminin français, Bruno Bini est aussi connu pour placer les relations entre équipières au premier plan de son approche managériale. Son mot d’ordre : « Bien vivre ensemble pour bien jouer ensemble. » Quand certains coachs ne jurent que par des causeries d’avant match passionnées pour motiver leur groupe, Bruno Bini choisit, quant à lui, la poésie et la chanson pour préparer ses joueuses à en découdre sur le terrain. « Il réussissait à nous motiver grâce à ses poèmes, ceux de Paulo Coelho » précise Marie-Claude Herlem. Pari réussi pour l’entraîneur, puisque « pendant cet Euro, on jouait chaque match comme si c’était une finale », toujours d’après les mots de l’ancienne défenseure Bleuette.

Un parcours semé d’embûches 

La compétition avait pourtant mal commencé, avec un premier tour compliqué marqué par une défaite contre l’Espagne. Amélie Coquet reconnaît une entame de tournoi qui ne laissait rien présager de bon : « Je me souviens d’un début de compétition difficile avec notamment la blessure au genou d’une joueuse. » Pas non plus immune a des complications, la joueuses d’Arras a, de son côté, passé une demi-finale un peu particulière. « Le jour du match, plus tôt dans la journée, en sortant de la sieste, je me suis mise à saigner du nez. Le médecin a réussi à stopper le saignement juste avant le début du match mais au bout de quelques minutes le saignement a repris et j’ai du jouer avec du coton dans le nez et du strap autour du visage pour le maintenir. C’était très désagréable et handicapant pour respirer correctement mais j’ai pu terminer la rencontre. »

Malgré cela, les Bleuettes se sont hissées jusqu’en finale pour défier à nouveau la Norvège après leur victoire contre l’Angleterre. Si Marie-Claude Herlem reconnaît le talent des joueuses scandinaves, elle affirme la supériorité de la sélection tricolore lors de cette rencontre. « Les Norvégiennes avaient une belle équipe mais nous avons bien mené ce match de la première à la dernière minute. C’était un match vraiment maîtrisé de notre part»

Auteure du deuxième but du match qui a scellé la victoire française, Amélie Coquet garde le souvenir d’une finale physiquement très éprouvante. « Ce dont je me souviens c’est la chaleur. Il faisait 30° et les efforts étaient épuisants » explique-t-elle.

Des efforts récompensés, puisqu’au terme des 90 minutes du match, les deux anciennes joueuses et leurs coéquipières soulèvent le premier trophée de football jamais remporté par une Équipe de France féminine. 

« Le sentiment de ramener le trophée en France pour la première fois de l’histoire du football féminin, ce n’est pas rien » – Marie-Claude Herlem

Une victoire inoubliable et historique

Tandis que la voix de Queen résonnait sous le ciel allemand, les joueuses savouraient pleinement cette victoire. « Je me souviendrai toujours de la chanson “We are the champions” lors de la remise des récompenses, au moment de soulever le trophée ! C’est vraiment un bon souvenir » raconte Marie-Claude Herlem. Sur le moment, l’émotion l’emporte sur tout le reste. « C’est vraiment un souvenir inoubliable » renchérit Amélie Coquet.

C’est seulement l’euphorie de la victoire passée que les joueuses ont pu mesurer l’importance de ce succès. « Le sentiment de ramener le trophée en France pour la première fois de l’histoire du football féminin, ce n’est pas rien » souligne Marie-Claude Herlem. Cette génération talentueuse a su offrir au football féminin français ce titre qui lui manquait désespérément.

Depuis, quatre autres trophées européens ont agrandi la collection de titres des équipes de France féminines. Alors qu’Amélie Coquet et Marie-Claude ont ouvert la voie de la victoire, Selma Bacha, Maëlle Lakrar et leurs coéquipières, auront prochainement l’occasion de devenir, au côté de l’Allemagne (6 titres), l’équipe U19 la plus titrée de la compétition.