D1 ArkemaL'Actu

Le rôle d’un entraîneur de D1 en confinement

Par 23/04/2020 10:00 février 22nd, 2021 No Comments
Pour ce premier épisode de parole aux coachs de D1, cinq entraîneurs racontent leur nouvelle vie en dehors du rectangle vert. Au programme : préparation de la saison prochaine, entraînement des joueuses, gestion et état du groupe…

Le travail quotidien d’un coach

Sandrine Soubeyrand (entraîneuse Paris FC) :

« C’est difficile de dire qu’on travaille quotidiennement à l’heure actuelle. On n’est pas sur le terrain, on ne va pas s’entraîner. Mon travail à l’heure actuelle c’est de garder le lien avec les joueuses même si je ne les embête pas beaucoup. Il y a surtout un suivi via le préparateur athlétique qui les a au quotidien. Je dois essayer de prendre des infos sur mes joueuses, savoir si elles vont bien, si elles sont en bonne santé. Dans la période actuelle, c’est un peu compliqué de se projeter. On n’a pas vraiment la tête à travailler. Je voulais en profiter pour faire pas mal de choses que je n’ai pas le temps de faire dans l’année. J’ai regardé quelques matchs, ceux qu’on avait joué, mais sans objectif, c’est un peu inutile, j’ai assez vite arrêté. »

Soubeyrand coach
©Jacques Martin – Paris FC

Frédéric Biancalani (entraîneur Guingamp) : 

« Il y a un suivi quotidien avec les filles, on les a par téléphone, sms, visio, on essaye d’échanger. On s’adapte aussi pour les programmes, on ne veut pas les laisser inactives, mais la plus grosse difficulté sera la reprise. On travaille surtout sur la saison prochaine. Je regarde des matchs, mais quoi pour faire, si je ne revois plus les joueuses? Mais je regarde des filles jouer, on prépare les choses. J’essaie toujours d’apprendre, de m’enrichir mais c’est une période pas évidente à gérer comme pour tous les salariés. C’est pour ça que je me concentre sur l’avenir, l’après confinement. »

Sébastien Joseph (entraîneur Soyaux) 

« Mon quotidien se divise en plusieurs temps. Le travail pour le club – j’ai les joueuses, la direction au téléphone. On a mis en place un questionnaire hebdomadaire pour les joueuses afin de connaître leur état de forme, leur rythme de vie et dans quelle mesure elles parviennent à suivre le programme donné. On prépare aussi la saison prochaine avec la fédé et les agents. On fait un point sur l’effectif avec un travail sur les axes de recrutement pour la saison prochaine. L’autre partie du travail se fait avec le staff : faire le point sur l’organisation d’une éventuelle reprise ou la préparation de la saison prochaine. Je passe aussi du temps sur des vidéos de joueuses qu’on suit et qui nous intéressent. Et puis, je regarde des reportages sur le football, sur ceux qui ont fait avancer les choses sur la vision tactique. »

David Fanzel (entraîneur Fleury)

« On a la chance d’être sauvés quoi qu’il arrive, je regarde des matchs, je prépare des entraînements de reprise pour la saison prochaine. Cette période sert à préparer la suite, suivre des joueuses qui peuvent nous intéresser. On travaille avec les recruteurs, les agents. On a du temps pour ça en ce moment. Les filles ne savent pas trop ce qu’elles vont faire, est-ce qu’elles peuvent partir à l’étranger, est-ce qu’on peut recruter des étrangères. On travaille sur ça actuellement, mais tout est compliqué à gérer.»

David Fanzel Fleury

Yannick Chandioux (manager général section féminine Dijon) 

« C’est une situation jamais vécue, on ne sait pas trop où on va. Si la saison reprend, on ne peut pas encore trop avancer sur la gestion des effectifs. Par contre, au niveau des agents, ça bouge un peu plus tôt que d’habitude, il y a quand même une forme d’anticipation. Notre quotidien est modifié, on a plus de temps. En tant que manager général de toute la section féminine, je travaille aussi sur le futur organigramme et le développement de la section féminine du DFCO. On n’a pas de cellule de recrutement comme certains clubs, alors je passe beaucoup de temps dessus. Pour le quotidien tactique, c’est lié à une éventuelle reprise, on verra»

L’entraînement des joueuses

Sandrine Soubeyrand : 

« Chacun a son point de vue, ses méthodes. Je veux surtout les savoir en bonne santé, et qu’elles ont des possibilités de s’entraîner individuellement, c’est le plus important. Pour le reste, elles-mêmes ne sont pas dans l’état d’esprit d’écoute et d’ouverture. Chacun se protège individuellement et parler de foot en ce moment est compliqué. Surtout que ça fait un mois et demi qu’elles ont arrêté, il doit y avoir un petit décrochage mental, donc je ne les embête pas trop. »

Sébastien Joseph (entraîneur Soyaux) : 

« Elles ont un programme à suivre sur le travail athlétique. On ne peut rien faire dans le cadre collectif, à part entretenir certains aspects techniques en leur demandant d’avoir une pratique avec ballon. Elles entretiennent leurs capacités aérobiques, leur force et puissance. Il faut permettre de limiter le risque de blessure à la reprise. Les filles sont au chômage partiel, alors on ne peut trop leur en demander. »

Sébastien Joseph Soyaux

David Fanzel : 

« Au début on faisait beaucoup de course en plus du travail physique de musculation, mais maintenant les longues sorties sont de plus en plus difficiles avec le confinement, on s’est adaptés. Certaines sont dans des appartements, à Paris, en province ou à l’étranger, c’est un peu compliqué. Chacune doit s’adapter à son matériel, son espace. J’ai les filles une fois par semaine individuellement pour discuter. Elles font beaucoup de travail de crossfit, de circuit training, elles travaillent dur. »

Yannick Chandioux Dijon

Yannick Chandioux : 

« On soumet aux joueuses la possibilité de s’entretenir chacune chez elles. Il n’y a pas d’obligation, puisqu’elles sont au chômage partiel. On propose et je suis persuadé qu’elles sont très sérieuses. Ça leur permet aussi de se vider la tête et de rester dans le sport. Elles sont demandeuses, alors on les accompagne, on est disponibles. Je garde un lien avec elles au téléphone ou par le groupe sur WhatsApp. »

L’état des joueuses

Sandrine Soubeyrand : 

« Elles sont inquiètes, j’imagine. On va devoir reprendre une activité qui ne sera pas sans risque à mon sens. Au départ c’est quand même un loisir, et je ne suis pas sûre que ce soit prioritaire par rapport à une vie et par rapport à la vie économique, même si cela me fait vivre et qu’il y a des emplois à la clé, il y a des choses plus importantes dans la société qui doivent être prioritaires. »

Frédéric Biancalani : 

« Je pense que tout le monde est inquiet. Chaque jour, il y a un nouveau discours partout dans le monde. Il y a une grosse part d’incertitude aujourd’hui, il faudra sortir le moins pire possible de cette crise et se projeter en fonction des décisions qui seront prises. »

Frédéric Biancalani Guingamp
@En Avant Guingamp

David Fanzel 

« Au début on ne pensait pas que ça allait durer aussi longtemps et que ce virus allait prendre une telle dangerosité. Tout le monde a été un peu submergé. Maintenant il y a une petite lueur où on se dit qu’on va peut-être reprendre, mais la santé est la plus importante dans tout ça. Si la date du 23 août se confirme pour la reprise, il faut les prévenir que la préparation de la saison sera plus longue. Il faut aussi rassurer les joueuses, même si personne ne sait comment va être la suite.»

Yannick Chandioux 

« Il y a une tendance à ne pas vouloir reprendre, mais quand on regarde bien, ce n’est pas 90% des joueuses non plus. Peut-être que ça changera dans les prochaines semaines »

Leave a Reply