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Les voix s’élèvent en Régional 1

Par , , 30/04/2020 10:00 juin 4th, 2020 No Comments
L’annulation par la FFF des barrages de montée en D2 fait monter au créneau les clubs de R1. Très actifs dans ce combat, les dirigeants d’Evreux et de Calais nous expliquent les raisons de leur mécontentement et nous détaillent leurs propositions. Avec en point d’orgue, le retour d’une D3.

Habituellement, six clubs accèdent à la D2 chaque année à l’issue d’une phase de barrages regroupant 24 clubs (les  2 clubs de D2 ayant fini au 10ème rang de leur poule, les 22 équipes en tête de leur poule régionale). Avec l’impossibilité d’effectuer ces barrages, la FFF a décidé qu’il y aurait quatre descentes en D2 (deux par poules) et quatres montées depuis les Ligues Auvergne Rhône-Alpes, Occitanie, Grand Est et Nouvelle Aquitaine. Ces ligues régionales comportant deux poules de R1, il appartiendra aux ligues de désigner l’équipe promue en D2.

Plusieurs clubs issus des autres ligues régionales, et en course pour les barrages de la D2 avant l’arrêt de la compétition, s’estiment lésés et ont décidé de lancer une pétition pour contester la décision de la FFF. Au premier rang, le club d’Évreux FC 27. « On a envoyé un courrier à la Fédération parce qu’on trouvait que les modes de calculs choisis, n’étaient pas sportifs, ne respectaient aucune valeur, aucune mixité, aucune éthique. Et on a lancé une pétition qui marche très très bien. » introduit l’entraîneur de la section féminine d’Evreux, Gilles Bienfait, avant de poursuivre : « Ça prend pas mal d’ampleur. On a eu 3600 signatures et ce n’est pas fini. »

Une décision vécue comme injuste et peu réfléchie

Les clubs signataires de la pétition estiment que la décision de privilégier quatre régions n’est pas équitable. Ce système de sélection des ligues pour la montée s’appuie sur un classement des 13 instances régionales en fonction du nombre d’équipes ayant évolué en Division 1 ou Division 2 lors des 3 dernières saisons et en fonction du pourcentage de licenciées Seniors Féminines par rapport au total de licenciés dans la ligue. À partir de ces calculs, la FFF a désigné les quatre premières ligues du classement pour la montée en D2. Chaque saison, c’est aussi ce système qui autorise 10 ligues à présenter deux équipes en barrages contre une pour les autres.

« Ce critère de taille de territoire ne doit pas être utilisé pour établir une hiérarchie d’importance quelconque entre les ligues. » souligne Jean-Paul Denez, dirigeant du Grand Calais Football Féminin. Alors que son équipe, en tête de sa poule, aurait pu prétendre à une accession en D2, il s’indigne également pour les autres clubs de R1 dans son cas. « Ils n’ont pas pu défendre leurs couleurs sur des critères sportifs puisque ce sont les régions qui ont été notées et non les clubs : c’est comme si on  annonce à un étudiant que c’est la moyenne de sa classe qui va déterminer si individuellement, il peut prétendre à un concours. » Le manque de réflexion autour de cette décision semble également susciter l’incompréhension. « On s’est dit qu’ils allaient nous proposer de réfléchir à une solution avec les techniciens, les clubs, mais à la place ils ont pris une décision en fin de réunion un samedi soir sans prendre le temps comme pour les garçons » s’indigne le dirigeant nordiste. Si les courriers envoyés et la pétition restent sans réponse, Gilles Bienfait imagine d’autres possibilités: « Vu l’appui des clubs, c’est fort possible qu’on ait un recours au CNOSF ».

Face à l’injustice, la proposition d’une 3ème poule en D2

En envoyant des courriers à la Fédération, les clubs ont souhaité proposer leur solution afin de clôturer cette saison de manière à satisfaire le plus grand nombre. « On veut que les 12 champions de ligues jouent dans une 3ème poule de D2 pendant une saison seulement. » avance Jean-Paul Denez. En discussion depuis la parution de la pétition, c’est la solution qui a fait consensus entre les différents clubs de R1 et qui est aujourd’hui portée auprès de la FFF et du COMEX. Le dirigeant calaisien ajoute que le but de cette 3ème poule exceptionnelle « est de rétablir les critères sportifs entre les barragistes pour cette saison » et donc de retrouver un semblant de justice dans l’accession à la D2.

En ligne de mire, le retour d’une D3

Cette 3ème poule éphémère verrait « s’affronter les champions de R1 pour déterminer les meilleurs qui resteront en D2 l’année suivante » tandis que les équipes n’ayant pas le niveaux de la D2 se retrouverait dans la D3 que les clubs de R1 espèrent voir renaître.

En effet, si aujourd’hui ils dénoncent la décision du COMEX,  les problématiques qui agitent la R1 sont beaucoup plus profondes. Ils comptent profiter de ce coup de projecteur pour initier un changement structurel. Un retour d’une D3 pour la saison 2021/2022 est largement souhaité. Il est question de retrouver une dynamique de développement du football féminin qui, en l’état, se trouve freiné par ce système « archaïque » de barrage pour reprendre les mots de Jean-Paul Denez. Pour lui, « cette pandémie a mis en lumière un problème structurel qui est là depuis des années et dont il était grand temps de parler ».

Le dirigeant s’indigne contre ces «barrages qui cassent la dynamique de progression du football féminin. Même si les clubs investissent pour augmenter le niveau des équipes en R1, la marche est trop importante avec la D2 et peu d’entre elles arrivent à monter. » Cet écart de niveau pèserait ainsi sur la motivation des joueuses.

À force d’échouer aux portes de la D2, certaines décident parfois d’arrêter le football car elles ont l’impression que « leurs efforts ne sont pas récompensés ». Jean-Paul Denez parle de « pyramide qui se resserre d’un seul coup » alors qu’il faudrait une augmentation de niveau plus progressive entre les divisions. Selon les clubs, le retour d’une  D3 , supprimée en 2010, « viendrait établir un troisième niveau fédéral qui réduirait l’écart de niveau et mettrait un échelon intermédiaire entre la D2 et la R1 ».

La D3 pour plus d’égalité ?

De plus, c’est l’inégalité entre le football masculin et féminin qui exaspère les clubs de R1. L’entraîneur d’Evreux, Gilles Bienfait illustre cette différence de traitement par un simple constat : « Chez les garçons, il y a des accessions pour tous ceux qui finissent premiers, c’est une exception du football féminin !  ».

La D3 serait aussi l’occasion pour les jeunes joueuses de faire leurs premières armes dans un niveau intermédiaire, comme peuvent le faire les jeunes joueurs dans les réserves des clubs professionnels en N2 ou en N3.