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L’ouverture vers l’international de la D1 s’accélère

Par 11/07/2020 09:00 février 22nd, 2021 No Comments
Ramona Bachmann Chelsea
@El Loko Foto
À l’heure où le football féminin dépasse les frontières, le nombre d’internationales en D1 s’accroît chaque année. Désireux de construire le meilleur effectif, plusieurs dirigeants ont choisi de miser sur des joueuses étrangères. Tentative d’explications.

Katja Snoeijs (Bordeaux), Ellie Carpenter (Lyon), Dominika Grabowska (Fleury) Adelina Engman (Montpellier), Ramona Bachmann (PSG) et bien d’autres, s’apprêtent à fouler les pelouses de D1 Arkema la saison prochaine. Toutes viennent de l’étranger et aucune n’a encore côtoyé les terrains français. Si  les internationales françaises Viviane Asseyi (Bayern) ou Sandie Toletti (Levante) prennent part à l’exode de joueuses tricolores vers d’autres championnats européens, une quinzaine de joueuses étrangères ont d’ores et déjà signé en France cet été. Et ce, alors que le mercato n’est pas encore bouclé. L’Équipière a cherché à comprendre cette vague massive de profils internationaux qui débarquent en France. 

Un championnat attractif pour trouver de la visibilité 

Si le développement à vitesse grand V d’autres championnats européens est réel, la D1 Arkema conserve une belle cote à l’international. « Le championnat français est le plus relevé. Il y a Lyon, le PSG, Montpellier, Bordeaux qui arrive. On a cette chance là en France d’être le football numéro un » explique David Fanzel sans oublier l’éternelle remise en question : « il faudra se professionnaliser et continuer à grandir » prévient le coach de Fleury.

En venant jouer le milieu de tableau à Fleury, les internationales venues renforcer le club de Pascal Bovis savent qu’elles seront sous le feu des projecteurs en France. « Quoi qu’il arrive, Lyon est la meilleure équipe au monde, ça donne envie. Je pense que les filles viennent en France pour jouer des matchs compliqués tous les week-ends. Elles veulent venir pour prouver qu’elles sont capables » poursuit David Fanzel. Jean-Louis Saez rejoint sur ce point l’ex-entraîneur messin. « Lyon et Paris sont deux des trois meilleures équipes européennes, forcément les joueuses veulent venir. Nous, avec le PSG et Bordeaux qui font les efforts, on veut proposer une concurrence à Lyon en allant chercher des joueuses de qualité » explique le directeur sportif du MHSC.

©photo : PPK. La polonaise Dominika Grabowska va poser ses valises à Fleury

L’expérience souvent préférée à la jeunesse 

Ambitieux de se pérenniser en D1, les clubs français doivent se rapprocher du fameux “niveau international” pour atteindre la première partie de tableau en championnat. Bien conscients qu’il leur sera difficile d’attirer une internationale française aguerrie, certains choisissent de se tourner vers des internationales européennes ayant connu plusieurs championnats et dont le vécu au plus haut niveau apportera un brin d’expérience au groupe. Jean-Louis Saez confirme : « Au début à Montpellier, les arrivées de Linda Sembrant et de Sofia Jakobsson ont pu amener un regard sur une autre culture, celle du travail. Avant d’être des footballeuses, elle étaient des athlètes. Souvent, les joueuses étrangères ont pu voyager, elles ont pu se construire, elles sont prêtes à venir en France » développe celui qui a coaché Montpellier entre 2013 et 2019 avant de prendre le poste de directeur sportif l’été dernier.

« Quand on fait un recrutement, on est là pour bonifier l’équipe, on ne peut pas faire jouer une jeune juste pour la faire jouer. Il faut qu’elle soit performante »

Alors que la formation continue à se développer en France, que les jeunes tricolores brillent à l’échelle internationale (ndlr : trois Euro U19 et une Coupe du monde U17 remportés en dix ans), celles qui parviennent à s’imposer en D1 dès le plus jeune âge se font rares. « Le fossé entre U19 et la D1 est énorme, même si j’ai parfois connue des exceptions comme avec Léa Khelifi ou Melvine Malard » note David Fanzel. Alors que Sonia Bompastor, Yannick Chandioux et Gilles Eyquem soulevaient récemment les problèmes autour de la post-formation, freinant les jeunes dans leur progression, l’arrivée massive de joueuses étrangères pourrait encore leur compliquer la tâche. Mais pour le dirigeant montpelliérain, cela doit au contraire « pousser les jeunes à progresser encore plus ». Il nuance aussi le nombre d’étrangères qui arrivent : « Elles restent largement  minoritaires en D1, il y a de la place pour les autres. On propulse quand même beaucoup de jeunes. Je prends les exemples de Inès Belloumou (19 ans), Marie Petiteau (18 ans), Maelys Mpome (17 ans) , Éloïse Sévenne (17 ans), Cyrielle Blanc (17 ans) à Montpellier. Mais quand on fait un recrutement, on est là pour bonifier l’équipe, on ne peut pas faire jouer une jeune juste pour la faire jouer. Il faut qu’elle soit performante » commente Jean-Louis Saez

jeunes U19 OL
@photo : Dominique Mallen. Les jeunes U19 de l’OL avant un match contre  l’OM

 

Si pour poursuivre ce travail sur la formation, le Montpelliérain opte pour un championnat U17 national et un modèle proche de celui des garçons, d’autres réclament la création d’un championnat des réserves U23 au plus vite, au risque de décourager les clubs à miser sur la formation, très coûteuse et loin d’être rentable financièrement.

« Beaucoup de jeunes cherchent du temps de jeu au plus haut niveau avant la fin de leur formation »

Le recrutement français plus coûteux ?

Une autre tendance se confirme ces dernières années. Les jeunes joueuses françaises coûtent cher et les négociations avec les agents sont parfois compliquées. C’est l’une des raisons cachées poussant les dirigeants à se tourner vers des joueuses scandinaves ou anglo-saxonnes, pour lesquelles les discussions avancent souvent plus vite. « Beaucoup de jeunes cherchent du temps de jeu au plus haut niveau avant la fin de leur formation, mais il faut les accompagner dans les études aussi, être sur le double projet. Or on ne peut pas les payer autant qu’une joueuse disponible à plein temps. Il faut leur laisser du temps pour éclore » soulève Jean-Louis Saez. Les salaires demandés par les représentants des joueuses françaises motivent certains dirigeants à aller voir ailleurs. « Il n’y a parfois pas beaucoup d’écart entre une internationale et une fille qui débute » conclut le dirigeant montpelliérain.  Ainsi, les clubs auront des arguments différents, mais la tendance à opter de plus en plus pour des joueuses étrangères se confirme. 

Il faudra dès lors trouver le juste équilibre entre le travail nécessaire sur la formation pour valoriser les profils français et l’apport de joueuses étrangères, capital pour l’évolution de la D1 Arkema. D’ici-là, Sara Björk Gunnarsdóttir (Lyon), Dominika Škorvánková (MHSC), Ashleigh Weerden (MHSC) , Anna Moorhouse (Bordeaux), Anja Sønstevold (Fleury), Charlotte Voll (PSG) pour ne citer qu’elles, auront à coeur de réussir leurs débuts en France. Rendez-vous le 5 septembre. 

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