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Madrid, capitale au second plan

Par 21/08/2022 10:09 No Comments
Atletico Rayo Vallecano @Atletico Madrid
©Atletico de Madrid
Si tous les projecteurs sont tournés vers la côte est de l’Espagne, sur le FC Barcelone, champion d’Europe en 2021, Madrid est un important vivier footballistique, désormais en plein renouvellement.

La saison dernière, et pour la troisième année consécutive, Madrid ne comptait pas moins de 4 représentants en Primera Iberdrola. Les Colchoneras de l’Atletico, les Merengues du Real, les Rayistas du Rayo Vallecano, trois clubs dont la section masculine évolue en Liga Santander étaient pensionnaires de l’élite espagnole féminine. À eux s’ajoutait un quatrième acteur, le club féminin du Madrid CFF. Ce dernier, à l’instar de l’Atletico, voyait aussi son équipe B fréquenter les pelouses de Reto Iberdrola, deuxième division nationale, faisant de Madrid un lieu stratégique du football espagnol.

Le Rayo Vallecano à jamais le premier

Créé il y a plus de trente ans, le championnat espagnol a connu douze vainqueurs. Parmi eux, l’Atletico a été le premier à ramener le trophée national dans la capitale. C’est à l’issue de la deuxième édition de la compétition en 1990, que le club alors nommé Atletico Villa de Madrid, a inscrit son nom au palmarès du football féminin espagnol.

Mais, après ce succès, il a fallu s’armer de patience pour voir la coupe à nouveau à Madrid puisque suivront presque 20 années avant que la capitale ne redevienne l’épicentre du royaume ibérique. Et ce n’est pas le premier vainqueur madrilène qui a été le protagoniste du retour de la gloire.

Si ce sont toujours les couleurs rouge et blanc qui ont été associées au champion 2009, c’est le Rayo Vallecano, équipe résidant à Vallecas au sud-est de la ville, qui a cette fois attiré les projecteurs. Après avoir fait revenir le trophée dans la capitale, le Rayo a assis sa domination au début des années 2010. Sacrée championne en 2009, 2010 et 2011, l’équipe a été l’instigatrice du premier règne madrilène en Espagne.

Un décennie aux couleurs rojiblancas

Pourtant, après sa mainmise sur le pays pendant trois exercices, le Rayo Vallecano a petit à petit disparu des radars, ne figurant déjà plus parmi les trois premiers la saison suivant son dernier titre. Au contraire, l’Atletico est réapparu au sommet de l’élite, 23 ans après son premier trophée. Les Colchoneras sont redevenues l’équipe phare de la capitale, accédant au podium chaque année à partir de la saison 2012-2013.

Alors référence de la ville, il ne manquait plus que la concrétisation à l’échelle nationale pour l’Atletico. En 2017, sous l’impulsion de Jenni Hermoso déjà titrée avec la Rayo Vallecano en 2011 et auteure de 35 buts, l’équipe remporte le trophée de championne d’Espagne. 27 ans après leur premier titre, les Madrilènes ont devancé le FC Barcelone, récompensé de 2012 à 2015. La saison suivante, le même schéma s’est répété. Le Barça a de nouveau terminé en tant que dauphin de l’Atletico qui, en s’adjugeant un deuxième championnat consécutif, semblait sur la voie pour tenter de prendre à Barcelone le statut d’épicentre du football féminin espagnol.

En dehors des terrains, c’est aussi le club rojiblanco qui s’est fait remarquer. Champion en titre, l’Atletico de Madrid a accueilli le 17 mars 2019 son rival catalan au Wanda Metropolitano, enceinte flambant neuve du club d’une capacité de plus de 68000 places. Avec 60 739 spectateurs présents a été établi le record mondial d’affluence pour un match de football féminin entre clubs. Si Barcelone s’est imposé lors de ce Clasico (0-2), c’est l’Atletico qui, pour la troisième année consécutive, a remporté le championnat espagnol à la fin de la saison.

L’Europe à conquérir

Malgré ces succès et le vivier de clubs de la capitale, Madrid n’occupe qu’un second rôle sur le continent. Premier à faire l’expérience de l’Europe, le Rayo Vallecano s’est trouvé en difficulté au-delà des frontières espagnoles. Éliminé en 16es de finale pour son initiation en Ligue des champions, le Rayo a amélioré sa performance les deux saisons suivantes en atteignant les 8es de finale, se faisant barrer la route par l’équipe anglaise d’Arsenal.

Wolfsburg - Atletico LDC 2018-2019 @Atletico de Madrid
Wolfsburg – Atletico, Ligue des champions 2018-2019 ©Atletico de Madrid

L’Atlético n’a lui aussi jamais percé en Europe. Pour sa première participation à la compétition continentale en 2015, le club n’a rien pu faire face à l’Olympique Lyonnais, déjà deux fois vainqueur, perdant sur le score cumulé de 9 à 1. Pour ses débuts avec le statut de champion national, en 2017, la sentence a même été pire. Tombé dès les 16es de finale sur Wolfsburg, lui aussi double champion d’Europe, l’Atletico a été largement battu 15-2. La campagne suivante n’a guère été plus brillante puisque Madrid a à nouveau lourdement chuté face au club allemand en 8es (10-0).

Après trois apparitions, l’équipe rojiblanca a délivré sa meilleure performance sur la scène européenne lors du Final 8 de 2020. Le club s’est incliné sur la plus petite des marges en quart de finale face à Barcelone. L’année suivante, c’est Chelsea qui a disposé des Espagnoles lors des 8es. Et l’éclaircie de 2020 a laissé place à un gros orage dans les rangs de l’Atletico. Non-présent sur le podium espagnol en 2021 et en 2022, le club manquera pour la deuxième année consécutive la compétition européenne cette saison.

À l’inverse, la deuxième ville du pays a eu l’honneur d’inscrire son nom dans l’histoire continentale en premier. Champion depuis que l’Atletico a laissé son trône après la saison 2018-2019, le FC Barcelone est devenu en 2021 le premier club espagnol à ramener le trophée européen sur le sol ibérique. Madrid n’a pas encore réussi à s’adjuger une place de choix sur la scène européenne mais, alors que les tentatives du Rayo Vallecano et de l’Atletico ont échoué, un nouvel acteur réussira peut-être à faire de la capitale une place incontournable sur le continent.

Un nouveau maître de la ville ?

Alors que nombre des plus grands clubs voient leurs sections féminines et masculines concourir en Europe, un acteur incontournable manquait encore à l’appel il y a peu. Le 1er juillet 2020, le Real Madrid rachetait le CD Tacón, pensionnaire de première division, donnant ainsi tardivement naissance à une section féminine au sein du club dont l’équipe masculine est la plus titrée d’Europe. Pourtant pour leur exercice inaugural, les Merengues ont réalisé une performance notable. En terminant sur la dernière marche du podium, le Real a obtenu sa première qualification pour la Ligue des champions. La saison suivante, les Madrilènes ont rattrapé leur début poussif pour à nouveau s’adjuger une place en Europe.

©Real Madrid

Alors que le Real a réussi ses deux derniers exercices, le voisin rojiblanco a en parallèle fait les frais de vents contraires. Comme le Rayo Vallecano presque dix ans plus tôt, l’Atletico a disparu du podium à l’issue de l’exercice 2020-2021. Privées de Coupe d’Europe la saison passée, les Colchoneras n’ont pas réussi à relever la barre. Pour la deuxième saison consécutive, le quadruple champion d’Espagne s’est fait barrer la route du podium et, par conséquent, de l’Europe.

Premier champion trois saisons consécutives, le Rayo Vallecano a lui connu un destin bien plus dramatique. En milieu de tableau depuis plusieurs années, le club n’a pas pu éviter la relégation à la fin de la saison passée. La gestion et l’investissement du club dans la section féminine laissent à penser que le Rayo est désormais voué à fouler les pelouses de Reto Iberdrola et posent des questions sur l’avenir de l’équipe et ses possibilités de résilience au sommet de l’élite espagnole.

Ses voisins vivant une période difficile, le nouveau-né merengue semble pouvoir devenir la figure du football féminin dans la capitale espagnole. Si Barcelone est incontestablement le chef de file ibérique sur le continent, le Real va-t-il se développer jusqu’à devenir une référence en Espagne et en Europe à l’instar de sa section masculine ? L’Atletico va-t-il revenir au niveau pour que Madrid compte bientôt deux représentants sur les terrains continentaux ? L’exercice 2022-2023 devrait apporter des éclaircissements à ces questions.

En attendant, le Real, seul représentant madrilène en Ligue des champions cette saison, affrontera ce soir Manchester City. À la clé pour le club, qui a accueilli de nouveaux renforts cet été dont les Françaises Naomie Feller et Sandie Toletti, une place pour le deuxième tour préliminaire, dernière étape avant de retrouver la phase de groupes.

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