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(1/4) Le football féminin en Outre-Mer: La Réunion Lé La, cap sur l’île intense

Par 09/05/2020 09:58 No Comments
©photo : Hosman Gangate
L’île natale de Valérie Gauvin (Montpellier HSC) et de Melvine Malard (OL/ FC Fleury) est, avec plus 1600 joueuses, le territoire ultramarin qui détient le plus de licenciées à son actif. Véritable terre de football, La Réunion tente inlassablement de donner de l’élan au football féminin. L’Equipière a échangé avec Hosman Gangate, conseiller technique régional (CTR), pour dresser un état des lieux.

Si La Réunion est bien connue pour avoir formé Dimitri Payet, Guillaume Hoarau et autres Zacharie Boucher, elle est également une terre de football féminin. 

Le ballon de la Fournaise

Trois championnats féminins sont disputés sur l’île : Régional 1, départemental et U16, chacun étant composé de douze équipes. La saison, qui se déroule entre avril à novembre, coïncide peu ou prou avec la saison sèche. « Les équipes de régionale 1 ont l’obligation d’avoir une équipe U16, donc 12 équipes également. Au niveau départemental, il n’y a pas d’obligation mais la plupart des clubs ont des équipes U16 » précise le conseiller technique régional.

Lorsque l’on aborde la question de l’intérêt pour les joueuses de disputer un championnat grâce auquel elles ne pourront pas accéder à l’échelon supérieur, celui-ci est formel : « C’est bien le problème. Ce championnat a le mérite d’exister pour permettre à celles qui souhaitent jouer en compétition de le faire. C’est un premier accomplissement. Mais les perspectives d’avenir sont vraiment insuffisantes. On milite au niveau de la commission de la ligue pour que nos clubs puissent participer à la Coupe de France » déplore-t-il, malgré ses 1600 licenciées.

« On s’est dit qu’il fallait passer par la pré-formation à La Réunion pour donner à nos talents plus de chances de pouvoir accéder au pôle en métropole »

La rentrée 2019 marque un véritable tournant : le centre de pré-formation de Saint- Joseph voit le jour. Une vingtaine de jeunes filles de 13 à 15 ans sont accueillies et participent à plusieurs entraînements par semaine. Un projet pensé depuis 2012, qui a été validé en 2018 par la DTN. 

Auparavant, le Pôle espoir de la Plaine de Cafres (ndlr : Chelsea Payet, joueuse des U19 du Paris FC, y a été pensionnaire) accueillait deux jeunes par catégorie d’âge. Cette nouvelle initiative offre à un plus grand nombre de joueuses la possibilité d’être formées au plus haut niveau. 

« On a ensuite entrepris des démarches au niveau local. Le collège Achille Grondin accueille déjà les pensionnaires du centre de formation de lutte, une structure de haut niveau. Ils ont été ravis de nous accueillir. On a la chance d’avoir à cinq minutes à pied du collège, le Lycée agricole qui dispose d’un internat pour les filles, et un terrain de foot dans l’enceinte du lycée où l’on effectue 5 à 6 séances par semaine. On bénéficie d’un aménagement du temps scolaire : les mardi et jeudi matin nous avons des entraînements pendant les heures de cours » se réjouit le CTR.

L’objectif de la structure est clair : offrir aux jeunes la possibilité d’accéder aux pôles espoirs en métropole. Pour ce faire, la sélection se veut scrupuleuse. « On les repère au festival U13. Ce sont des filles qui sont en 6ème, que l’on suit par la suite pendant deux ans pour bien les connaître et discuter avec les parents. Celles qui ont le plus de potentiel et de volonté intégreront notre structure » ajoute-t-il.

De quoi encourager l’assiduité des licenciées, dont les 2/3 sont âgées de moins de 18 ans, dans une île où la popularité du football féminin ne cesse de croître.

Un engouement prononcé pour le football féminin

En janvier 2017, les Bleues d’Olivier Echouafni ont pour la première fois disputé une rencontre internationale en Outre-Mer. Contre l’Afrique du Sud, les tricolores s’imposent facilement 2 buts à 0. Mais le résultat était ailleurs ce soir-là. Près de 8200 supporters étaient réunis au stade Jean Ivoula de Saint-Denis, dont le record d’affluence dépasse de peu les 10 000 spectateurs, pour encourager leur équipe.  

« Ce match en 2017 est un vrai marqueur. Ça démontre un intérêt, qui est lié aussi au fait que ce soit l’Équipe de France, à laquelle les gens s’intéressent quelle que soit la catégorie. Ce n’était pas de la simple curiosité, le gens suivent l’équipe de France depuis la coupe du Monde en Allemagne. Les résultats de l’Équipe de France et la présence de Valérie Gauvin y contribuent » affirme-t-il. 

Une sélection locale en reconstruction

Si les tricolores ont pour la première fois atterri à Saint-Denis en 2017, une autre sélection a pourtant évolué dans cette terre volcanique. En 2000, la sélection de La Réunion réussit l’exploit de se qualifier pour la Coupe d’Afrique des Nations en éliminant l’Egypte. Depuis, cette équipe, à laquelle la ligue tente de redonner de l’élan, vit par intermittence. 

« Il y eu un long moment de sommeil, c’est compliqué financièrement pour La Réunion de participer aux compétitions africaines. En 2011 on l’a relancée avec pour objectif les jeux des îles de l’Océan Indien en 2015 à domicile. Depuis 1979, c’était la première fois qu’il y avait une parité totale. On a travaillé là-dessus. Depuis 2015, rien ne s’est passé. On est en train de tenter de la relancer. On a un projet avec l’Union des fédérations de football de l’Océan Indien qui est d’avoir une compétition au mois de décembre à Madagascar. Madagascar a une équipe très forte. Certaines pourraient au minimum évoluer en D2, voire D1 » déclare Hosman Gangate, certain du potentiel existant.  

Une ambition sous-régionale

Focalisées sur le développement de la pratique locale, les équipes techniques n’en sont pas moins tournées vers les autres territoires, qu’ils soient voisins ou ultramarins.

« Avec Mayotte, en 2012, on a mis en place une étroite collaboration. On travaille ensemble sur les sélections de jeunes. Les inter-ligues régionales ont lieu là-bas au mois de mars. Même avant cela, on avait deux ou trois mahoraises dans la sélection de La Réunion pour aller en métropole pour disputer la Coupe nationale inter-ligues. On a même accueilli Oriane Jean-François (ndlr : Championne d’Europe U19) parce qu’il n’y avait pas de sélection de la Guyane à l’époque » relate-t-il, alors qu’il espère parallèlement créer un tournoi U17 ainsi qu’un collectif U18 de l’Océan Indien, pour effectuer des tournées en France métropolitaine.

Ambitieuse et en perpétuelle quête de nouvelles initiatives, l’« île intense » a vraisemblablement de beaux jours de football devant elle.