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Parole aux supporters : la belle histoire des Bordelaises et des Girondins d’Île-de-France

Par 27/07/2020 18:13 février 22nd, 2021 No Comments
Bordeaux & Ultras
©MBIDF
Chaque lundi, l’Équipière donne la parole aux supporters. Aujourd’hui, rencontre avec le groupe des Marines et Blanc Île-de-France, connus et reconnus dans le football féminin français pour leur soutien aux Girondines.

8 novembre 2015 à Issy-les-Moulineaux. C’est le début d’une belle histoire d’amour entre un groupe de supporters girondins -issu d’Île-de-France-, et leur équipe féminine. Créée en 2003, l’association des Marines et Blancs d’Île-de-France (MBIDF) regroupe en fonction des années entre 150 et 250 adhérents qui suivent les équipes féminine et masculine des Girondins de Bordeaux. Composée essentiellement de supporters franciliens, certains fans viennent de la région centre ou nord. Anthony et Corentin, deux membres du bureau reviennent pour l’Équipière sur l’histoire de ce lien étroit entre joueuses et supporters, débutée il y a cinq ans maintenant. En détaillant leur organisation et leur quotidien, le vice-président et le secrétaire général des MBIDF en ont profité pour explorer des pistes de progrès et de développement du supportérisme dans le football féminin. 

« On a été important dans la montée » 


 « C’était l’année de la montée, les filles étaient encore en D2. On allait voir la CFA régulièrement en région parisienne, on s’est dit qu’on allait organiser un événement pour les féminines. » Cette saison-là, les Girondins de Bordeaux viennent d’aspirer l’Etoile Sportive Blanquefortaise, pour permettre à la section féminine bordelaise de démarrer en D2. « C’était dans un espèce de grand parc avec un terrain synthétique. On avait pris un pique-nique tous ensemble. On assiste au début de match, on met un peu l’ambiance. Sur le terrain, on a vu que ça avait galvanisé les joueuses ». Résultat, Andréa Lardez et ses coéquipières remportent la partie haut la main, 4 buts à 0. Une trentaine de MBIDF se prennent alors de passion pour cette équipe et décident de les suivre en D2. Fin mai lors de la dernière journée, l’équipe girondine est au coude à coude avec Yzeure pour jouer la montée en D1. Il faut gagner pour accéder à l’élite. Quarante membres de l’association de supporters font le déplacement à Saint-Malo pour animer les tribunes et exalter les troupes. Victoire (2-1) pour les joueuses d’Anthony Vigneron et de Théodore Genoux, direction la D1. La bataille, les Bordelaises l’ont gagnée sur le terrain, mais l’apport des supporters a été capital. « Pour en avoir parlé avec les filles et le staff, on a contribué à leur performance, on a été importants dans la montée. Et nous, on a pu retrouver des émotions qu’on avait perdues depuis très très longtemps », assure l’un des cadres de l’association. 

« On a retrouvé des valeurs proches des nôtres » 

Le groupe de supporters qui « ne fait aucune différence entre les féminines et les masculins » a continué à se déplacer pour encourager ses joueuses, avec des déplacements aux quatre coins de la France, malgré une vie professionnelle intense à côté de leur passion pour le football. « On ne peut pas proposer tous les déplacements. On fait surtout les grosses affiches et les matchs en région parisienne. » Les déplacements des MBIDF se font en voiture et les coûts du voyage sont divisés par le nombre de supporters présents. Une adhésion de quinze euros sur l’année permet l’organisation d’événements à côté des déplacements traditionnels. « On a aussi créé des tarifs pour les sans-emplois, les étudiants, c’est accessible pour tous » précise l’un des membres du bureau. 


En s’engageant auprès des féminines, Anthony et Corentin ont retrouvé un football populaire qu’ils affectionnent particulièrement. « Ça nous a permis de retrouver des valeurs proches de notre association. On avait en face de nous des filles qui n’étaient pas beaucoup payées, mais qui étaient fières de porter le maillot des Girondins, elle prenaient le temps de discuter avec nous à la fin des matchs. Les voir se défoncer alors qu’elles bossaient à côté, on a tout de suite accroché. » Paradoxalement, les Bordelaises sont aujourd’hui davantage soutenues en Île-de-France que dans leur base. Si le groupe des Ultras a fait quelques déplacement sur des affiches historiques comme Marseille ou Soyaux, les MBIDF sont à ce jour, les seuls à suivre régulièrement les féminines et leur localisation ne permet pas leur présence sur tous les matchs à domicile. « À Bordeaux, il n’y a pas d’ambiance, aucune, c’est difficile pour les joueuses.  L’année dernière, on avait fait le déplacement pour le match contre Lyon, on l’avait très mal vécu. Les Lyonnais s’étaient mis sur les deux extrémités de la tribune. Nous étions au milieu, mais les gens ne chantaient pas. Quand vous êtes à la maison, que vous entendez des chants de supporters lyonnais, mentalement c’est compliqué… »

En cherchant à organiser des levers de rideaux, « ils se trompent de cible » 

Au moment d’évoquer les pistes de développement du supportérisme dans les stades de D1, les deux hommes réfutent le principe du lever de rideau. « Ils se trompent de cible. Ils veulent attirer les supporters des garçons, alors qu’une grosse partie d’entre eux restera contre. Il faut aller chercher les familles avec des prix attractifs. Pourquoi ne pas organiser des barbecues, des événements sympas à côté, comme ça peut se faire sur les fan zones. »  Corentin et Anthony rejoignent donc les propos de la Présidente des OL Ang’Elles Isabelle Bernard, dans le premier épisode de “Parole aux Supporters”. Pour eux, il ne faut pas copier le modèle masculin pour rassembler du monde dans les stades. « On a la chance d’avoir des joueuses accessibles, il faut maintenir cela et créer une ambiance globale autour du match, garder un fort esprit de convivialité pour que les gens aient envie d’y retourner. » Tout comme les supporters lyonnais, les MBIDF apprécient cette proximité avec les joueuses et l’ambiance des stades de D1. « Un stade comme Fleury, on accroche tous, on est hyper bien reçus, les gens sont contents de nous recevoir. On ne va pas se cacher, le football féminin n’attire pas encore, un stade de mille places suffit amplement pour le moment. On est hyper fans des petits stades hyper populaires, comme à Saint-Brieuc ou Albi. C’est différent de ce qu’on peut avoir au PSG par exemple, avec un encadrement, une certaine défiance, on ne veut pas retrouver ça dans le football féminin », expliquent les représentants des MBIDF avant de conclure sur leur place dans le le football féminin : « Malheureusement, les supporters dans le football, on est perçu comme des gens violents, sans respect. Là on a trouvé quelque chose de différent, les gens sont contents de nous voir, de nous laisser libres. On est en complète osmose ». Pour les demi-finales de Coupe de France contre le PSG, les Bordelaises pourront compter sur leurs fervents supporters, qui seront présents dimanche à Libourne.