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Parole aux supporters : OL Ang’Elles, le mode d’emploi des précurseurs

Par 20/07/2020 12:30 No Comments
Isabelle Bernard
@Dominique Mallen
À l’initiative de la création du groupe de supporters lyonnais des OL Ang’Elles en 2011, Isabelle Bernard a créé une association qui réunit aujourd’hui près de 300 adhérents. Entretien avec l’une des précurseurs du supportérisme dans le football féminin.

« Isabelle Bernard, racontez-nous comment est né OL Ang’Elles ? 

J’étais allée à un match à Arsenal et j’avais dit au Président Aulas qu’il manquait de supporters, c’était triste, dommage, donc il m’a donné la mission de créer un club. On a lancé un sondage sur OLweb pour choisir le nom de l’association. C’est vraiment l’OL qui a eu envie de créer un club de supporters pour les filles. Je voulais organiser quelque chose pour que si les gens aient envie de se déplacer, ils puissent le faire. On a créé l’association en juin 2011 et les premiers adhérents sont arrivés en septembre.

Vous avez mis en place des abonnements? 

Non il n’y a pas d’abonnement comme chez les garçons, parce qu’il n’y a pas de borne dans les stades féminins, on ne peut pas avoir de carte d’abonnement à cause de ça. Mais on a des adhérents, on était à 300 la saison dernière. On verra ce que ça donne cette saison avec le Covid, les gens sont un peu dans l’inconnu.

Qu’est-ce que vous aimez dans cet engagement?

Pour les supporters et les fans de foot, ce qui est formidable c’est la proximité avec les joueuses. Ils vivent au coeur de leur passion. Dans le foot masculin, ce n’est pas le cas. Les supporters ont le sentiment de faire partie de l’engouement et de l’évolution de ce sport qui les passionne, ça a un côté très sympa. 

Pour quelles raisons ça ne prend pas vraiment ailleurs? 

La création des OL Ang’Elles a entraîné celle des France Ang’Elles, groupe de supporters qui n’a rien à voir avec nous, mais ça a permis aux Angelles de devenir le nom générique des clubs de fans du football féminin, bien différents dans les consignes et les comportements des kops des garçons. À un moment donné, j’étais entrée en contact avec des supporters de Metz pour qu’ils suivent le mouvement et je leur avais proposé de les aider pour le début. Il y avait aussi le Kop’cinelle à Guingamp, c’était très sympa mais il a disparu malheureusement.

OL Ang'Elles
@Dominique Mallen

« Je pense que si le football féminin veut trop ressembler au football masculin, ça ne marchera pas. »

Mais pourquoi l’engouement ne décolle pas? 

Il faut qu’il y ait des stades qui ressemblent à des stades avec des tribunes qui soient correctes. Même à Lyon, on n’a qu’une seule tribune, on ne peut pas chanter, on n’a pas le droit aux tambours. Parfois, il y a des pelouses, ce sont des champs de patates…

Cette proximité avec les joueuses existe parce qu’il y a peu de supporters. N’est-elle donc pas paradoxal avec le développement du supportérisme dans le football féminin?

Mon sentiment chez OL Ang’Elles, c’est que les supporters sont heureux de faire partie de quelque chose qui va monter, d’avoir leur rôle à jouer dans la dynamique de faire connaître ce sport, d’être en relation avec les joueuses et qu’elles les remercient. Ils ont d’ailleurs souffert de ne plus pouvoir aller à tous les entraînements. Après, ils aiment la qualité du football, à Lyon on est vraiment gâtés.

Mais en attirant plusieurs milliers de supporters dans les stades, cette relation privilégiée disparaîtrait? Pourtant, c’est l’objectif d’avoir des grands stades pleins…

Je pense que si le football féminin veut trop ressembler au football masculin, ça ne marchera pas. On deviendra jamais aussi important. On continuera à jouer dans des petits stades, 3000 ou 5000 personnes ce serait l’idéal. Tout le temps, il y aura une ambiance différente dans le football féminin.

Comment avez-vous fait des OL Ang’Elles le plus grand groupe de supporters?

Je maintiens une ambiance conviviale. On a un journal qui sort une fois par mois où on relate tout ce qu’on a fait, on essaie de créer des manifestations liées au football mais pas uniquement autour d’un stade. On anticipe avec tous les clubs adverses, on accueille leurs supporters avant et après les rencontres. Tout ce qui est relationnel, c’est important. Dans les stades, comme il y a beaucoup de parents d’enfants, on fait des jeux concours parfois. Je veux que ce soit une association amicale et passionnée.

Financièrement, ça fonctionne comment? 

Les 300 adhésions, ça nous permet d’encaisser 3000 ou 4000 euros par an. C’est entre quinze et douze euros pour adhérer, il y a aussi des prix pour les familles. On peut organiser pas mal de choses. On fait des déplacements à perte parfois même. Plus on est et plus on peut faire des choses, au début je me souviens qu’à dix ou quinze c’était compliqué. Après évidemment, les frais de déplacements sont à la charge des supporters. Quand les gens adhèrent, ils peuvent aller à tous les matchs, partout dans le monde. On est même allé au Canada.

« Il faut trouver des gens passionnés qui ont envie d’y consacrer du temps. Il faut qu’ils fassent ça pour que les gens soient heureux d’aller voir un match. »

Qu’est ce qui était compliqué, quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées?

La difficulté, ça a été de trouver comment faire des déplacements pas trop chers. Nous n’étions pas assez pour prendre un car, donc on prend des mini-bus. Mais on a voulu structurer tout ça, une bande d’amis aurait pu prendre simplement une voiture et se débrouiller. Mon rêve serait qu’on soit suffisamment nombreux pour être sûrs d’avoir au moins 40 personnes qui se déplacent à chaque fois pour pouvoir louer un car. En moyenne à l’extérieur, il y a environ 30 personnes qui se déplacent pour le moment. Si on avait 400 adhérents, on pourrait y arriver je pense.

Quels conseils donnez-vous aux autres clubs pour réussir ? 

Il faut trouver des gens passionnés qui ont envie d’y consacrer du temps. Il faut qu’ils fassent ça pour que les gens soient heureux d’aller voir un match. C’est comme une auberge espagnole, avoir du plaisir à faire plaisir aux autres et on en retire autant qu’on en donne. On avance au rythme où on peut avancer, on n’est pas obligé d’être nombreux, au début on faisait que quelques déplacements locaux. Il faut mouiller la chemise, appeler les autres clubs, on ne fait pas ça sur un claquement doigt. Tout démarrer de zéro, c’est compliqué. 

Vous allez quitter la présidence de l’Association, mais qu’est ce qui vous anime pour la suite?

J’ai envie de pouvoir continuer à organiser des déplacements ouverts à tout le monde. Les déplacements en Europe ça marche super bien. Maintenant je suis rodée sur l’organisation on fait des packs tout compris, on reste quelques jours pour visiter. Ce qui est formidable, c’est quand on va dans les stades allemands. Là-bas, les infrastructures sont tops. »