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Parole aux supporters : Montpellier, un club historique qui n’attire pas les foules

Par 11/08/2020 08:30 No Comments
Kop clapas MHSC
 ©MHSC
Club historique du football féminin depuis le début des années 2000, le MHSC souffre  pourtant de l’une des pires affluences de D1. Deux supporters montpelliérains se sont confiés à l’Équipière pour tenter de comprendre ce manque d’engouement en terre pailladine et explorer les pistes de développement.

Chants, tambours, tifos… Depuis 2015, le groupe de supporters des Kop Clapas anime les -petites- tribunes du terrain de Mama Ouatarra (ndlr : stade des féminines de Montpellier). La vingtaine de membres assidus de l’association des supporters font désormais partie des incontournables de ce complexe de Grammont. « Je leur tire un grand coup de chapeau, heureusement qu’ils sont là », rappelle Maxime, l’administrateur de MHSC OnAir et spectateur régulier des féminines. 

Camille Abily, Sonia Bompastor, Hoda Lattaf, Élodie Thomis, Marion Torrent, Sakina Karchaoui : nombreuses sont les joueuses emblématiques passées par l’Hérault. Dans le même temps, Montpellier a remporté la Coupe de France à trois reprises et a terminé deux fois champion et quatre fois vice-champion de France. Louis Nicollin a fait du MHSC féminin l’une des meilleures équipes de l’Hexagone. Mais à l’heure où le football féminin gagne en exposition, les supporters ne se ruent toujours pas au stade et les gradins restent toujours aussi parsemés. Si on met de côté les affiches contre Paris et Lyon, la barre des 200 spectateurs est rarement franchie et les matchs à domicile contre ces équipes ne font en moyenne qu’un millier d’entrées. 

Créé par deux frères, le Kop Clapas a entrepris il y a cinq ans la lourde tâche de réveiller Grammont. « On a des accords avec le MHSC pour avoir certains avantages, comme pour les tifos par exemple. Bien-sûr, on est complètement indépendants, on n’a jamais rien fait en partenariat avec le club », raconte Steeven, vice-président du groupe. Depuis, les Clapas manquent rarement un match à domicile et se déplacent régulièrement pour suivre leurs féminines sur les autres pelouses de France et d’Europe (Ligue des Champions 2018). Pour les joueuses, leur soutien est forcément précieux. Mais à la fin du confinement, le 11 mai dernier, l’Association a annoncé sa mise en sommeil (ndlr : ils n’ont pas souhaité nous en expliquer les raisons) ; et nul ne sait s’ils reprendront leurs activités à la rentrée. Une mauvaise nouvelle de plus pour le club.

« Pas d’élan populaire à Montpellier » 

Maxime, du MHSC OnAir, propose plusieurs explications : « Chez les garçons, on a l’une des pires affluences de L1, il n’y a pas d’élan populaire à Montpellier. On n’est pas Lens ou Saint-Étienne, le MHSC est un club qui date de 1974, on est l’un des clubs les plus jeunes. La diversité des sports à Montpellier n’aide pas non plus : le MHR féminin et le Basket féminin excellent. Chez les masculins, entre le Handball, le Water-Polo, le Volley et le Rugby… » Par ailleurs, depuis la diffusion de la D1 sur Canal+, la grande majorité des matchs se joue le samedi -souvent quelques heures avant ceux de l’équipe masculine- ce qui n’arrange pas vraiment les supporters qui aimeraient venir voir Marion Torrent et ses coéquipières. 

Au moment d’évoquer le possible intérêt des supporters issus du football masculin, Steeven voit un autre frein au développement du supportérisme des Pailladines : « Certains seraient intéressés pour venir, mais ce n’est vraiment pas attrayant pour eux. Les abonnés de la Mosson (ndlr : stade l’équipe masculine) doivent payer leur place pour aller voir les féminines. » Si le vice-président du Kop Clapas affirme que le MHSC fait ce qu’il peut pour attirer du monde, il en profite pour glisser une petite demande à son club : « Mettre en place des abonnements, ce serait bien, on les réclame depuis deux, trois ans. Ils ne veulent pas parce que ça coûterait trop d’argent mais ça pourrait fidéliser plus de monde. » Mais comment attirer plus de curieux ? Quelle cible viser ? Les deux supporters donnent leur avis.

Le paradoxe de l’ambiance rustique appréciée des supporters

« Le cliché comme quoi une femme n’a rien à faire sur un terrain de foot est encore présent », avance Steven. Le manque d’animation et les petits stades sans tribune ne renvoient pas non plus la meilleure image de la discipline. Pourtant, force est de constater que les supporters qui viennent voir ce spectacle apprécient cette ambiance à part. Steeven ne s’en cache pas, même s’il reconnaît que ce n’est pas l’idéal pour les perspectives de développement de la discipline : « J’aime bien les petits terrains, je ne suis pas du genre foot-business, mais pour un supporter lambda, ce n’est pas forcément attrayant. » Ce sentiment crée la même forme de paradoxe chez Maxime : « J’adore ça, mais pour le développement du football féminin, il faudrait trouver des stades dimensionnés à la capacité de leur audience. On pourrait viser 10 000 places. » Encore faut-il trouver le nouveau public qui remplirait ces stades, s’ils voyaient le jour. « Je pense qu’il faut aller chercher du côté des garçons, même si mon avis ne sera peut-être pas partagé. Il faut aller chercher de la passion, des supporters qui chantent pour transcender les joueuses. Après les victoires, elles vont directement voir le Kop. Quand les Ultras viennent au stade, elles ont le smile jusqu’aux oreilles. Il n’y a qu’à regarder Jean-Bouin avec le PSG. » conclut Maxime.