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Sébastien Joseph : « J’aimerais profiter d’être à la Fédération pour découvrir le niveau international »

Par 28/01/2021 10:00 février 22nd, 2021 No Comments
Sebastien Joseph Soyaux
Sébastien Joseph lorsqu’il était encore l’entraîneur de l’ASJ Soyaux –  ©Pierrick Chassine
Trois mois après sa démission de son poste d’entraîneur de l’ASJ Soyaux, Sébastien Joseph a longuement évoqué ses projets de carrière et ses missions actuelles au sein de la Ligue Méditerranée. Il revient aussi sur les relations compliquées qu’il a entretenues avec ses anciens dirigeants de Soyaux.

« Sébastien Joseph, vous avez quitté Soyaux il y a trois mois, quelles sont vos nouvelles missions à la FFF ? 

J’ai en charge le développement du plan de performance fédéral (PPF, ndlr). Ce sont toutes les actions de développement de la formation de cadres, le développement des détections sportives et tout ce qui est football à 11 des U14 jusqu’aux séniors.

Cela concerne-t-il également le football féminin pour lequel vous avez une réelle expertise ?

Au niveau de la Ligue, je serai en charge du PPF féminin sur toute la région PACA, avec le suivi de la détection sportive, les sélections régionales. Je commencerai en septembre. 

Après avoir longtemps été entraîneur, le banc vous manque-t-il ? 

Avec cette mission, j’ai la chance de pouvoir faire beaucoup de séances d’entraînement quasiment chaque semaine pour aller travailler avec les jeunes dans différents clubs. On met en place des méthodologies d’entraînement de la FFF. Après, je ne travaille pas avec un groupe au quotidien, il n’y a pas ce suivi qu’on a en club. Et puis en ce moment, il n’y a pas de compétition, alors dans nos missions il y a des choses qu’on ne peut pas mettre en place…

«  Si je devais retrouver un club, ce serait un club professionnel, je pense avoir fait le tour des clubs amateurs »

Retrouver un poste d’entraîneur, c’est quelque chose que vous gardez en tête ?

Je me sens bien à la Fédération, j’apprécie les missions qui me sont confiées. On est dans un contexte qui est tellement compliqué, où il n’y a que la D1 qui continue. Si j’avais accepté la proposition de Grenoble ou celle d’un autre club de D2, ça aurait été compliqué aujourd’hui (le championnat est à l’arrêt depuis fin octobre, ndlr). Aujourd’hui, j’aimerais profiter d’être à la Fédération pour découvrir le niveau international, même au niveau des jeunes. C’est l’un de mes objectifs. Je pense avoir acquis beaucoup d’expérience ces dernières années pour avoir quelque chose à apporter dans un staff même pas forcément en tant qu’entraineur principal. Cela me permettrait d’allier les missions intéressantes de la Fédération à ce côté football féminin qui me tient à cœur.

Pas de retour en D1 donc ? 

C’est une question de projet. Je ne quitterai pas ce que j’ai aujourd’hui pour une mission d’un an. Si demain il y a une offre sur la table, la question se posera. Ce qui est sûr aujourd’hui, c’est que si je devais retrouver un club, ce serait un club professionnel, je pense avoir fait le tour des clubs amateurs. Par rapport à une logique de carrière, si je change c’est pour aller vers quelque chose qui m’apporte un plus.

C’est la fin de votre aventure à Soyaux qui vous a dissuadé de poursuivre avec un club amateur ?  

Aujourd’hui, je connais le fonctionnement de ces clubs, les moyens mis à disposition pour permettre le développement d’une section. Dans le cadre du développement de la D1 actuellement, je pense qu’on est arrivés à un optimum de développement pour ces clubs-là. Comme j’aime les projets, arriver dans un club qui est déjà à son optimum, ça entraîne de la frustration. On aimerait développer la section, la structure, mais par rapport aux moyens, on se retrouve vite limités.

Il faut dire que vous restez sur une mauvaise expérience avec votre direction à Soyaux…

Il y a eu deux personnes qui sont arrivées avec une grande méconnaissance de la D1 (le Président Joël Cordeau et le directeur sportif Louis Dupeyrat, ndlr) et on a eu une relation assez conflictuelle par rapport aux promesses qui avaient été faites en début de saison et sur la réalité de ce qu’il se passait au club. J’avais des bonnes relations avec l’actionnaire, Benoît Letapissier mais il se tenait à distance. Quand il a su que je partais, ça l’a alerté. Il a voulu me retenir mais j’étais déjà engagé. Dans les dix jours qui ont suivi mon départ, il a décidé d’écarter M.Dupeyrat et M.Cordeau. Aujourd’hui, il a essayé de mettre les moyens nécessaires à la disposition du nouveau coach Laurent Mortel pour avancer.

« Les joueuses s’échauffaient avec des tenues de l’an dernier, il fallait que des anciennes prêtent des tenues aux nouvelles joueuses… On attendait du matériel depuis le mois de juin qui n’avait jamais été commandé »

Pourtant, les dirigeants tenaient un discours ambitieux dans la presse, ils parlaient même de Coupe d’Europe pour les prochaines années…

Qu’on ait un discours ambitieux, ça ne me pose pas de problème, à partir du moment où l’on  a les moyens de ces ambitions. Dès qu’on demandait des changements, on nous répondait qu’on n’en avait pas besoin, on m’expliquait comment m’en passer. À leur arrivée, il y avait eu des engagements qui avaient été pris au niveau des infrastructures, du matériel, du recrutement et fin octobre, aucun n’avait été respecté.

Le quotidien de l’équipe n’était donc pas convenable ?

Les joueuses s’échauffaient avec des tenues de l’an dernier, il fallait que des anciennes prêtent des tenues aux nouvelles joueuses… On attendait du matériel depuis le mois de juin qui n’avait jamais été commandé, on attendait des joueuses qui n’arrivaient pas, on devait avoir une nouvelle infrastructure, qu’ils n’ont jamais voulu payer. C’était du mensonge permanent pour maintenir une forme de motivation mais leur objectif était que la D1 coûte le moins possible. Ils comptaient énormément sur l’aide LFP (actuellement gelée, ndlr) . Il y avait peu de choses en adéquation avec leur discours à leur arrivée.

Et la DNCG surveille de près le club… Soyaux est-il réellement menacé par une sanction administrative ? 

Soyaux a pu recruter un certain nombre de joueuses cet hiver parce que M. Letapissier a mis la main à la poche. Marie-Charlotte Léger, ça faisait deux ans que je discutais avec Montpellier pour la recruter mais financièrement ce n’était pas possible. Kelly Gadea on s’était vu cet été, mais je n’avais pas le budget… Alice Benoît, qui est arrivée en octobre, a joué sans contrat fédéral jusqu’en janvier, elle avait un reclassement amateur. J’avais Paige Cluver qui était là mais pas qualifiée. Le club est repassé devant la DNCG, la masse salariale est toujours encadrée mais à un niveau supérieur à celle qui était octroyée auparavant. 

« La D1 féminine coûte beaucoup plus que ce qu’elle ne rapporte, il est tout à fait possible que pour certains clubs, ce soit l’une des premières coupes financières qui soient faites »

L’effectif que vous aviez pouvait-il se maintenir ?

Oui tout à fait, on avait réussi à prendre 6 points en 4 matchs, on avait battu Le Havre, Dijon, ce n’était pas par hasard. Ce n’était pas un miracle parce qu’on avait un effectif intéressant mais quantitativement c’était complexe sur la durée. Renforcé des joueuses qui sont arrivées, je pense qu’il y a un effectif très qualitatif pour être performant.

Il n’y a donc plus d’inquiétude à avoir sur l’avenir financier du club ?

Les contrats fédéraux sont enregistrés par la Fédération et validés par la DNCG dans le cadre de la nouvelle masse salariale qui est octroyée. Pour chaque modification, le club doit passer par la DNCG. Par contre, la DNCG valide un budget en fonction de différentes ressources et si elles ne sont pas là en fin de saison, ça peut poser problème. Est-ce que le budget tient compte de l’aide LFP et à quelle hauteur ? Est-ce que la FFF a donné des garanties aux clubs pour qu’ils puissent en tenir compte dans leur budget ? Et si ce n’est pas le cas est-ce que M.Letapissier pourra assumer cette perte financière due à l’absence de cette aide ?

Ces difficultés financières touchent d’autres sections féminines, êtes-vous inquiet pour le développement de sa pratique professionnelle ?

Effectivement, il y aura une période de ralentissement sur son développement qui sera liée au fait que les structures féminines indépendantes ou liées à des clubs professionnels masculins vont être impactées financièrement. La D1 féminine coûte beaucoup plus que ce qu’elle ne rapporte, il est tout à fait possible que pour certains clubs, ce soit l’une des premières coupes financières qui soient faites. »