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Servette FC Chênois Féminin, le fer de lance francophone du championnat suisse

Par 05/08/2020 08:30 août 10th, 2020 No Comments
Cette saison, l’Équipière vous propose de suivre le Servette FCCF, la meilleure équipe francophone de Suisse. Pour lancer cette série mensuelle, partez à la découverte de ce club de Genève -qui affronte Dijon ce mercredi en amical- grâce à un entretien avec l’une de ses pièces maîtresses : Alyssa Lagonia.

Genève a beau avoir une longue histoire footballistique grâce au Servette FC fondé en 1890 (17 fois champion de Suisse), il faudra attendre jusqu’en 2017 pour que le club du bout du Lac Léman ait officiellement une équipe féminine. Cette année-là, le FC Chênois Féminin Genève (ndlr. du nom de deux des trois localités représentées par le club) modifie ses statuts lors d’une Assemblée Générale extraordinaire pour changer de nom et devenir le Servette FC Chênois Féminin (Servette FCCF). Sous sa précédente appellation, le club fondé en 1974 n’a pas connu beaucoup de succès, ne parvenant jamais à évoluer en première division helvétique. C’est donc logiquement qu’il débute en D2 sous son nouveau nom. 

Le Servette FC n’a pas décidé de créer une section féminine pour faire de la figuration, comme en témoigne sa progression sportive. Dès sa première saison en tant que Servette FCCF, l’équipe a remporté le championnat de D2 et a été promu dans l’élite. Le club a continué sur sa lancée et, en 2018-2019, « Les Grenats » ont terminé à une belle 4ème place. Enfin, lors de la saison passée stoppée en avril 2020 à cause de la pandémie de coronavirus, les genevoises étaient en tête du classement de ce qui s’appelle désormais l’AXA Women’s Super League (ndlr. auparavant appelée Ligue Nationale A). Un sacré tour de force pour cette nouvelle équipe puisque seul le grand FC Zürich (22 titres nationaux et 9 participations en Ligue des Champions), deuxième avec un point de retard, semblait pouvoir lui résister. L’arrêt brutal des compétitions a sonné le glas des espoirs de titre du Servette FCCF mais le club a quand même été récompensé : il participera à la Ligue des Champions 2020-2021 pour la première fois de son histoire.

Alyssa Lagonia, un élément clé de l’effectif servettien

Si Servette a réalisé une telle campagne 2019-2020, c’est entre autres grâce à Alyssa Lagonia qui a apporté son expérience et sa vision du jeu. Avec quelques autres cadres, elles ont réussi à entourer l’effectif, dont la moyenne d’âge est de 25 ans, de manière convaincante. Pour preuve, la 3ème place au classement des meilleures buteuses de la Française Léonie Fleury (24 ans et 12 buts), bien encadrée sur le front de l’attaque par Lagonia (6 buts) et Maeva Sarrasin (7 buts). Au cours d’un long entretien avec L’Équipière, elle nous raconte son parcours, donne ses impressions sur la saison spéciale achevée en avril dernier et fait un rapide état des lieux du football féminin en Suisse.

Alyssa Lagonia, 31 ans, évolue depuis août 2019 au Servette FCCF. La saison passée, elle a fortement contribué à amener le club genevois au sommet du classement, ce qui lui permet de disputer la Ligue des Champions 2020-2021.

Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs ? 

« Je m’appelle Alyssa Lagonia, j’ai 31 ans et j’ai grandi à Kitchener, en Ontario (Canada), où j’ai également fait toutes mes études. Lorsque j’étais à l’université, j’ai été sélectionnée avec l’équipe nationale U20 et j’ai participé à la Coupe du Monde de la catégorie, en 2008 au Chili. Par la suite, j’ai également disputé quelques rencontres avec l’équipe nationale senior

Après mes études, je suis venue en Europe pour entamer ma carrière de footballeuse professionnelle. J’ai évolué en Angleterre (Doncaster), en Italie (Verona), en Suisse (Neunkirch) et à Chypre (Limassol). C’est avec Neunkirch que j’ai connu mes premiers succès (doublé coupe-championnat en 2016-2017). Malheureusement, en raison de problèmes financiers, le club a dû mettre la clé sous le paillasson avant d’entamer la saison suivante. Heureusement, j’ai rebondi à Chypre et j’ai pu disputer la Ligue des Champions, une autre fierté dans ma carrière. »

Vous êtes une sacrée globe-trotteuse ! Comment en êtes-vous arrivée à jouer pour le Servette FC Chênois Féminin ?

« Après une saison à Chypre, j’ai décidé de prendre ma retraite. Je voulais me concentrer sur ma carrière hors des terrains alors j’ai pris part au FIFA Master, qui est un Master International en Sciences Humaines, Management et Droit du Sport. Durant cette période, j’ai réalisé que jouer au football me manquait mais, en même temps, je souhaitais mettre en œuvre ce que je venais d’apprendre. J’ai donc emménagé à Genève qui me paraissait être l’endroit idéal pour mener mes deux carrières de front, la région abritant une forte concentration de fédérations sportives internationales et ayant une équipe qui évolue en première division. »

Quel est votre style de jeu et votre position préférée sur le terrain ? 

« Ma position préférée sur le terrain est celle de numéro 10 parce que j’aime évoluer dans les espaces entre les milieux de terrain et les attaquantes. J’aime prendre part à toutes les actions afin d’essayer de créer du beau jeu et collaborer avec le reste de l’équipe pour trouver les meilleures solutions pour se rapprocher des buts adverses. J’ai une bonne vision et compréhension du jeu et je souhaite toujours apporter ma contribution au collectif afin que mes coéquipières, ou moi-même, puissions marquer. »

Êtes-vous footballeuse professionnelle à 100% ou devez-vous travailler quand vous ne jouez pas ? Si tel est le cas, quel métier exercez-vous ?

« Je ne suis pas footballeuse professionnelle à 100%, je travaille également à temps plein à côté. J’ai un emploi à l’UEFA dans l’Unité du Football Féminin, en tant que Women’s Football Assistant. Je collabore sur différents projets de développement ainsi que sur des projets de compétitions et je suis en contact étroit avec le Comité du Football Féminin de l’institution européenne. 

J’ai obtenu ce poste lors de mon arrivée à Genève, ce qui est fantastique. Je suis très heureuse de pouvoir appliquer des concepts appris durant mon année de master, tout en continuant à jouer à haut niveau. D’autant plus que nous allons disputer la Ligue des Champions cette saison ! Toute l’équipe est très enthousiaste à cette idée et nous sommes déjà en train de nous préparer. Malgré l’arrivée de plusieurs nouvelles joueuses et la mise en place d’un nouveau système de jeu, la pré-saison se passe pour le mieux. Nous avons à cœur de terminer ce que nous avons commencé la saison dernière . »

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris que le championnat ne reprendrait pas après la pause due à la pandémie de Covid-19 ?

« Ma première réaction, et celle de toute l’équipe, fut la déception. Nous faisions une excellente saison en occupant la première place du championnat et voulions continuer sur notre lancée. Alors bien sûr, la façon dont elle s’est terminée a déçu tout le monde mais, d’un autre côté, nous comprenons que la sécurité passe avant tout. 

Cela nous fait prendre conscience de ce qui est important dans la vie et qu’il y a des choses qui passent avant le football. Désormais, nous sommes simplement heureuses de pouvoir recommencer à jouer et reprendre avec le même état d’esprit avec lequel nous nous étions arrêtées. »

Le club participera tout de même à la Ligue des Champions lors de la saison qui s’annonce. De quel(s) aspect(s) de la compétition vous réjouissez-vous le plus ? 

« Je suis très excitée de pouvoir rejouer en Ligue des Champions ! Nous avons travaillé très dur pour ça la saison passée et, bien que nous n’ayons pas officiellement obtenu le titre national, nous voulons représenter la Suisse du mieux possible au niveau européen.

Cette compétition, c’est le rêve de toute footballeuse. C’est un réel honneur de pouvoir y participer alors on profite de chaque instant. Je suis très heureuse de pouvoir partager ce moment avec toute l’équipe parce que nous formons un groupe très soudé. Nous espérons pouvoir obtenir de bons résultats sur la scène européenne mais notre objectif principal reste de gagner le titre national et nous ne nous projetons pas encore trop vers les mois qui viennent. »

Pour terminer, étant donné que vous avez joué dans plusieurs pays, pourriez-vous donner vos impressions sur le football féminin en Suisse ?

« Si l’on met mes expériences bout à bout, je vais effectuer ma cinquième saison en Suisse, je peux donc confirmer que la ligue évolue constamment. Le fait qu’elle ait désormais un sponsor principal prouve qu’elle génère de plus en plus d’attention.

Malgré ses progrès, la Suisse a encore du chemin à parcourir pour atteindre un haut niveau de professionnalisme. Mais les signaux sont au vert avec, pour preuve, une meilleure compétitivité au sein de la première division. Le fait qu’un club comme Servette se mêle à la lutte pour le titre et puisse évoluer sur la scène continentale était encore impensable il y a quelques années. Si de plus en plus de clubs différents parviennent à en faire de même, ça tirera tout le monde vers le haut et la Suisse pourra se faire une place dans le paysage du football féminin européen et mondial. »

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