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Le jour où… Une discussion autour de bennes pour ordures a fait grandir le football féminin

Par 03/05/2020 09:00 mai 6th, 2020 No Comments
Amenés à travailler ensemble dans le monde du poids lourd automobile, Louis Nicollin (Président du Montpellier Hérault Sport Club), et Paul Piemontese (Président de la section féminine du Football Club de Lyon puis de l’Olympique Lyonnais) ont eu un rôle majeur dans l’éclosion du football féminin professionnel.

De sa naissance au début du XXe siècle, à l’hégémonie lyonnaise de ces dernières années, nombreux sont les acteurs et actrices qui ont apporté leur pierre à l’édifice pour développer la pratique et professionnaliser le football féminin. Au début des années 2000, deux clubs ressortent particulièrement des prémices de sa professionnalisation : Le Montpellier Hérault Sport Club (MHSC), et le Football Club de Lyon (FCL), que l’Olympique Lyonnais de Jean-Michel Aulas a absorbé en 2004. À la tête de ces deux clubs, Louis Nicollin et Paul Piemontese se connaissent de leur activité professionnelle dans le monde des poids lourd. Le Groupe Nicollin est une grande compagnie de nettoyage urbain, notamment de bennes à ordures ménagères et le dirigeant de FC Lyon lui, est très actif au sein de l’entreprise de construction de poids lourds, Marius Berliet. Ainsi, tous deux mêlent la passion de l’automobile et des camions, mais aussi du football.

« Mais comment tu gagnes avec tes filles ? » Louis Nicollin

Paul Piemontese s’investit dans la section féminine du FC Lyon dès les années 1990,  lorsqu’il découvre que deux de ses employées de la succursale de Lyon Est pratiquent le football dans ce club. Il en devient rapidement le Président et remporte quatre fois le Championnat de France dans les années 90 (1991, 1993, 1995 et 1998), puis deux titres de Challenge de France (ndlr : l’ancienne Coupe de France) (2003,2004). Ce succès attire rapidement l’attention de Louis Nicollin, qui en 2001, vient d’absorber le club féminin du Montpellier Le Crès avec le MHSC. « Avec Loulou Nicollin, on ne se voyait pas dans le cadre du foot, au départ. On était sur une discussion de camions bennes à ordures ménagères à la Grand Motte  (ndlr : station balnéaire près de Montpellier) au tout début des années 2000. Il m’a demandé : “Mais comment tu fais, comment tu gagnes avec tes filles?” Je lui ai expliqué et il m’a dit qu’il allait faire pareil » se souvient Paul Piemontese. À cet instant précis, le football français pratiqué par les femmes, s’apprête à prendre une nouvelle tournure.

Louis Nicollin souhaite recruter massivement et qualitativement dans l’optique de glaner rapidement la couronne nationale. « Je lui ai dit qu’il ne pouvait recruter que trois joueuses, parce que les mutations étaient limitées à l’époque. On ne pouvait pas faire jouer plus de trois filles mutées en même temps sur le terrain. Il m’a dit qu’il s’en fichait, qu’il en prendrait plus mais qu’il en ferait jouer que trois à la fois pour respecter le règlement et pour gagner du temps sur l’année d’après. Alors, il en a pris six d’un coup ! »  se remémore tout sourire celui qui a été Président de la section féminine de l’OL jusqu’en 2012. Dès 2001, arrive Hoda Lattaf, puis Sonia Bompastor, Camille Abily… Le projet Montpelliérain est en marche et le club de la Paillade remporte deux fois le titre national en 2004 et 2005. « Il voulait gagner !

Nicollin joueuses 2005
Louis Nicollin et ses joueuses @Sébastien Duret footoféminin.fr

Il a réussi à le faire à deux reprises parce qu’il avait pris de l’avance sur nous. Il a eu ce culot de prendre les six joueuses, mais je m’étais dit qu’en titillant l’ambition lyonnaise, ça nous permettrait d’en faire plus à notre tour pour rester devant, » affirme Paul Piemontese.

Le succès de Montpellier a accéléré le projet lyonnais

En 2004 justement, les discussions autour de l’absorption du FCL par l’OL -qui avaient démarré en 2002- aboutissent enfin. Jean-Michel Aulas veut gagner avec sa section féminine qui demeure présidée par Paul Piemontese. Le projet prend tout de suite une belle envergure, notamment internationale, lorsqu’à l’été 2005, cinq Américaines débarquent dans le Rhône, dont la gardienne légendaire Hope Solo. « Je pense que les victoires de Montpellier et le projet de Louis Nicollin ont permis d’accentuer l’envie de victoire de l’OL. Loulou a pris six filles d’un coup, alors on a accéléré aussi. J’ai dit à Jean-Michel Aulas qu’il fallait continuer pour ne pas risquer de se faire déshabiller. Et c’est comme ça qu’on a aussi récupéré Hoda Lattaf, Camille Abily, Sonia Bompastor… » explique le conseiller du président de la Fondation Marius Berliet. Dès 2007, les Fenottes de l’OL remportent le premier championnat de France d’une longue série qui se poursuit encore aujourd’hui (14e consécutif en cas de titre officialisé cette saison). Depuis 1990, les Rhodaniennes ont gagné plus de trente titres en trente ans.

MHSC, saison 2005-2006

Un grand respect mutuel entre les deux

Concurrents directs pour les titres en Championnat de France, Louis Nicollin et Paul Piemontese ont pour autant lié une très belle amitié, pleine de respect mutuel. « On était deux entrepreneurs qui avions deux passions parallèles : le football et notre activité professionnelle. À l’occasion, on jouait sur les deux par amitié. Je l’ai toujours respecté, ça n’a jamais été une opposition entre nous » affirme l’ancien patron des féminines de l’OL avant d’enchaîner sur des moments qui l’ont particulièrement marqué dans sa relation avec le chef d’entreprise, décédé en juin 2017. « À l’époque, il m’a même donné une subvention pour le FCL pour qu’on puisse continuer. 

Loulou voulait être fort, mais il m’a donné de l’argent pour ne pas nous tuer, on n’avait pas un gros budget ! Il était adorable. Jusqu’à sa mort, il venait régulièrement me voir quand il était sur Lyon pour me demander des nouvelles de mes filles à Lyon » raconte Paul Piemontese, non sans émotion.