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Wendie Renard : «Je n’oublie pas d’où je viens»

Par 28/11/2019 07:00 mai 6th, 2020 No Comments
À quelques jours de la publication de son autobiographie (le 4 décembre), l’emblématique capitaine de l’OL et de l’équipe de France a présenté son oeuvre à l’Équipière. En revenant sur certains moments clés de son histoire, avec une certaine émotion.

« Wendie, il vous reste une longue histoire à écrire, vous n’avez que vingt-neuf ans. Pourquoi ce timing pour écrire votre autobiographie?

Je pense qu’il n’y a pas d’âge, mais ce n’est pas moi qui l’ai demandé. Il y a eu plusieurs sollicitations de la part de plusieurs éditeurs. Alors quand la question est venue, j’ai trouvé ça étonnant. Je me suis dit “Wouah”, mais je suis en plein dans ma carrière (rires) !  J’ai d’abord dit que c’était hors de question avant la Coupe du Monde, mais pourquoi pas après. Je ne suis pas quelqu’un qui aime parler de ma vie, ​je suis assez discrète, mais après une longue réflexion, j’ai pris la décision de le faire et aujourd’hui j’en suis très  satisfaite.

Pouvez-vous nous résumer votre autobiographie ? Quel message voulez-vous faire passer en racontant votre histoire? 

Après beaucoup de discussions, de réflexions, j’ai décidé d’écrire ce bouquin pour aider les jeunes des Dom-Tom ou même des jeunes métropolitains ou à travers le monde. En lisant ce livre, chacun pourra y trouver un intérêt. J’ai raconté tout mon parcours depuis ma Martinique, de l’Essor Préchotin jusqu’à aujourd’hui. C’est  un message de confiance, de persévérance, de travail, pour croire en soi. J’ai voulu montrer que tout était possible quand on était déterminé, qu’on savait ce qu’on voulait qu’on était bien entouré et bien encadré. Avec tous ces ingrédients, on peut réussir!

Pour qui ce livre serait le cadeau de Noël idéal?

N’importe qui (rires) ! C’est pour les jeunes, les adultes, ça peut concerner beaucoup de gens. Chacun prendra ce qu’il voudra !

“Il faut se donner les moyens, il faut y croire ! “

Vous donnez envie aux gens de se lancer dans le football professionnel? 

Oui mais pas uniquement dans le football ! De façon générale, la leçon de vie c’est de travailler. Qu’on ait envie de devenir médecin, podologue, kiné, avocat… Il faut se donner les moyens, il faut y croire ! J’ai eu un rêve depuis toute petite et j’ai réussi à l’atteindre. Tout est possible.

Le titre de l’autobiographie “mon étoile” fait référence à ce rêve ? 

Non, pas vraiment. Beaucoup de gens qui me connaissent peuvent l’interpréter comme ils le souhaitent. Il peut signifier beaucoup de choses… La lumière que j’ai toujours eu sur ma route, les bonnes personnes qui m’ont toujours guidé, mon papa, pleins de choses…

Le courage, le respect, la combativité… Ce sont des valeurs fondamentales à vos yeux, vous leur avez accordé une place précieuse dans ce livre?

A travers ce livre, j’ai voulu raconter aux gens qui j’étais ! Parfois on peut avoir une image qui ne représente pas du tout la réalité. J’ai baigné dans ces valeurs depuis toute petite, mais je n’ai pas voulu montrer qui j’étais, j’ai seulement voulu raconter mon histoire. Depuis toute petite, j’ai traversé beaucoup d’épreuves, qu’elles soient petites, moyennes, grandes, il a fallu les passer ! Avec le recul, je me dis que ça aurait dû être meilleur, mais quand on ne connaît pas ailleurs, on ne peut pas le savoir. On a fait avec ce qu’on avait, avec l’éducation que mes parents nous ont donné avec mes soeurs. C’est grâce à eux que j’ai cette volonté! Aujourd’hui, je suis contente et fière de la personne que je suis.

Vous êtes catholique pratiquante. Votre foi a aussi eu une place importante pour la femme que vous êtes aujourd’hui?

A travers ce livre, on voit très bien l’importance qu’a eu la foi dans ma vie. Mais je ne vais pas dire aux gens qu’il faut croire en Dieu (rires) ! Chacun croit ou pas en ce qu’il veut. Moi j’y crois, alors je le partage !

“Si on a tout ce qu’on a aujourd’hui, c’est parce qu’on a gagné des trophées, qu’on a travaillé et cravaché dur”

Vous voulez aussi donner envie aux filles de se battre pour devenir footballeuse professionnelle? Ce n’est pas facile dans notre société, il faut parfois se battre contre les parents, le regard des autres, et puis il y aussi les risques financiers…

Je parle de tout ça, c’est exactement ça (rires) ! Au début, on n’avait pas ce qu’on a aujourd’hui, on n’avait pas de vestiaire, peu d’équipements… Si on a tout ce qu’on a aujourd’hui, c’est parce qu’on a gagné des trophées, qu’on a travaillé et cravaché dur. On mérite ce qu’on a ! Tout ce que j’ai pu vivre jusqu’à maintenant, toutes les difficultés, toutes les personnes qui ont été importantes pour moi, qui m’ont aidée à atteindre mes objectifs. J’explique toutes ces étapes dans le livre!

Vous représentez l’une des premières génération du football féminin professionnel en France. Ce livre peut-il servir de “mode d’emploi” pour gagner treize championnats de France, six Ligues des Champions?…

Non je n’explique pas comment gagner ! Je dis avec beaucoup d’humilité que mon rêve premier était de venir et de réussir en métropole. Treize ans après, dire que j’allais avoir tout ce que j’ai aujourd’hui ce n’était pas écrit, ce n’était pas forcément mon destin. J’ai écrit ce livre pour partager tout ce que j’ai pu vivre pour en arriver où je suis aujourd’hui. Je ne veux pas être un modèle, je veux juste être moi même. Et je veux le partager aux personnes qui m’apprécient, ou qui ne m’apprécient pas et qui veulent  savoir comment je suis. Je pense que je me reconnais très bien dans ce livre et c’est le plus important !

“[L’OL et moi,] on a grandi ensemble”

Perçoit-on cette évolution du développement du football féminin? 

On voit le parcours effectué pour en arriver là. J’ai voulu le faire pour partager, mais également pour dire la vérité. Je ne peux pas dire que tout est rose, que tout est facile. Il faut savoir rester raisonnable car par moments, il faut s’accrocher !

Pouvez-vous raconter votre arrivée en France métropolitaine à 16 ans? 

Après le test manqué au CNFE de Clairefontaine, j’ai pensé que j’allais rentrer en Martinique… Mais le conseiller technique régional s’est battu. Il connaissait très bien mon actuel conseiller (nldr : Fred Labiche), et il a réussi ! Il a pris son téléphone, il a appelé Fred et lui a demandé de trouver un moyen de me trouver un essai à Lyon en faisant les démarches auprès du coach. Deux jours après, j’ai pris le TGV seule et voilà…

“[Jean-Michel Aulas] a été essentiel pour la construction du football féminin”

Vous êtes alors arrivée à Lyon où vous êtes une capitaine emblématique, une icône du club… Quelle place ont le club et la ville de Lyon dans votre vie?

On le voit très bien dans le bouquin ! On a grandi ensemble, je suis arrivée très jeune ! Aujourd’hui, j’ai ma maison, j’ai gagné énormément de titres, j’ai vu l’évolution, je sais d’où nous sommes parties. Il y a des filles avant moi qui le savent encore mieux. Quand je suis arrivée, le club avait été créé deux ans avant. Chaque année, on a vu les progrès avec des petites choses qui peuvent paraître anodines mais qui font avancer chaque saison, surtout en gagnant des trophées.

Jean-Michel Aulas intervient dans votre livre, quelle importance a t-il eu dans la construction de votre carrière ?

(Elle interrompt). C’est normal qu’il intervienne ! Il n’a pas été important que pour ma carrière, il a été essentiel pour la construction du football féminin ! Je le remercie toujours, non pas pour lui envoyer des fleurs, je lui dis parce que c’est vrai ! Sans lui, on ne serait pas là aujourd’hui et le niveau du football féminin français ne serait pas le même. Bien sûr il y a des gens avant nous, il y a eu des pionnières qui ont notamment subi des moqueries. Mais le président est arrivé en 2004, il a repris la section. Il a voulu investir, gagner des titres. Il n’a pas que parlé, il a agi! Il y a eu aussi Paul Piemontese, Loulou Nicollin, qui est le premier à avoir cru au football féminin.

Il y a aussi ceux qui vous ont fait venir à Lyon dont Farid Benstiti, votre premier entraîneur. Vous en parlez? 

Je n’oublie personne, je n’oublie pas d’où je viens ! Toutes les personnes qui m’ont aidée, qui m’ont fait du bien, qui m’ont accompagnée du début jusqu’à la fin, elles sont dans le livre. Et ceux qui n’y sont pas, sont dans les remerciements. Peut-être que je vais oublier une ou deux personnes, mais je ne pense pas, je pense que tout le monde est là (rires) !

Cent dix-huit sélections, quatre sélectionneurs, le capitanat (retiré). On retrouve tout votre amour pour le maillot bleu dans le livre? 

Bien sûr, ça fait partie de ma carrière ! Il y a eu des bons, même des très bons moments, il y en a eu des moins bons. Tout ça j’en parle, ça fait partie de ma vie. J’en parle avec beaucoup de respect, j’essaie d’être claire, d’être Wendie Renard ! Il y a eu des bons moments dès le début avec Bruno, jusqu’à aujourd’hui. Il y a des belles choses à lire!

Quel est votre souhait le plus fort pour la suite ? 

Tout ce que je me souhaite, c’est de continuer d’avoir la santé, que Dieu me donne le physique et surtout la fraîcheur mentale. Et je veux continuer à gagner des trophées.

Rendez dans quelques années pour un tome deux? 

Oui pourquoi pas au moment de la reconversion (rires) ! »


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